Nucléaire: et si chacun gardait son calme?

Par Denis Delbecq • 13 mars 2011 à 13:06 • Categorie: A la Une

En France, la centrale nucléaire de Gravelines (Nord)Y aurait-il péril en la demeure? Les huiles ministérielles françaises ont volé au secours hier de l’industrie nucléaire, expliquant que les centrales françaises ne courent pas les mêmes risques que les réacteurs japonais. Le ministre de l’industrie nucléaire Besson expliquant que «toutes les centrales françaises ont été conçues en intégrant les risques sismique et d’inondation».

A Paris, il s’agit à tout prix de désactiver la bombe médiatique que ne manquerait pas de provoquer une catastrophe nucléaire au Japon. On n’en est pas encore là, mais on en est tout près. Et si la situation devait s’aggraver dans les réacteurs de Daiichi endommagés par le séisme de vendredi, la secousse se propagerait à toute l’industrie nucléaire de la planète. Pour Sarkozy, qui utilise l’Elysée comme base arrière pour jouer les ambassadeurs du nucléaire (rappelez-vous, il avait promis une centrale flambant neuve à son ex-copain Kadhafi), ce serait une nouvelle source de rejet par des français qui n’en peuvent plus de leur équipe dirigeante. Pour Merkel, en Allemagne, qui est à la veille de scrutins difficiles, ce n’est pas plus de bon augure alors que les antinucléaires allemands ont bénéficié de la crise japonaise pour faire le plein lors d’un rassemblement prévu de longue date.

Il y a quelque chose de dérisoire dans les réactions de nos gouvernants, à commencer par l’organisation précipitée d’une réunion présidée par Nathalie Kosciusko Morizet, avec Eric Besson, Anne Lauvergeon (patronne d’Areva) et Henri Proglio (EDF). Autant d’huiles pour débattre d’un sujet dont on ne sait rien, pour mieux affirmer ensuite des certitudes, ça ne lasse pas de surprendre.

Une situation confuse

A cette heure, on sait que deux réacteurs sont gravement endommagés et que les efforts pour redémarrer le système de refroidissement d’au moins un d’entre eux ont échoué. Selon le gouvernement japonais, il est très probable que les cœurs des réacteurs 1 et 3 de la centrale de Daiichi soient en fusion, au moins partielle. Et pour faire baisser la pression, et éviter que les enceintes de confinement ne soient endommagées, les ingénieurs sont conduits à relâcher de la vapeur —radioactive— à l’extérieur. Environ 160 personnes ont été exposées à des radiations, de source officielle. Plus de 200 000 personnes ont été évacuées, ce qui n’arrange pas les affaires d’un Japon qui tente se se relever du plus gros séisme de son histoire. Après analyse des données sismiques, la magnitude de la secousse de vendredi a été reclassée à 9 par les japonais.

Car les japonais restent très avares d’informations. Que ce soit par souci de non transparence, ou par incompétence, les autorités ne communiquent qu’au compte-gouttes. Et le commentateur notera que dans cette industrie nucléaire où tous les risques sont calculés (et la plus surveillée de toutes les industries), personne n’est capable de dire si les barreaux de combustibles ont ou pas commencé à fondre, et dans quelle proportion. Ça devrait rendre humble les acteurs du nucléaire. En Grande-Bretagne, les autorités gouvernementales montrent jusqu’à présent beaucoup de prudence. Mais évidemment, le pays n’a pas à défendre des champions du nucléaire.

N’en déplaise aux tenants de l’atome made-in-France, il n’y a que de subtiles différences de conception entre les réacteurs américains qui équipent la centrale endommagée près de Tokyo, et les 58 réacteurs de l’hexagone. Evidemment que le risque sismique et d’inondation fait partie du cahier des charges de nos centrales, comme de beaucoup d’autres usines. Mais l’exemple japonais montre bien que les circonstances débordent parfois largement les fourchettes établies par les ingénieurs. Ça n’aurait pas du arriver au Japon, mais c’est pourtant arrivé. En France, la centrale de Blaye avait connu quelques soucis, sans gravité, lors de la tempête de 1999, parce que la mer avait grimpé plus haut que la normale.

Evidemment, vu qu’on ne sait rien ou presque, on apprécierait aussi de la mesure dans les réactions des antinucléaires.  Finalement, chacun à leur manière, nucléocrates et anti-nucléaires français semblent jouer à se faire peur depuis hier.

Catastrophe nucléaire ou pas catastrophe nucléaire? On peut jouer sur les mots, même si de nombreux médias ont choisi la démesure. La vraie catastrophe, c’est pour le moment les conséquences humaines et économiques dramatiques du séisme, alors que plane la crainte d’une nouvelle secousse de grande ampleur. Ce qui est sûr, c’est que la tragédie japonaise relancera partout le débat sur le nucléaire. A commencer par l’Italie où Berlusconi devra affronter un référendum d’ici cet été pour valider ses plans de nucléarisation du pays.

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