A Flamanville, les diesels de secours auraient été noyés

A dire n’importe quoi, on provoque des réactions même chez les plus calmes des partisans du nucléaire. Lundi dernier, tout pressé de porter secours à EDF et Areva, Marc-Philippe Daubresse, le député du Nord et secrétaire général adjoint de l’UMP, n’a pas lésiné: «Ce que nous sommes en train de faire sur les réacteurs de nouvelle génération, les EPR, font qu’un EPR qui aurait été implanté au même endroit que la centrale de Fukushima au Japon n’aurait eu aucun risque sur son réacteur nucléaire car il y a une double coque.» Une phrase qui a déclenché la colère de Jacques Foos, qui siège comme expert scientifique à la CLI, la commission locale d’information, de la centrale nucléaire de Flamanville (FLA), où deux réacteurs à eau préssurisée (REP) sont en service, et où EDF construit un EPR. Furieux, il a adressé un mail à tous les membres de la commission, que je me suis procuré. En voici le contenu intégral:

«un responsable d’EDF de Montrouge m’a dit lundi soir que les diesels auraient été noyés pareil à Flamanville donc, même accident!!  Par ailleurs, dans les REP classiques comme les 2 autres de FLA, il y a des turbopompes, des chaudières à gaz qui permettent de s’affranchir en partie de l’électricité. Dans l’EPR, qui est un projet conjoint Allemands-Français, les Allemands ont exigé que l’EPR soit « tout électrique ». Puis, quelques temps après, ils se sont retirés du projet !!! Donc, pas d’électricité, pas de salut. Il faut mettre les diésels sur la falaise, et pour les 3 réacteurs !! Vous avez mon aval pour diffuser cela à qui vous voulez Y en a assez de ces déclarations irresponsables des politiques! Il faudra que l’on ait des réponses claires lors de notre prochaine AG.

Bonne journée»

Foos n’est pas un dangereux écologiste, de ceux qui veulent nous ramener à la bougie. C’est même un ardent défenseur du nucléaire, m’a expliqué hier un membre de la CLI de Flamanville. Jacques Foos est surtout un véritable expert du nucléaire, et pas autoproclamé. Il a été titulaire de la chaire « rayonnements, isotopes et applications » du CNAM de 1983 à 2008, où il a formé au nucléaire des centaines d’ingénieurs.

Je résume, centrale de Flamanville. Une grosse vague arrive (vous savez, le truc qui n’arrive jamais) et un vent qui souffle à décorner les bœufs, la centrale perd son alimentation électrique, les groupes de secours diesels sont noyés… ça ne vous rappelle rien? Peut-être qu’il a raison, Jacques Foos, faudrait songer à hisser les diesels en haut de la falaise…

16 commentaires

  1. Monter les groupes de secours sur la falaise n’est pas suffisant. Il y a une liaison longue entre les groupes de secours et la centrale. Une vague assez géante pour faire de tels dégâts que les diésels deviennent nécessaires, risque fort d’endommager la liaison aussi.
    Je crois qu’il faudrait un système entièrement passif, avec une grosse dépense d’énergie (et donc des sous) pour maintenir la centrale en activité. Pour faire un gros rapprochement avec Fukushima, un réacteur avec ses enceintes de confinement, mais 100m sous le niveau de la mer, et des grosses moto-pompes pour évacuer l’eau 24/24. En cas d’incident sérieux, le réacteur est tout simplement inondé par l’eau de mer, ce qui calme ses ardeurs.
    (cet exemple est une illustration, je ne dis pas que c’est une bonne solution, ou une solution suffisante).
    Comme pour la crise financière (ou le changement climatique), il s’agit d’une mauvaise appréhension et une mauvaise gestion de risque: la probabilité est peut-être infiniment petite, mais non-nulle, mais les conséquences sont tellement grandes que le risque doit être mitigé: prévoir la perte totale facile d’un réacteur, toujours moins grave qu’un Tchernobyl bis, interdire les groupes financiers pesant plus de 10 milliards d’euros ou plus de 0,5% du PIB, …
    [A titre comparatif, je me suis laissé dire par un colonel des pompiers, expert ès sécurité, qu’il n’y a aucune mesure d’évacuation prévue dans les tunnels ferroviaires français, étant donné que l’accident ferroviaire y est ‘impossible’. Je prie pour nous tous.]

  2. « Il a été titulaire [C…] de 1983 à 2088 »

    Titulaire à vie quoi… Et même post mortem…

      1. Ben maintenant y 3 dates, bon, on te pardonne, c’est vendredi et t’as quand même été au charbon toute la semaine.

      2. Author

        Je ne sais pas pourquoi, les caractères barrés (pour 1988) ne s’affichent plus. Pas beaucoup dormi avec le blog et l’avalanche de commande qui m’est tombé dessus, mais quand même 😉





  3. A Braud Saint-Louis, l’impossible s’est produit. sous la tempête : la digue « infranchissable », prévue pour toutes les éventualités, a laissé passer un mètre d’eau.

    Que ce serait-il passé si le gros de la tempête avait été à marée haute avec un coefficient de marée plus fort ?

    Deux, trois mètres d’eau de plus dans la centrale, ça aurait certainement provoqué quelques problèmes…

    C. Berdot

  4. Bien sûr, et il faut vérifier que pour cette centrale, les travaux qui ont été réalisés ensuite ont réglé le problème. En principe, il existe des Comités Locaux d’Information (CLI) autour de chaque centrale. Mais on ne sait pa

  5. Bien sûr, et il faut vérifier que pour cette centrale, les travaux qui ont été réalisés ensuite ont réglé le problème. En principe, il existe des Comités Locaux d’Information (CLI) autour de chaque centrale. Mais il n’y a guère de publicité donnée à leur travaux, et je ne sais pas, alors que je passe assez souvent non loin de cette centrale, quel a été leur jugement sur les travaux effectués. Ne devraient d’ailleurs-t-il pas être renforcés par un panel de citoyens ordinaires?





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