Les antinucléaires surfent sur le tsunami

Par Denis Delbecq • 12 mars 2011 à 11:46 • Categorie: A la Une
La centrale de Fukushima-Daiichi, après l'explosion samedi © NTV Japan

La centrale de Fukushima-Daiichi, après l'explosion samedi © NTV Japan

Difficile d’avoir des informations sur ce qui se passe dans le réacteur nucléaire n°1 de la centrale de Fukushima-Daiichi, à 250 km nord-est de Tokyo. Mais cela redonne la pêche à des antinucléaires qui peinent à sensibiliser l’opinion. En France, le réseau Sortir du nucléaire a diffusé depuis hier plusieurs communiqués demandant l’abandon de l’énergie nucléaire.

Après des dépêches contradictoires sur d’éventuelles fuites radioactives vendredi soir à Fukushima-Daiichi, une explosion dont la cause est encore inconnue est survenue samedi, et un panache de fumées a été aperçu au dessus du réacteur, et filmé par des télévisions japonaises. L’explosion a été confirmée de source officielle. Quatre personnes qui travaillaient sur le site ont été blessées. Selon les médias japonais, le niveau de radiations dans le réacteur serait mille fois supérieur à la normale, tandis que les relevés à l’extérieur feraient état de niveaux très supérieurs à la normale (1015 microsieverts par heure, soit l’équivalent de la dose naturelle reçue en un an, toutes les heures). Selon la télévision NHK, il s’agirait de rejets césium et de l’iode. La centrale a été construite il y a quarante ans. En 2007, un séisme de magnitude 6,8 avait endommagé la centrale nucléaire japonaise de Kashiwazaki-Kariwa. Un seul des sept réacteurs a pu redémarrer à ce jour.

Vivre dans un shaker

La région de Honshu est un véritable shaker depuis quelques jours. A 12:00 samedi (heure de Paris), 238 secousses ont été enregistrées, d’une magnitude de 4 à 8,8 (la secousse majeure survenue vendredi).

Dès le 9 mars, un séisme de magnitude 7,2 avait secoué la région japonaise. Rapidement suivi de 34 répliques, jusqu’à 7h46 samedi (heure de Paris), quand le séisme majeur s’est produit, provoquant le tsunami. Depuis, plus de deux cent secousses sont survenues, la plus élevée atteignant la magnitude de 7,1, ce qui n’est pas rien.

En cause, semble-t-il, une panne des générateurs de secours qui n’ont pu prendre le relais quand le réacteur s’est arrêté automatiquement lors du séisme. Les vagues du tsunami y seraient pour quelque chose. Et le système de refroidissement serait endommagé. Une centrale nucléaire est très gourmande en énergie pour maintenir les systèmes de commandes, pompes et autres dispositifs de maîtrise des réactions nucléaires, et les groupes électrogènes sont des pièces maîtresses de la sécurité. En attendant que le réseau soit rétabli (l’arrêt automatique de 11 réacteurs nucléaires prive le pays de 20% de sa puissance), 51 camions équipés de groupes électrogènes ont été dépêchés sur place pour fournir l’énergie nécessaire aux opérations de refroidissement . Officiellement, tout est fait pour éviter une fusion du cœur, à la manière de ce qui s’était passé en 1979 dans la centrale américaine de Three Mile Island (1). Un scénario jusqu’à présent très différent de ce qui s’est passé à Tchernobyl, quoi qu’en disent les organisations antinucléaires aujourd’hui. Mais certaines dépêches laissent penser que l’enceinte de confinement aurait pu être endommagée par l’explosion ce matin. Le bâtiment qui l’abrite s’est en partie effondré, laissant apparaître un fatras de poutres métalliques.

Reste qu’officiellement, la centrale de Fukushima-Daiichi ne présentait pas de risque d’accident ni de fuite hier… La bonne nouvelle vient des conditions météo qui règnent dans la région, les vents de secteurs sud-ouest qui soufflent aujourd’hui transportent les éventuels rejets radioactifs vers l’océan Pacifique, et non vers les régions habitées. Les 45 000 habitants vivant à moins de 10 km de la centrale ont été évacués, et ceux vivant dans un rayon de 25 km doivent rester confinés chez eux. Par ailleurs, trois autres réacteurs nucléaires d’une centrale située dans la même région, donnent aussi des signes d’inquiétudes aux autorités. Dans un pays où près de 3000 personnes auraient trouvé la mort dans le séisme et le tsunami consécutif, il n’y avait vraiment pas de besoin de ça… En espérant que les efforts soient payants, l’accident ne manquera pas de provoquer des remous au Japon: comment la centrale, construite en bord de mer, a-t-elle pu être victime d’un tsunami dans un pays habitué aux séismes et aux vagues géantes, qui s’est forgé une solide culture du risque?

A noter que la Secrétaire d’Etat Hillary Clinton a été victime de son enthousiasme à vanter l’aide apportée par les USA au Japon. Confondant sans doute le fonctionnement des moteurs automobiles et celui des réacteurs nucléaires, elle a expliqué que des avions militaires ont apporté des «liquides réfrigérants» sur le site de la centrale endommagé. Des propos imprudemment repris par certains médias. L’information a évidemment été démenti par les autorités militaires américaines et pour cause: une centrale nucléaire comme celle-là se refroidit à coup d’eau froide sous pression, et non de bidons de liquide de refroidissement…

MAJ @14:18. L’explosion dans la centrale n’aurait pas touché le réacteur nucléaire et le niveau de radioactivité aurait diminué, selon les autorités japonaises, qui s’efforcent de noyer le réacteur avec de l’eau de mer pour le refroidir et éviter la fusion du cœur. La zone d’évacuation a étendue à un périmètre de 20 kilomètres.

(1) Selon les autorités sanitaires américaines, la radioactivité rejetée à Three Mile Island n’a posé aucun problème de santé à la population. Affirmation évidemment contestée par les antinucléaire. Mais l’accident a stoppé net le programme nucléaire américain sous la pression d’une opinion publique inquiète.

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