Fukushima, mon amour

Par Denis Delbecq • 21 mars 2011 à 9:51 • Categorie: A la Une, Rubriques

Point de situation lundi

Le drame que vit le Japon et son prolongement nucléaire qui tient le monde en haleine est suffisamment grave pour ne pas en rajouter. Désormais, donc, Effets de Terre évoquera la catastrophe d’Okuma, au risque de ne pas être compris. Parce qu’il n’est nul besoin d’en rajouter.

Lundi matin, après un week-end où les rares nouvelles semblaient redonner de l’optimisme aux opérateurs de la centrale nucléaire, le personnel a une fois de plus été évacué après que de la fumée ait été aperçue dans ce qui reste de l’unité numéro 3. Evacuation dont les raisons n’ont pas été précisées, même s’il semble évident qu’un seul fait peut la provoquer: un niveau trop élevé de radiations.

L’électricité est en partie revenue sur certaines des unités. Selon Tepco, les piscines à combustible des réacteurs 5 et 6 ont retrouvé une température normale. Du courant a été remis sur l’unité 2, pour améliorer les conditions des opérateurs: éclairage et filtration de l’air de la salle de commandes, notamment, qui ne sont pas encore opérationnels. Selon l’agence Kyodo ce matin (heure de Paris), la remise en état du refroidissement du réacteur de l’unité 2 n’est pas pour tout de suite, des équipements électriques devant être remplacés. L’unité 3 avait été arrosée à la lance à eau tout le week-end et Tepco avait annoncé que la pression du réacteur était stabilisé. Mais un nouvel événement semble bien s’être produit lundi.

Dès le début de l’affaire, j’ai tenté d’appeler un chat un chat. Dire que la situation est critique à Fukushima, revient à peu de chose d’expliquer que «la situation est critique à Ile de France» ou «à Ardèche», car Fukushima est d’abord une préfecture, un territoire au sens japonais. C’est aussi une ville, mais relativement loin du lieu de l’accident nucléaire. Fort de ma connaissance parfaitement nulle du japonais, j’avais donc choisi de dire que la catastrophe se jouait à Daiichi, pensant que c’était la ville concernée. Mais vendredi, j’ai appelé un vague copain, franco-japonais, qui a éclaté de rire «Daiichi veut dire “numéro un” et Daiini numéro 2”!» Mon fiston entendant ça s’est bien moqué de moi. Mais j’ai poursuivi mes recherches pour découvrir que la centrale se trouve sur la commune de Okuma. Bref, il faut dire la centrale d’Okuma.

«Efforts désespérés à Fukushima»… C’est en revoyant cette manchette du Monde (daté de jeudi 17 mars), que j’ai percuté. Pourquoi personne, aucun journal ou site internet d’information, même de référence, ne s’est-il pas posé la question de savoir où se trouve la centrale? Je crains d’avoir trouvé la réponse: parce que la rime avec Hiroshima participe à la dramatisation de l’événement, à frapper les esprits. Quel meilleur moyen de convaincre de la gravité de cet accident, que d’évoquer ce 6 août 1945, où la folie des hommes a conduit à balayer Hiroshima avec Little boy, le nom donné au second exemplaire de l’arme de destruction massive américaine?

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