Quarante cinq milliards, si peu contre un fléau

Certains trouveront que c’est cher, mais le jeu en vaut la chandelle. Un plan ambitieux de lutte contre le paludisme a été présenté aux Nations-Unies hier. L’objectif est de sauver 4,2 millions de vies d’ici 2015, et d’éradiquer totalement la maladie à cette date. Un plan qui, dans un premier temps, devrait coûter 6,2 milliards de dollars par an. Au total, 60 milliards pour 2009-2020. Trois seulement ont déjà été trouvés auprès d’Etats, d’agences internationales, d’ONG et de fondations, auxquels s’ajoutent le milliard et quelque déjà dépensé chaque année. Bref, Bono, l’une des figures de l’engagement contre le paludisme a du pain sur la planche pour trouver les 45 milliards qui restent à trouver.

Sur les trois milliards promis hier pour le Plan global d’action sur le paludisme (GMAP), un peu plus de la moitié viendra du Fonds mondial contre le sida et les pandémies, un milliard de la Banque Mondiale. Le reste sera financé par la Grande-Bretagne, la fondation de Bill Gates et d’autres pays, organisations et fondations. Au total, 250 personnes et institutions sont impliquées dans le GMAP.

Lutter contre la malaria, c’est d’abord lutter contre les moustiques. Notamment en développant l’usage des moustiquaires imprégnées d’insecticide longue-durée (il en faudrait 750 millions) ou en diffusant le produit dans 172 millions de foyers, en diffusant des tests de dépistage (1,5 milliards par an) en formant les populations à nettoyer leur environnement pour éviter la formation de flaques d’eau et réduire la prolifération. Le plan vise également à améliorer l’accès aux médicaments tels que l’artémisinine (228 millions de doses par an sont nécessaires), et à accroître le financement de la recherche sur un vaccin. Près de 9 milliards sont nécessaires en dix ans sur la recherche et le développement.

Le palu frappe chaque année 300 à 500 millions de personnes, dont un million en mourra. 80% des victimes vivent en Afrique. Le palu, c’est aussi une réduction de la force de travail des pays les plus touchés, et un frein au développement économique.

Qu’on ne s’y trompe pas. Je n’ai pas rejoint le camp des Bjorn Lomborg qui estiment qu’il est inutile de s’attaquer au réchauffement et que tout l’argent doit être mis dans les objectifs du millénaire (santé, éducation, développement). Mais dans une économie mondiale qui génère des milliers de milliards richesses, que pèsent les cinq milliards annuels face à ces millions de vie épargnées et cet enfer de la pauvreté? C’était combien déjà le cadeau fiscal de Sarkozy à ses électeurs les plus fortunés?

Nous pouvons mener les deux combats de front. Sauver des vies menacées tout de suite par des fléaux comme le palu, et bien sûr le sida. Mais aussi éviter que le réchauffement ne menace d’autres vies dans quelques décennies. De l’argent, il y en a, non?

NB: le plan est détaillé sur un document, en français, publié par le GMAP.

7 réflexions au sujet de « Quarante cinq milliards, si peu contre un fléau »

  1. sur qu’il y a de l’argent !
    Je voudrais savoir si la banque qui détient les comptes de Ms Bush et compagnie va faire faillite ! Pour revenir au paludisme faut aussi une politique sur la natalité en même temps, sinon l’échec est assuré. A moins que les décideurs ont déjà entérinés le réchauffement et par conséquent que le paludisme va bientôt arriver en force en Europe !

  2. Les politiques de natalité sont un sujet bien épineux autant en France qu’à l’étranger et je suis très curieuse de savoir quel homme politique sera le premier à le mettre sur la table sans avoir peur des embruns belliqueux de ses électeurs ?

    Je lis sur Wikipedia que le paludisme affecte l’homme depuis la nuit des temps et tue encore une personne toutes les 30 secondes. Pourtant il existe des traitements contre cette maladie, quand j’ai voulu partir en Asie on m’en a conseillé un justement. Ces chiffres montrent bien notre incapacité à traiter tous les hommes de manière égale.

  3. Attention, ce n’est pas un traitement dans ce cas. Quand nous autres allons dans des zones infectées, on nous donne une molécule qui permet d’éviter de tomber malade si on est piqué par un moustique vecteur du palu. Le médecin choisit dans la panoplie en fonction du pays visité. Mais on ne peut prendre ces médicaments en permanence, car ils perdent très vite de leur efficacité.

  4. Le paludisme a pu être éradiqué dans la plus grande partie du monde il y a plus de 30 ans grâce au DDT, la Hollande s’en est débarrassé à la fin des années 60 seulement. Ca s’appelle aussi malaria, nom d’origine italienne signifiant « mal air », dont les épidémies se déclaraient partout en Europe, jusqu’en Sibérie et même Archangel et ce depuis des millénaires (on en a retrouvé trace dans la Rome antique).

    Et à cause des écolos qui, par idéologie anti-pesticide, ont tout fait pour diaboliser une molécule miracle sur la base de quelques études scientifiques bidonnées et jamais reproductibles, il faut tout recommencer maintenant. La facture de dizaines de millions de morts évitables depuis 30 ans à cause de cette erreur tragique des obscurantistes verts, on l’envoie à qui ?
    What the World Needs Now Is DDT : http://www.fightingmalaria.org/pdfs/Africa%20Fighting%20Malaria%20IRS%20DDT%20issues.pdf

    Ca me fait penser à une boutade dans Dilbert: « Félicitations, vous êtes nommés Directeur de l’écologie, comment faites vous? J’ai été directeur dans plein d’autres branches et à chaque fois, j’ai foiré ».

  5. Alexander King, fondateur du Club de Rome (des Malthusiens déclarés): « le gros inconvénient que je vois dans le DDT, c’est qu’il a contribué grandement au problème de surpopulation » (« my chief quarrel with DDT, in hindsight, is that it has greatly added to the population problem. »).

    Donc visiblement, la malaria, ce n’est pas tant un « fléau » que ça pour certains.

  6. Quand minitax, le Thierry Meyssan du réchauffement de la planête, se met à parler social… A force de gober tout ce qui se dit sur internet vous devez avoir la bouche de Steven Tyler.

    Le DDT n’a jamais été interdit dans les applications de préventions du paludisme.

    http://www.who.int/malaria/docs/10thingsonDDT.pdf
    http://www.pop.int

    S’il a été abandonné dans plusieurs pays c’est parce que son utilisation massive dans l’agriculture (coton, tabac) a permis aux moustiques de développer une résistance au DDT qui rendait alors son utilisation totalement inutile.

    Aussi un gros problème de l’artemisinine c’est qu’il s’agit d’un produit issu de la recherche chinoise sur les plantes utilisés dans la médecine traditionnelle. En conséquence de quoi les grandes agences d’aide aux développement des USA et de l’Europe sont très réticentes à la financer (les européens achètent des médicaments aux firmes européennes et les américains font la même chose…), alors qu’il s’agit du médicament le plus efficace pour traiter. (confirmer par votre serviteur qui a eu la chance d’en bénéficier pour traiter son falciparum alors que le médicament n’avait pas encore son autorisation de mise sur le marché en France…)

    Pour aller plus loin sur la source de minitax (c’est facile : quoi qu’il racconte c’est toujours les mêmes personnes qui sont derrières) :

    http://www.sourcewatch.org/index.php?title=Africa_Fighting_Malaria

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