En Inde, les vautours ne sont pas près d’être sauvés

© D.Dq

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Les habitudes ont la vie dure. Alors que l’Inde a banni en 2006 la fabrication et la vente de diclofenac, un médicament qui était largement utilisé pour le bétail, une enquête révèle que plus d’un tiers des pharmacies du pays continuent à en vendre aux éleveurs.

 

Il a fallu du temps pour le découvrir: le diclofenac est un véritable poison pour les vautours, qui se contaminent en dévorant les carcasses. Suivant les espèces, de 95% à 99,9% de ces oiseaux ont disparu de certaines régions d’Inde en une quinzaine d’années. Avec un impact indirect sur les humains. Faute de vautours pour les concurrencer les chiens errants prolifèrent. Une étude de 2008 estimait que plusieurs dizaines de milliers d’indiens sont mortes de la rage en raison de la disparition des vautours. Et au passage, certaines communautés, comme les Parsis, ont perdu leurs rites funéraires, puisqu’elles confient leurs morts aux bons soins du volatile.

Malgré les mauvaises habitudes montrées par l’enquête réalisée sous l’égide du Royal Society for the Protection of Birds, la plus grande ONG de défense des oiseaux, il reste quelques raisons d’espérer. Car 70% des pharmacies vendent désormais du meloxicam, un médicament similaire au diclofenac mais sans les effets secondaires. Une étude avait montré que le nombre de carcasses contaminées au diclofenac a baissé de 40% entre 2006 et 2008.

La pilule ne féminise pas les poissons

Hier, une consœur m’a appelé, pour recueillir mon avis, pour un article qu’elle prépare. Le sujet? L’impact des contraceptifs oraux sur l’environnement. Les hormones qui échouent dans les cours d’eau sont accusées de féminiser des populations de poissons et de batraciens, et la question de leur influence sur la santé humaine est posée. Ma consœur m’avait « trouvé » en lisant un papier que j’avais écrit dans ces colonnes, qui fustigeait une campagne du Vatican contre la pilule, prenant prétexte de l’impact environnemental des hormones.

Il est vrai que lorsqu’on cherche, sur Google, des documents «autorisés» sur cette question, on tombe d’abord sur des sites qui prônent l’interdiction de la pilule. Et à vrai dire, il y a peu de littérature scientifique qui se soit penchée sur les hormones de contraceptif dans la nature. Mais en fouillant un peu, pour répondre aux interrogations de ma consœur, je suis tombé sur une étude très récente parue dans Environmental Science and technology.

Les trois auteurs ont conduit ce qu’on appelle une «méta-analyse». Autrement dit, l’étude des travaux scientifiques parus sur un même sujet, pour tenter d’en dégager les points communs. Et à lire cette étude, qui recense 115 travaux scientifiques, le Pape et ses amis ont tout faux.

On trouve bien toutes sortes d’hormones dans l’eau de nos rivières. Une partie sont des molécules rejetées naturellement par tous les individus, les hommes comme les femmes. D’autres proviennent de sources médicamenteuses. Mais 40% si les œstrogènes de la pilule sont rejetés par le corps et atterrissent dans les eaux usées, cela concerne finalement de faibles quantités de substances. Car ce sont les thérapies hormonales de la femme ménopausée qui sont la première cause de consommation d’œstrogènes, vingt fois plus que la pilule, dit cette étude… Et il ne faut pas oublier non plus les produits vétérinaires, qui mettent en jeu huit fois plus d’hormones que les contraceptifs oraux, et les hormones rejetées naturellement par les animaux d’élevage… Vu le grand nombre de têtes, si seulement 1% de ces hormones d’orogine animale échouent dans l’eau, elles représenteraient 15% des hormones détectables!

Le verdict de l’étude? Il y a des hormones d’origine humaine et animale dans l’eau potable, et il faut poursuivre les études (la plupart remontent aux années 90). Mais la pilule n’en représente qu’une infime partie (moins de 1% aux Etats-Unis)… Bref, rien de neuf sous le soleil, et il est parfaitement ridicule —et déplacé— de prendre prétexte d’un impact environnemental pour réclamer l’abandon des contraceptifs oraux!

Origan, une arme contre le pet de vache

Je vous avais déjà raconté ça en juillet, à propos de travaux qui ont montré l’impact du curcuma et de la coriandre chez le mouton, avec une baisse de 30% des rejets de gaz naturel. Et l’an dernier des irlandais avaient relevé une baisse de 30% des émissions de leurs vaches nourries avec un peu d’huile de poisson, grâce aux fameux « omégas 3. Un peu, mais de quoi vider les océans si on devait généraliser l’expérience.

La dernière recette en date nous vient des Etats-Unis. A l’université d’Etat de Pennsylvanie, pour être précis, où un certain Alexander Hristov a testé plus de 200 compléments alimentaires pour voir leur effet sur la production de méthane de vaches laitières. Verdict: il faut transformer ses vaches en pizza, en leur refilant quelques pincées d’origan, qui feraient baisser les émissions de méthane de 40%. Travaux non publiés, qui doivent donc être pris avec des pincées de précaution. Mais Hristov n’a pas attendu pour déposer une demande de brevet…

Alors je vous propose un truc: une dose d’omégas 3, une dose de curcuma, une pincé de coriandre et un zeste d’origan… A force d’additionner les pourcentages, ont devrait être pas loin de l’animal idéal…

Epicé à la ferme, le mouton pète moins de méthane

Vive le curry! C’est ce que concluent des chercheurs britanniques qui ont passé en revue les différentes épices de ce cocktail sur le régime alimentaire des moutons. Verdict: elles permettent de réduire de manière substantielle les flatulences de méthane des ovins (1)!

Mettre le mouton et l’agneau à la sauce indienne, il fallait y penser. Refilé quotidiennement dans leur régime alimentaire, le curcuma fait baisser les rejets de méthane de 30%. Le cumin, de 22%, et la coriandre de 40%! La canelle, en revanche, n’apporte rien, voire est néfaste pour la composition des rôts… Sachant qu’un mouton rejette 500 litres de méthane par an (soit l’équivalent de 10000 litres de gaz carbonique, en matière d’effet de serre), il n’y a plus qu’à y aller. Et tant pis pour ceux qui n’apprécieraient pas le mouton préépicé (à quelques milligrammes d’épice par gramme de fourrage).

Bon, pour que l’étude soit complète, il faudrait évidemment aller voir ce qu’il a fallu rejeter comme gaz à effet de serre et comme polluant pour cultiver ces épices, les préparer, et les transporter jusqu’en Europe. Et il faudra ça vérifier in vivo, parce que d’après ce que j’ai compris en parcourant rapidement leurs travaux, les chercheurs ont travaillé avec des éprouvettes pour déterminer les condition de digestion… Au fait, il aime ça le fourrage au curry? Et la laine, elle sent la coriandre?

(1) Asian-Aust. J. Anim. Sci. Vol. 23 No. 7, Juillet 2010

Vive le lisier, et j’emmerde l’environnement!

Cet épandeur de lisier ne sent pas encore © Joskin

Cet épandeur de lisier ne sent pas encore © Joskin

Cette phrase, l’UMP Marc le Fur ne l’a pas prononcé, du moins en public. Mais elle résume assez bien le fond de sa pensée. Le député sarkozien  des Côtes d’Armor, a bien compris le message adressé par notre lider maximo verde (1) lors de sa visite au Salon de l’agriculture: «l’environnement, ça commence à bien faire!»

Le Fur a fait voter en commission des affaires économiques de l’Assemblée nationale un curieux amendement au Projet de loi de modernisation de l’agriculture et de la pêche. Il assouplit les conditions d’agrément des élevages de porcs et de poulets. Selon l’amendement, le seuil qui impose à l’éleveur de faire une demande d’autorisation d’Installation classée pour la protection de l’environnement (ICPE) est relevé de 450 à 1000 2000 pour les porcs, et de 30000 à 40000 pour les poulets. Un comble quand on sait que l’eau de Bretagne est totalement saturée de nitrates, au point de susciter des envahissements d’algues vertes sur les plages de la région. Invasion que l’Etat et les communes combattent à coup de tractopelles et de millions d’euros. Selon Le Monde, qui cite Le Drian, le président PS de la région Bretagne, les deux tiers des projets d’élevages porcins échapperaient ainsi à tout contrôle, contre 30% aujourd’hui… Pour parfaire la loi, Le Fur nous proposera-t-il de doubler la taille de la flotte de pêche française?

Le plus marrant dans tout cela, c’est qu’un élevage de 999 porcs (ça va chercher dans les 2500 tonnes de lisier par an) échapperait au régime des ICPE —si l’Assemblée nationale suit la commission des affaires économiques— , alors que la moindre éolienne n’y coupe plus, grâce à un autre député proche du lider maximo verde, l’anti-éolien patenté Patrick Ollier… On a les élus qu’on mérite!

(1) Pour les lecteurs qui découvrent Effets de Terre, c’est le surnom accolé dans ces colonnes à notre président de la république.

A Komi, on élève du poisson (presque) sans eau

On en apprend tous les jours. En lisant une dépêche ce matin, je découvre l’existence de la république de Komi, appartenant à la Fédération de Russie. Qui couvre quand même 416000 kilomètres carrés, dont une bonne partie au nord du Cercle Arctique, pour une population d’un million d’habitants. Un territoire qui avait été largement utilisé par les soviétiques pour leurs tristes goulags (1).

Pourquoi vous parler de cette miette territoriale (à l’échelle de la Russie, s’entend)? Parce que ses responsables ont une drôle d’idée. Privés d’un accès à la mer, et peu pourvus de lacs (Il y a 70% de forêts et 15% de marécages dans ce pays), les responsables de la république de Komi veulent malgré tout développer l’aquaculture pour réduire leur dépendance alimentaire (production de poisson: 260 tonnes, consommation: 18000 tonnes)… Ce serait peut-être plus simple de sécuriser des accords avec des voisins qui, eux, ont accès à la mer?

(1) Pour en savoir plus sur la géographie de Komi, je vous propose de consulter la page anglophone de Wikipédia, plus complète que son équivalent français.

Boeuf pêteur ou boeuf émissaire?

© Denis Delbecq

© Denis Delbecq

Il faut sauver le soldat bifteck. Attaqués de toutes part, les éleveurs français font de la résistance. Après une imposante campagne de pub dans 57 titres de la presse régionale et la plupart des quotidiens nationaux, le patron de l’interprofessionnelle Interbev prend la plume dans une tribune publiée dans les colonnes du Monde pour dénoncer ce qu’il a baptisé le «bœuf émissaire».

Il faut dire que la viande n’a pas bonne presse. Il y a eu le livre de Fabrice Nicolino, «Bidoche, L’industrie de la viande menace le monde», publié cet automne. Il y a eu les déclarations publiques de Paul Mc Cartney et du patron du GIEC (tous deux végétariens) début décembre au Parlement européen pour vanter les vertus d’une journée hebdomadaire sans viande. Il y a les affiches dans le métro parisien qui dénoncent la consommation de viande de cheval. Sans compter cette vidéo dévastatrice qui montre comment des bovins sont égorgés avant d’avoir été étourdis comme le veut la réglementation. Ou encore cet étonnant rapport du Worldwatch institute qui calcule que l’élevage produirait 51% des rejets totaux de gaz à effet de serre liés aux activités humaines…

Evidemment, tout ça ne fait pas l’affaire des éleveurs qui affichent leur ras-le-bol. Et vantent nos belles prairies qui effaceraient 75% du méthane roté par les ruminants français en captant le CO2. C’est peut-être vrai par rapport à une même surface recouverte de béton. Mais c’est un argument bidon sur le plan du réchauffement climatique. Car une prairie stocke aussi du carbone quand personne ne la broute… Et le patron d’Interbev oublie aussi combien l’élevage français dépend du soja d’importation produit dans des régions déforestées d’Amérique du Sud. Tous les animaux élevés en France ne sont pas candidats à la carte postale champêtre de la Blonde d’Aquitaine paissant paisiblement…

NB. La semaine dernière, Arthur Nazaret, un de mes étudiants du CFJ, avait consacré un excellent papier à cette bataille. Il expliquait notamment que le Centre d’informations sur la viande (CIV, une émanation d’Interbev, des métiers de la boucherie et des grandes surfaces) conduit une veille sur l’internet et ses blogs. Et montrait, rapport d’activité à l’appui, que le CIV s’est fixé comme objectif de «contrebalancer le discours sur l’élevage au niveau mondial (rapport de la FAO)».

Un délice, le saumon antibiotique du Chili

© Denis Delbecq

© Denis Delbecq

Ça fait longtemps que les écologistes avaient des soupçons. Le boom spectaculaire de l’élevage de saumon au Chili se fait dans de drôles de conditions sanitaires. On lit dans le New York Times qu’une ONG a enfin obtenu du gouvernement des données sur les quantités de médicaments utilisés pour lutter contre les maladies du saumon encagé. Accrochez vous à l’arète, j’enlève les écailles: l’an dernier, les saumons chiliens ont avalé 325 tonnes d’antibiotiques, révèle Océana… Dont un tiers de substances non autorisées dans des pays comme les Etats-Unis. Tout ça pour une production qui doit tourner dans les 400 000 tonnes. Le saumon chilien compterait presque un millième de son poids en antibiotiques, bon appétit…

Le monde ne se passera pas d’élevages de poisson (à condition qu’ils soient végétariens, parce que le prédateur, ça stimule la surpêche). Et les soifs américaine et européenne de saumon ont fait saliver le Chili. Mais la Norvège, qui reste le premier producteur mondial de saumon, gère ça d’une toute autre manière: en 2008, elle a utilisé 346 fois moins d’antibiotiques que le Chili, pour une production de poisson équivalente… Dans le grand nord, on préfère vacciner les poissons et réduire la densité de population des cages… Le Chili a décidé de s’engager dans cette voie, avec l’adoption en mars dernier d’un plan de gestion des antibiotiques dans les fermes à poisson… En attendant, plusieurs gros commerçants américains auraient réduit ces derniers mois leurs importations de saumon du chili. On les comprend.

A avaler des doses d’antibiotiques pareilles, les consommateurs auraient vite fait de se transformer en laboratoire pharmaceutique.

Hé, la morue, ta curiosité te perdra

Le Guardian nous raconte que des organisations écologistes s’inquiètent du boom de l’élevage de cabillaud en Norvège, dont la production a grimpé de 59% l’an dernier à 16 500 tonnes (1). Le problème, pour le WWF Norvège dont un responsable est interrogé par le Guardian, c’est que la morue est curieuse, bien plus curieuse que le saumon.

L’an dernier, pas moins de 228 000 poissons se seraient échappés des fermes de cabillauds norvégiennes, contre seulement 100 000 saumons alors que leur élevage est quarante-cinq fois plus important (742 000 tonnes en 2008)… Et ces évasions sont une source de tracas pour les populations sauvages qui peuvent attraper des maladies (honteuses?) lors de leurs ébats avec les repris de justice. Dans de nombreuses régions de la planète, l’élevage intensif du saumon à décimé les populations sauvages.

(1) Au total, le quota Norvégien de pêche au cabillaud (sauvage, donc) était de 237 100 tonnes cette année. Le pays espère doubler sa production de cabillaud d’élevage d’ici trois ans…

(2) Selon les chiffres norvégiens, chaque employé dans les fermes d’élevages de poisson a produit en 2007 —toutes espèces confondues— 446 tonnes de poisson. C’est le saumon qui fait le gros de la production, tandis que le cabillaud est encore ultra minoritaire.

Chez Mac Do USA, on repeint les œufs en vert

Deux poids, deux mesures. Chez Mc Do, on a une politique à géométrie variable. Le Guardian racontait dimanche que le géant de la malbouffe envisage de changer sa politique d’approvisionnement en œufs aux Etats-Unis. Car la quasi-totalité proviennent d’élevages en batteries, où les poules sont entassées comme des sardines qui, elles, n’en souffrent pas puisqu’elles sont mortes. En Grande-Bretagne, où la population est très portée sur le bien-être animal, c’est l’inverse: la quasi-totalité des œufs servis dans les Mc Do proviennent d’élevages en liberté, avec un objectif de 100% l’an prochain. En France? Et bien je n’en sais rien, et le site de Mc Do est muet sur le sujet.

Bref, revenons à nos poules pondeuses américaines. Il faut dire qu’outre-Atlantique, les œufs alternatifs (équivalents à nos labels « plein air », « label rouge » ou « bio) ne sont pas légion: ils ne pèsent que 5% du marché. Et Mc Do en consomme de l’œuf de poule… 3 milliards par an! Alors, devant la pression des consommateurs (plusieurs chaînes de restauration ont banni l’œuf de batterie), on a décidé de prendre la poule par les cornes: on va lancer une étude qui devrait durer une paire d’années… Motif officiel: «le manque d’informations objectives et scientifiques» sur les avantages et inconvénients des œufs de poules (presque) libres, explique un grand patron de Mc Donald’s US, interrogé par le Guardian. C’est ce qui s’appelle traîner la patte.

Gageons que les grands stratèges de l’empire du hamburger sauront communiquer à grands renforts de pub pour vanter leur nouvelle politique. On repeint d’un coup de vert quelques œufs par-ci par-là, et c’est Pâques tous les jours…