En Indonésie, les feux de végétation plongent le sud-est asiatique dans un nuage de fumées

Les foyers d’incendies détectés par satellites, le 15 septembre 2019. ©Nasa

Les médias ont abondamment parlé de l’ampleur des feux de forêt au Brésil (dont la région amazonienne ne représente qu’une moitié). Mais à l’autre bout du globe, c’est l’Indonésie qui commence à faire parler d’elle. Une partie du pays, ainsi que la Malaisie et Singapour sont plongés dans un épais nuage de fumée, comme c’est le cas, tous les ans ou presque, à cette période de l’année.

Les images de la Nasa sont éloquentes, très ressemblantes avec ce qu’on observe en Amazonie (et dans une moindre mesure, en Afrique sub-saharienne). Il s’agit le plus souvent d’incendies volontaires qui suivent l’abattage des forêts, souvent pour planter des palmiers à huile, ou de débroussaillage de ces plantations. Ils sont provoqués par de petits producteurs ou par des géants de l’huile de palme.

En Indonésie, le gouvernement semble plus actif que ne l’était Bolsonaro au Brésil. Selon les informations de médias locaux, rapportées par Phys.org (EN), une trentaine de plantations ont été fermées ces derniers jours par les autorités, en attendant d’éventuelles poursuites, dont l’une appartient à une firme singapourienne, et quatre à des intérêts malaisiens.

Lutte contre un feu de végétation en septembre 2019 © Indonesian disaster management agency

L’affaire provoque, comme presque chaque année, des joutes diplomatiques entre les gouvernements indonésien et malaysien: ce dernier accuse Jakarta de rester les bras croisés, quand l’Indonésie ne manque pas de rappeler à son voisin que les satellites détectent également d’importants feux sur le sol malaisien. De ce point de vue, les images des satellites de la Nasa semblent démentir partiellement le gouvernement indonésien (EN): si des foyers sont perceptibles dans le Sarawak, la partie malaisienne de Bornéo, l’essentiel des incendies se trouvent dans la partie indonésienne de l’île, dans la province de Kalimantan. Plus à l’ouest, la partie sud de l’île de Java est également très incendiée.

Selon Jakarta, près de 23 millions d’indonésiens seraient plongés en ce moment dans les fumées des feux de forêts. A Sumatra, des aéroports et des écoles ont été fermées en raison de cette pollution atmosphérique. Récemment, l’Agence indonésienne de gestion des catastrophes rappelait que certains foyers se trouvent très près d’installations pétrolières (ID) qui pourraient amplifier la pollution si elles étaient à leur tour incendiées.

A Singapour, une source sur place m’a confirmé aujourd’hui que les enfants ont été privés, ces derniers jours, de récréation en extérieur pour cause de haze. Il y a quatre ans, le nuage venu d’Indonésie, parfois à plus de 1000 kilomètres, avait duré jusque début novembre. Une période exceptionnellement longue, liée à l’époque à un événement climatique El Niño qui tend à assécher cette partie du sud-est asiatique. Un an plus tard, une étude conduite par les universités américaine Harvard et Columbia avait estimé que les feux de 2015 auraient provoqué plus de 100 000 décès prématurés (EN) en deux mois en Indonésie.

La situation météorologique le 14 septembre, à l’ouest de l’Indonésie. En orange et brun les nuages de fumées (modérés et denses) observés par satellite © Singapore National Environment Agency

D’après les autorités environnementales singapouriennes, la qualité de l’air s’est dégradée samedi (EN). Les vents du sud apportent les fumées venues de l’île indonésienne de Sumatra.

Pour combattre les feux, l’Indonésie utilise des hélicoptères, et 240 000 mètres cubes d’eau auraient été déversés (ce qui est une goutte d’eau face aux besoins). Par ailleurs, 150 tonnes d’iodure d’argent auraient été dispersées dans le ciel, pour condenser la vapeur d’eau et favoriser la formation de gouttes en espérant faire tomber la pluie —une méthode dont l’efficacité reste très discutée chez les scientifiques, même si plusieurs dizaines de pays y ont recours, voir notamment le rapport de 2003 de l’Académie américaine des sciences (EN).

Denis Delbecq

• Pour ceux qui s’intéressent à ces grands incendies dans les forêts humides, vous pouvez réécouter l’émission que nous avions consacrée à l’Amazonie, le 26 août, avec l’équipe de la Terre au carré, sur @FranceInter. Nous avions reçu l’écologue Plinio Sist (CIRAD) et l’anthropologue Philippe Descola.

Au Chili, il y a du pin sur la planche

Les plantations de pin façonnent le paysage au dépens des forêts historiques © Incahuella

Les plantations de pin façonnent le paysage au dépens des forêts historiques © Incahuella

De la région d’Aysén à la région Métropolitaine, nous avons vu défiler le long des routes d’interminables plantations de pin qui dessinent dans le paysage de grands rectangles rayés disposés symétriquement. Le pin est omniprésent et se décline sous plusieurs essences dont la principale est Pinus radiata. Elles sont pourtant exotiques au Chili (entendez par là, non natives du pays).

Avec plus de 2,1 millions d’hectares de plantations de pins et d’eucalyptus (équivalent à 13.5% de la superficie boisée du pays), on comprend mieux pourquoi le Chili se trouve dans le top 10 des producteurs mondiaux de bois.

C’est dans les années 1970 alors sous la gouverne de Pinochet, que le ministre en charge des forêts a choisi de faire de la foresterie l’un des plus grands secteurs industriels du pays. Objectif réussi puisque c’est aujourd’hui la troisième activité économique d’importance après l’extraction de métaux précieux et la pêche.

Mais les plantations de pin se sont faites aux dépens des hêtraies du sud du pays. Ainsi, d’immenses forêts natives ont été brulées pour faire place aux rangées de pins, de croissance bien plus rapide. Du bois, vite et en quantité, voilà le but affiché ; peu importe qu’il soit de mauvaise qualité, il sera broyé pour en faire du papier. Le rendement est intéressant, d’autant qu’une plantation est bien plus simple à gérer qu’un peuplement naturel. Pourtant, nombre de professionnels tirent la sonnette d’alarme, dont l’Association des Ingénieurs Forestiers des Forêts Natives (AIFFN). Ils déplorent le manque de connaissances sur la gestion des forêts naturelles, qui minimise leur importance. Les protéger d’avantage permettrait la sauvegarde de leurs multiples services environnementaux.

En effet les forêts, bien plus qu’un peuplement d’arbres, sont des écosystèmes complexes dont le cycle naturel purifie l’air, filtre l’eau et agit sur le climat entre autre en stockant le carbone atmosphérique.

A l’inverse, les monocultures sont dépourvues de diversité et ne rendent plus tous ces services. Pire encore, le pin est une espèce très agressive qui en fait un redoutable envahisseur. En se décomposant, ses aiguilles acidifient le sol dont l’eau a été préalablement pompée à grosses gorgées par ses racines superficielles. Environnement déstructuré, acidifié et asséché, le bilan écologique des plantations de pin au Chili est plutôt mauvais.

En 2007, le gouvernement a pris conscience de l’importance des forêts natives et a instauré une loi les protégeant. Mais au-delà de maintenir en état les forêts existantes, il a aussi fallu penser à un moyen de lui faire regagner du terrain. Il est dorénavant interdit de dégrader une forêt native sous peine d’une lourde amende. De plus, pour ceux qui souhaitent faire des plantations, la CONAF (Corporation Nationale Forestière) propose des bonifications plus grandes pour des plants d’espèces natives que pour des plants exotiques. Les bonifications consistent en une aide financière octroyée aux petits et grands propriétaires forestiers. Selon la région concernée et l’espèce d’arbres choisie, le montant de la bonification varie.

Ingénieux nous direz-vous ! Le problème est que bon nombre de propriétaires n’ont pas les moyens de se lancer seuls dans la foresterie. Ils offrent alors leurs bonifications à des entrepreneurs qui se chargent en contrepartie des travaux sylvicoles. Peu importe alors le montant de la bonification, puisqu’elle ne revient pas au propriétaire, et n’est donc pas un argument assez fort pour convaincre les gens de planter du natif et donc de changer les habitudes forestières. Les propriétaires y gagnent en effet bien plus avec des plantations exotiques à croissance rapide dont ils pourront récupérer les bénéfices en à peine 15 à 20 ans, contre 50 à 60 pour du natif. Ce sont pourtant ces mêmes personnes qui subissent les conséquences de ces plantations. Le niveau des cours d’eau et des nappes phréatiques s’est considérablement réduit ces dernières années, et l’heure est maintenant au rationnement pour les populations rurales de la région d’Araucanie, qui compte la plus grande concentration de plantations exotiques du Chili.

Mais en réalité, bien que le Chili manque de recours auprès des petits propriétaires pour les encourager à planter du natif, le fond du problème n’est pas vraiment là. En effet, quatre groupes industriels sont à eux seuls propriétaires de 40% du total des plantations forestières, et contrôlent presque 70% des exportations forestières chiliennes.

Ce sont donc eux qu’il faudrait convaincre de changer de stratégies sylvicoles ; les arguments ne manquent pas tant les gains économiques et sociaux sont grands. L’industrie forestière chilienne ne fait majoritairement que du papier et que très peu d’autres deuxièmes transformations du bois, alors que c’est pourtant plus lucratif. Non seulement un investissement dans la transformation créerait davantage d’emplois, apporterait de la valeur ajoutée aux produits et permettrait au Chili d’être moins dépendant de l’importation de produits du bois transformé, mais favoriserait en plus la qualité et non la quantité. Tout ceci est possible si on reconsidère la mise en valeur des bois natifs, plus intéressants que le pin et l’eucalyptus, tout juste bons pour faire du papier, un secteur déjà accaparé par la Chine.

Pour l’heure, seules des pressions externes aux gouvernements et industriels peuvent avoir un regard différent et objectif pour faire pencher la balance du côté du natif. On peut alors penser aux certifications forestières qui sont une preuve de bonne gestion, et qui de plus, représentent un bon pouvoir marketing pour les entreprises. Malheureusement, la certification la plus connue FSC (Forest Stewarship Council) a d’ores et déjà donné son approbation sur les plantations de pin et d’eucalyptus du Chili. C’est à se demander si les conditions à remplir sont suffisamment regardantes sur le respect de l’environnement ?

Au Liberia, main basse sur les forêts

Il s’en passe de drôles de choses au Liberia. Huit ans après la fin de la guerre civile, la gigantesque forêt qui recouvre près de la moitié du pays est toujours l’objet de toutes les convoitises. L’Union européenne et le gouvernement Libérien ont signé un accord pour tenter de contrôler l’exploitation forestière, notamment par la mise en place d’un système de traçabilité des arbres, qui repose sur un système de code-barres.

Mon confrère britannique Fred Pierce est rentré récemment d’un séjour au Liberia. Et il en raconte de belles sur ce qui se passe dans le pays. Ainsi, la firme néerlandaise Buchanan Renewable a mis la main sur une ancienne exploitation d’hévéas: 250 000 hectares d’arbres qui ne produisent plus de latex. Alors Buchanan les abat et en tire des copeaux de bois qui sont exportés vers l’Europe, pour y être brûlés dans des centrales à biomasse. Quel mal à cela? Oh pas grand chose. Buchanan clame partout que ses copeaux servent aussi à éclairer le Liberia, mais la centrale électrique promise n’a toujours pas vu le jour et les habitants de la capitale sont le plus souvent plongés dans le noir.

L’histoire la plus étonnante que raconte Fred Pierce est celle d’un escroc britannique, qui a été arrêté à Londres en juin 2010. Ce petit malin avait convaincu —à coup de pots-de-vin— un responsable de l’Etat Libérien de signer un contrat très juteux. La firme Carbon Harvesting mettait ainsi la main sur 20% de la forêt du pays, qu’elle comptait utiliser pour vendre des crédits de carbone dans le cadre du dispositif REDD mis en place par l’ONU pour limiter la déforestation. En échange, l’entreprise reversait une location pour les terres correspondantes. Le hic: en cas d’échec de la vente de crédits de carbone, le gouvernement Libérien devait semble-t-il reverser jusqu’à 2,2 milliards de dollars par an à Carbon Harvesting… Soit plus que le PIB du pays! Le propriétaire de l’entreprise a été démasqué par l’ONG Global Witness, qui avait prévenu les autorités britanniques. Le fonctionnaire Libérien corrompu, qui avait touché 2,5 millions de dollars, selon Global Witness, a été viré.

Une poudre verte, et le climat est sauvé

Saupoudrer de l'olivine sur la forêt Amazonienne, y'a qu'à!

Saupoudrer de l'olivine sur la forêt Amazonienne, y'a qu'à!

Les cuisiniers du climat ont désormais un nouvel ingrédient. Une poudre minérale qui, déversée massivement dans les bassins du Congo et de l’Amazone pourraient parait-il faire des miracles pour «nettoyer» l’atmosphère de son excédent de gaz carbonique. C’est tout le sens de travaux publiés il y a une semaine dans les Annales de l’académie américaine des sciences (PNAS).

Cette nouvelle poudre de perlimpinpin, nous la devons à une équipe allemande, qui propose de broyer de l’olivine, un minéral abondant, et de la répandre sur les sols dans les régions tropicales. L’olivine est un silicate de magnésium qui, en présence d’eau et de gaz carbonique, produit des carbonates, piégeant le carbone. Lessivés par les eaux de pluies et transportées vers les océans, ces carbonates iraient piéger le carbone au fond de la mer. Selon les chercheurs allemands, le procédé permettrait en théorie de séquestrer durablement 1 milliard de tonnes de carbone par an à l’échelle de la planète. A l’échelle des bassins du Congo et de l’Amazone et en tenant compte aux émissions liées à l’extraction, et au transport du minéral, il «suffirait» de déverser chaque année entre 400 millions de tonnes et 1,8 milliards de tonnes de poudre d’olivine (soit jusqu’à 2,7 kg au mètre carré…), pour séquestrer au final 100 à 500 millions de tonnes de carbone (soit environ 0,36 à 1,8 gigatonnes de CO2) par an.

Recette pour un climat contrôlé.
Disperser de la limaille de fer dans l’océan austral. Sans oublier un zeste d’urée. Saupoudrer l’olivine sur les forêts africaine et amazonienne. Arroser régulièrement la stratosphère d’un produit soufré. Brumiser l’eau de mer à volonté. Laisser mariner et le tour est joué.

C’est vraiment épatant cette histoire, en plus l’olivine présent un excellent atout pour les communicants: le minéral est vert, d’où son nom. Et hop, je dynamite, je disperse, et je ventile une poudre verte et la planète est sauvée… Ah, j’oubliais un détail, nos valeureux chercheurs ont quand même regardé ce qui se passerait dans l’eau de ces bassins hydrologiques… Une bagatelle: le pH —qui mesure le niveau d’acidité ou de basicité de l’eau— grimperait à 8,2… une eau bien basique donc, qui j’en suis sûr ferait le bonheur la vie aquatique…

Le petit Nicolas devrait s’inspirer de ça demain, pour le premier conseil des ministres de son nouveau gouvernement. Pour la photo de groupe, on requiert un huissier de l’Elysée pour faire tomber une pluie de poudre d’olivine sur nos sympathiques ministres. De nuit avec un bon projecteur (vert pour accentuer l’effet), ça serait du plus bel effet, de quoi achever de nous convaincre qu’on a le pouvoir le plus écolo de la planète.


Plus chaud, plus vert? C’est raté

© Zoe/Running/ Nasa Modis

© Zao/Running/ Nasa Modis

Voilà des travaux qui ne manqueront pas d’alimenter un vieux débat. Un duo américain explique dans Science, que depuis dix ans, la quantité de carbone stockée dans la végétation de la planète a diminué (1). Une inversion de tendance, par rapport à la décennie précédente, qui n’est pas de bon augure.

Plus chaud, plus de gaz carbonique… Sur le papier, les plantes devraient se repaître de la hausse continue des émissions de gaz à effet de serre, et la surchauffe qui en découle. Pas mal de travaux récents observent que dans les latitudes tempérées de l’hémisphère nord, la production végétale augmente. Une tendance qui pourrait durer des décennies, avant de se stabiliser. Car au bout d’un moment, même s’il y a beaucoup de CO2 dont raffole les plantes, les nutriments viennent à manquer. De plus, on sait aussi que certains mécanismes de la photosynthèse finissent par se bloquer. Mais en tous cas, l’argument de la biomasse a souvent été utilisé par des négateurs du réchauffement pour dire que nos excès sont parfaitement absorbés par la canopée.

Les travaux de Zao et Running dans Science donnent une toute autre vision. Les deux compères ont étudié les données des satellites sur une décennie, pour évaluer la quantité de carbone stockée dans les plantes. Et ils constatent qu’intégrée sur l’ensemble du globe, la séquestration de carbone a chuté d’un demi “péta-gramme” en dix ans. Traduire: une demi gigatonne. Ce n’est pas beaucoup, dans un “budget” d’environ 600 peta-grammes (elle n’est pas belle cette unité de compte?) stockées dans la végétation. Pas beaucoup certes, mais un renversement de tendance n’est pas une bonne nouvelle, puisqu’il signifierait que la canopée ne profite plus de ces conditions censées être favorables.

Bien évidemment, Zao et Running relèvent de très fortes disparités géographiques, comme le montrent ces mappemondes. Dans l’hémisphère nord, les signaux sont au vert, sauf dans une grande partie de l’asie centrale, et notamment en Russie… Une carte qui montre bien d’ailleurs que ce pays est une cible pour les incendies géants… Dans l’hémisphère Sud, 70% des terres émergées séquestrent moins de carbone, sous l’effet d’une baisse de la disponibilité en eau et d’une baisse de l’ensoleillement. Et notamment le centre de l’Amazonie, une grande partie du Nord de l’Argentine, le sud du continent Africain et surtout les archipels asiatiques centrés sur l’équateur (Indonésie, PNG…) et la majeure partie de l’Australie. A noter qu’il est difficile, en Indonésie notamment, d’évaluer qui, de la déforestation ou du changement de conditions climatiques, pèse le plus…

Enfin, et c’est peut-être l’un des enseignements de ces travaux, les variations interannuelles de l’anomalie de végétation laissent penser que la canopée est l’un des facteurs clés de la concentration atmosphérique en gaz carbonique: quand la végétation s’étend, le rythme du CO2 est ralenti, et inversement. Une dernière remarque, à propos des batailles autour d’un prétendu Amazongate, dans le dernier rapport des experts de l’ONU sur le climat. Sur la dernière décennie, la végétation totale de l’Amazone a bien reculé.

Rendez-vous dans dix ans pour voir si cette tendance sera confirmée par l’étude de la décennie qui vient de commencer. Mais ces travaux prouvent au moins une chose: un monde plus chaud n’est pas forcément un monde plus vert. Et ça, c’est important de le savoir.

(1) Edition du 20 août 2010.

La meilleure façon de marcher, c’est un pied devant l’autre

Il l’a fait. Le britannique Ed Stafford a atteint l’embouchure de l’Amazone, après 859 jours de marche, accompagné du péruvien Gadiel (”Cho”) Sanchez Rivera, qui l’avait rejoint cinq mois après le début de l’expédition. Stafford est le premier humain à parcourir le lit de l’Amazone, de la source à la mer. Un périple estimé à 10 000 kilomètres au total, pour l’ancien militaire… Il devait retrouver ses proches à l’aéroport londonien d’Heathrow cet après-midi…

On pourra épiloguer longtemps sur les motivations du britannique. Elles lui appartiennent. Mais c’est quand même un sacré exploit, dans la lignée de l’épopée de l’américain Mike Fay, qui avait marché 455 jours pour 3200 kilomètres à travers la forêt du bassin du Congo. Fay, un personnage étonnant et attachant que l’équipe de Vu du Ciel avait rencontré sur le tournage d’une émission, fin 2008 au Gabon. On verra si Stafford a le même charisme, et la même capacité de persuasion que son homologue américain (1). Mais il mérite un sacré coup de chapeau. Son site propose un stock de photos et de vidéos, dont certaines ne sont pas piquées des vers… Notamment quand il se vide un épanchement au coude à la seringue…

(1) Fay a notamment convaincu le despote Omar Bongo d’ouvrir des réserves naturelles au Gabon, même si leur efficacité est plus qu’incertaine, vu les convoitises.

Deforester ou brûler, le dilemme infernal

© University of Exeter

© University of Exeter

Ah, tout serait si simple si la loi de l’emmerdement maximum ne pointait le bout de son nez à chaque occasion. Pendant des décennies, tout le monde a râlé contre les autorités brésiliennes parce qu’elles ne faisaient pas grand chose pour lutter contre la déforestation. Et puis, ces dernières années, enfin, la chasse aux défricheurs à commencé à porter ses fruits. Las, une partie de ces efforts est réduite à néant: les incendies ont pris le relais.

On ne saura sans doute jamais qui est à l’origine de ces feux. Probablement un mélange de causes naturelles et humaines. Même si les incendies naturels ne sont pas légion dans cette région du monde. Toujours est-il que dans les portions d’Amazonie où le rythme de la déforestation a été réduit, les incendies ont cru de 59% ces dernières années, expliquent des chercheurs dans la revue Science, sur la base d’images satellites qui traquent le moindre feu depuis l’espace. A l’opposé, donc, de ce à quoi on pourrait s’attendre.

Ils montrent aussi qu’en favorisant des méthodes de gestions des terres agricoles amazoniennes, l’ampleur des incendies peut être réduite des deux tiers. Car aujourd’hui, pour prévenir la repousse dans les zones déforestées, les agriculteurs rebrûlent les sols tous les trois à cinq ans, ce qui balance presque autant de carbone dans l’atmosphère que la déforestation.

Le verdict? Il ne suffit pas de décréter la fin de la déforestation pour voir la situation s’améliorer sur le front de la lutte contre les gaz à effets de serre. Sans accompagnement par la formation à des méthodes agricoles «ininflammables», les mécanismes financiers REDD, envisagés pour aider le Sud à lutter contre la déforestation, ne serviront à rien. Il faudra donc suivre, de l’espace, l’évolution du brûlage comme pratique agricole, sous peine de subventionner des incendiaires…

Ah, un détail… Si on arrête de brûler pour entretenir les zones agricoles déjà gagnées sur l’Amazonie, comment feront les cultivateurs? Avec des engins agricoles, pardi. Allez hop, vous reprendrez bien une tonne de CO2?

(1) Edition du 4 juin 2010.

Nous somme tous des Benets.

L’histoire ne date pas d’hier. Mais les hasards des lois de propagation sur internet ont fait qu’une dépêche du 28 septembre a atterri aujourd’hui sur l’excellent blog «Veilleur de jour» d’Eric Azan, au Monde. Que je vous relaie donc immédiatement.

L’histoire se passe en Ouganda, où des agriculteurs ont été chassés de leurs terres, pour permettre une issue heureuse à une entreprise néerlandaise en quête de projets pour passer sous silence ses excès de pollution climatique. La tribu des Benets, donc, vivait depuis deux cents ans dans l’Est de l’Ouganda, mais le besoin de crédits carbone d’une centrale thermique des Pays-bas —et le protocole de Kyoto— ont changé sa vie. Ces agriculteurs ont été chassés de leurs terres pour permettre un plan de reboisement: maisons et cultures détruites, bétail confisqué, et habitants expulsés. Désormais, les Benets en sont réduit à mendier pour survivre.

Les crédits-carbone ont enrichi des riches (essentiellement, des producteurs d’énergie en Chine) et appauvri les pauvres. Finalement, les véritables benêts (avec un circonflexe, ceux-là), ce sont nous autres occidentaux qui acceptons que le marché du carbone peut nous éviter de remettre en question notre mode de vie.

L’oisiveté des uns panse la forêt des autres

A quoi sert un héritier de la couronne britannique quand il ne défraie pas les chroniques people? A protéger les forêts. On connaissait le goût immodéré du Prince Charles pour les forêts tropicales. Il vient de le confirmer à en croire le Jakarta Globe. Son Prince’s Rainforests Project aurait réuni 2 milliards d’euros pour aider les pays du sud à préserver et restaurer leur forêts humides. Pas mal, non? Le ministre de l’environnement indonésien a expliqué qu’il entendait planter 2 milliards d’arbres en cinq ans pour tenter de renverser la vapeur dans les forêts de l’archipel. En Inde, la Cour suprême a libéré plus de 2 milliards d’euros de fonds gelés, qui seront utilisés pour restaurer des forêts et la conservations d’espèces.

Au passage, New Scientist nous apprend que BHP Billiton a renoncé à hélitreuiller 48 orang-outangs d’une forêt de Bornéo. La bonne nouvelle pour ces bêbêtes en perdition, c’est que la firme a aussi renoncé à son projet de mine de charbon géante.

Un répit juridique pour la forêt du Congo. Durera ou pas?

Pour une décision, c’est une décision, enfin, si elle est suivie d’effets. La République (pas si) démocratique du Congo (RDC) a purement et simplement annulé quatre-vingt-onze des cent-cinquante-six concessions forestières accordées dans le pays. La plupart avaient été accordées pendant les dix années de guerre civile en RDC, de 1992 à 2002.

La décision annoncé lundi après une longue enquête, appuyée par la Banque Mondiale, sur la corruption et les pratiques des forestiers. Pas moins de treize millions d’hectares ne pourront plus être exploités en attendant le dépôt et l’examen de nouvelles demandes de concession. Une décision applicables sous quarante-huit heures… La liste des heureux déshérités n’a pas été rendue publique. Mais on devrait trouver une filiale du groupe allemand Danzer, le portugais Sandefor et la firme belgo-américaine Safbois, dont les noms circulaient depuis plusieurs mois. Les trois entreprises détiennent les deux-tiers des concessions forestières en RDC. Pour être complet, une vingtaine de concessions qui devaient être annulées, portant sur deux millions d’hectares, ont finalement été maintenues, après une procédure d’appel.

En 2007, un rapport du Centre international de recherche forestière, de la Banque mondiale, et du Cirad (1), avait dressé un constat sévère de la gestion de la forêt en RDC. Soulignant notamment l’absence de gestion, l’absence de coopération avec les populations locales et la corruption dans l’attribution des concessions. L’été dernier, un rapport de Greenpeace affirmait que le manque à gagner provoqué par l’absence de paiement des taxes par les exploitations illégales en RDC représentait chaque année cinquante ans du budget du ministère de l’environnement du pays (qui n’est pas bien élevé, il faut le reconnaître).

Les décisions prises cette semaine visent à durcir les procédures de délivrance, à renforcer les royalties versées aux pays et devraient donner un coup de pouce aux exploitants engagés dans la certification de leurs concessions. Enfin, peut-être parce qu’avec le retour de la guerre dans une partie de la RDC, ce n’est pas gagné…

Tout cela est l’occasion de rappeler que la certification n’est pas la panacée. FSC-Watch, une organisation qui entend jouer les trouble-fêtes dans la mécanique mise en place par le Forest Stewardship Council, rappelle régulièrement que le fameux sésame FSC n’est pas toujours appliqué à la lettre. Ainsi, le WWF a retiré son soutien il y a quelques jours à Barama, un exploitant qui opère des concessions en Amérique du sud, qui avait été suspendu en 2007 par le FSC pour non-respect de son cahier des charges. En octobre dernier, une solide étude internationale (2) parue dans la revue PLosOne avait montré combien les routes tracées par les exploitants forestiers perturbent les migrations des éléphants dans la forêt du bassin du Congo. Une route est une route, qu’elle conduise à une exploitation certifiée ou pas…

De fait, la certification est de plus en plus contestée au sein des ONG, notamment par Greenpeace, qui critiquent le FSC et ses partenaires, comme Rainforest Alliance, dont le programme Smartwood vise à aider les exploitations à remplir les conditions du label. Elles soulignent que même raisonnée (le FSC correspond à moins d’un arbre abattu par hectare tous les vingt-cinq ans), l’exploitation perturbe en profondeur la vie sauvage dans les forêts primaires. Chaque saignée ouverte pour les camions dans la forêt, c’est non seulement une route qui risque d’induire en erreur les éléphants, mais c’est aussi la porte ouverte aux trafics de viande de brousse qui menacent la faune africaine.

(1) Le Centre français de recherche pour l’agriculture au service des pays du Sud
(2) Etats-Unis, Allemagne, France, Grande-Bretagne, Kenya.