La pilule ne féminise pas les poissons

Par Denis Delbecq • 25 janvier 2011 à 9:56 • Categorie: Lecture

Hier, une consœur m’a appelé, pour recueillir mon avis, pour un article qu’elle prépare. Le sujet? L’impact des contraceptifs oraux sur l’environnement. Les hormones qui échouent dans les cours d’eau sont accusées de féminiser des populations de poissons et de batraciens, et la question de leur influence sur la santé humaine est posée. Ma consœur m’avait « trouvé » en lisant un papier que j’avais écrit dans ces colonnes, qui fustigeait une campagne du Vatican contre la pilule, prenant prétexte de l’impact environnemental des hormones.

Il est vrai que lorsqu’on cherche, sur Google, des documents «autorisés» sur cette question, on tombe d’abord sur des sites qui prônent l’interdiction de la pilule. Et à vrai dire, il y a peu de littérature scientifique qui se soit penchée sur les hormones de contraceptif dans la nature. Mais en fouillant un peu, pour répondre aux interrogations de ma consœur, je suis tombé sur une étude très récente parue dans Environmental Science and technology.

Les trois auteurs ont conduit ce qu’on appelle une «méta-analyse». Autrement dit, l’étude des travaux scientifiques parus sur un même sujet, pour tenter d’en dégager les points communs. Et à lire cette étude, qui recense 115 travaux scientifiques, le Pape et ses amis ont tout faux.

On trouve bien toutes sortes d’hormones dans l’eau de nos rivières. Une partie sont des molécules rejetées naturellement par tous les individus, les hommes comme les femmes. D’autres proviennent de sources médicamenteuses. Mais 40% si les œstrogènes de la pilule sont rejetés par le corps et atterrissent dans les eaux usées, cela concerne finalement de faibles quantités de substances. Car ce sont les thérapies hormonales de la femme ménopausée qui sont la première cause de consommation d’œstrogènes, vingt fois plus que la pilule, dit cette étude… Et il ne faut pas oublier non plus les produits vétérinaires, qui mettent en jeu huit fois plus d’hormones que les contraceptifs oraux, et les hormones rejetées naturellement par les animaux d’élevage… Vu le grand nombre de têtes, si seulement 1% de ces hormones d’orogine animale échouent dans l’eau, elles représenteraient 15% des hormones détectables!

Le verdict de l’étude? Il y a des hormones d’origine humaine et animale dans l’eau potable, et il faut poursuivre les études (la plupart remontent aux années 90). Mais la pilule n’en représente qu’une infime partie (moins de 1% aux Etats-Unis)… Bref, rien de neuf sous le soleil, et il est parfaitement ridicule —et déplacé— de prendre prétexte d’un impact environnemental pour réclamer l’abandon des contraceptifs oraux!

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