Un éléphant vaut-il mieux que cent enfants noirs?

Par Denis Delbecq • 26 janvier 2009 à 23:52 • Categorie: A la Une, Rubriques

Décidément, on fait dans le sceptique par les temps qui courent. Le dernier opus de Bjorn Lomborg, le célèbre «écologiste sceptique» danois n’y va pas avec le dos de la cuiller. Alors qu’Obama a annoncé ses premières décisions dans le domaine de l’environnement (1), Lomborg adresse aux médias un texte par l’intermédiaire d’un mail titré «Les priorités globales d’Obama: Faisons-nous plus attention à un éléphant qu’à une centaine d’enfants noirs?» Un texte qui a été publié le 23 janvier dans un quotidien indien. Notez l’élégance du procédé.

Lomborg, pour le situer, ne refuse pas l’idée d’un réchauffement climatique causé par les activités humaines. Enfin cette fois-ci, puisque son dernier texte, publié dans le Guardian, laissait entendre que le rafraîchissement récent de la température de la planète prouve qu’elle ne se réchauffe pas. Une perception du climat à géométrie variable… (Lire La parole de l’Europe n’engage que celui qui l’écoute.

Lomborg, son credo est qu’il est trop tard pour agir sur le réchauffement avec nos moyens financiers et technologiques du moment, et qu’il vaut mieux se préoccuper d’autres problèmes dont l’efficacité est immédiate, tout en investissant dans la technologie pour qu’elle soit en mesure, au milieu du siècle, de nous permettre de combattre le réchauffement et surtout d’encaisser ses conséquences.

Les problèmes les plus urgents de la planète? Ce sont bien évidemment les fameux Objectifs du millénaire, à commencer par la faim et les épidémies qui déciment les populations au Sud. Personne ne dira le contraire. Dans son texte publié aujourd’hui, le Danois souligne qu’éradiquer le paludisme coûte soixante fois moins cher que le protocole de Kyoto. Les chiffres, on les connaît. Il suffirait en effet de soixante milliards en onze ans, soit quarante-cinq de plus que l’effort consenti aujourd’hui, pour que le palu ne soit qu’un mauvais souvenir, ou presque (1), comme je l’expliquais en septembre dans ces colonnes.

Pour Lomborg, ce n’est pas en luttant contre le réchauffement climatique qu’on aurait pu éviter la catastrophe de Katrina à la Nouvelle-Orléans, mais plutôt en entretenant les barrages et en améliorant les services d’évacuation. Lomborg se veut pragmatique, du genre: écoutez mes conseils et vous gagnerez des points de PIB…

Ce serait tellement séduisant s’il n’y avait un bug dans son raisonnement. Crise financière ou pas, le monde riche est riche. Très riche. Et il peut se permettre de combattre le gaspillage énergétique, l’aspect le plus efficace de la lutte contre le réchauffement, tout en dépensant un peu d’argent, si peu, pour combattre le sida, le paludisme et la faim dans le monde. C’est juste une question de volonté.

Obama a pris une décision qui n’a pas fait la une des journaux. Il a décidé de changer le fonctionnement du programme américain d’aide au développement (USAID), qui ne posera plus comme préalable pour les ONG l’interdiction de promouvoir la contraception. On aurait pu dire que Bush préférait les éléphants, mais le nouveau président vient de montrer qu’il entend bien aider les «enfants noirs». Quoi qu’en pense l’écologiste sceptique qui a encore manqué une occasion de se taire.

(1) Réexamen de la demande Californienne de légiférer sur les normes automobiles (voir mon papier sur le site de Science & Vie) et accélération des décisions pour fixer des normes automobiles fédérales.

(2) Distribution massive de moustiquaires imprégnées d’insecticide, tests de dépistage, programmes d’éducation aux gestes qui évitent la prolifération des moustiques, recherche sur un éventuel vaccin, recherche pharmaceutique, etc.

Image: © Denis Delbecq

• Envoyer par email •  Partager sur Facebook

Tags: , , , , , ,