Au Liberia, main basse sur les forêts

Posté le 25 mai 2011 dans la catégorie:Lecture. Vous pouvez suivre les réponses via le fil RSS 2.0.
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Il s’en passe de drôles de choses au Liberia. Huit ans après la fin de la guerre civile, la gigantesque forêt qui recouvre près de la moitié du pays est toujours l’objet de toutes les convoitises. L’Union européenne et le gouvernement Libérien ont signé un accord pour tenter de contrôler l’exploitation forestière, notamment par la mise en place d’un système de traçabilité des arbres, qui repose sur un système de code-barres.

Mon confrère britannique Fred Pierce est rentré récemment d’un séjour au Liberia. Et il en raconte de belles sur ce qui se passe dans le pays. Ainsi, la firme néerlandaise Buchanan Renewable a mis la main sur une ancienne exploitation d’hévéas: 250 000 hectares d’arbres qui ne produisent plus de latex. Alors Buchanan les abat et en tire des copeaux de bois qui sont exportés vers l’Europe, pour y être brûlés dans des centrales à biomasse. Quel mal à cela? Oh pas grand chose. Buchanan clame partout que ses copeaux servent aussi à éclairer le Liberia, mais la centrale électrique promise n’a toujours pas vu le jour et les habitants de la capitale sont le plus souvent plongés dans le noir.

L’histoire la plus étonnante que raconte Fred Pierce est celle d’un escroc britannique, qui a été arrêté à Londres en juin 2010. Ce petit malin avait convaincu —à coup de pots-de-vin— un responsable de l’Etat Libérien de signer un contrat très juteux. La firme Carbon Harvesting mettait ainsi la main sur 20% de la forêt du pays, qu’elle comptait utiliser pour vendre des crédits de carbone dans le cadre du dispositif REDD mis en place par l’ONU pour limiter la déforestation. En échange, l’entreprise reversait une location pour les terres correspondantes. Le hic: en cas d’échec de la vente de crédits de carbone, le gouvernement Libérien devait semble-t-il reverser jusqu’à 2,2 milliards de dollars par an à Carbon Harvesting… Soit plus que le PIB du pays! Le propriétaire de l’entreprise a été démasqué par l’ONG Global Witness, qui avait prévenu les autorités britanniques. Le fonctionnaire Libérien corrompu, qui avait touché 2,5 millions de dollars, selon Global Witness, a été viré.

Denis Delbecq

 

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2 Réponses pour “Au Liberia, main basse sur les forêts”

  1. Christian Berdot dit :

    La firme malaisienne Sime Darby vient d’acquérir 200 000 ha de forêt au Liberia et s’apprête à les transformer en plantations de palmiers à huile pour approvisionner le marché européen.

    C’est cette huile qui arriverait à l’usine prévue à Port la Nouvelle.

    C.

  2. Simon Gaillard dit :

    Vu l’explosion de la demande en bois énergie en France, ce genre de gag va se répéter souvent.

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