Quarante cinq milliards, si peu contre un fléau

Par Denis Delbecq • 26 septembre 2008 à 9:16 • Categorie: A la Une, Rubriques

Certains trouveront que c’est cher, mais le jeu en vaut la chandelle. Un plan ambitieux de lutte contre le paludisme a été présenté aux Nations-Unies hier. L’objectif est de sauver 4,2 millions de vies d’ici 2015, et d’éradiquer totalement la maladie à cette date. Un plan qui, dans un premier temps, devrait coûter 6,2 milliards de dollars par an. Au total, 60 milliards pour 2009-2020. Trois seulement ont déjà été trouvés auprès d’Etats, d’agences internationales, d’ONG et de fondations, auxquels s’ajoutent le milliard et quelque déjà dépensé chaque année. Bref, Bono, l’une des figures de l’engagement contre le paludisme a du pain sur la planche pour trouver les 45 milliards qui restent à trouver.

Sur les trois milliards promis hier pour le Plan global d’action sur le paludisme (GMAP), un peu plus de la moitié viendra du Fonds mondial contre le sida et les pandémies, un milliard de la Banque Mondiale. Le reste sera financé par la Grande-Bretagne, la fondation de Bill Gates et d’autres pays, organisations et fondations. Au total, 250 personnes et institutions sont impliquées dans le GMAP.

Lutter contre la malaria, c’est d’abord lutter contre les moustiques. Notamment en développant l’usage des moustiquaires imprégnées d’insecticide longue-durée (il en faudrait 750 millions) ou en diffusant le produit dans 172 millions de foyers, en diffusant des tests de dépistage (1,5 milliards par an) en formant les populations à nettoyer leur environnement pour éviter la formation de flaques d’eau et réduire la prolifération. Le plan vise également à améliorer l’accès aux médicaments tels que l’artémisinine (228 millions de doses par an sont nécessaires), et à accroître le financement de la recherche sur un vaccin. Près de 9 milliards sont nécessaires en dix ans sur la recherche et le développement.

Le palu frappe chaque année 300 à 500 millions de personnes, dont un million en mourra. 80% des victimes vivent en Afrique. Le palu, c’est aussi une réduction de la force de travail des pays les plus touchés, et un frein au développement économique.

Qu’on ne s’y trompe pas. Je n’ai pas rejoint le camp des Bjorn Lomborg qui estiment qu’il est inutile de s’attaquer au réchauffement et que tout l’argent doit être mis dans les objectifs du millénaire (santé, éducation, développement). Mais dans une économie mondiale qui génère des milliers de milliards richesses, que pèsent les cinq milliards annuels face à ces millions de vie épargnées et cet enfer de la pauvreté? C’était combien déjà le cadeau fiscal de Sarkozy à ses électeurs les plus fortunés?

Nous pouvons mener les deux combats de front. Sauver des vies menacées tout de suite par des fléaux comme le palu, et bien sûr le sida. Mais aussi éviter que le réchauffement ne menace d’autres vies dans quelques décennies. De l’argent, il y en a, non?

NB: le plan est détaillé sur un document, en français, publié par le GMAP.

Image: Anopheles Gambiae, un serial-killer © CDC

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