L’Eglise adopte la capote du bout des lèvres

Bon alors Benoît XVI, il la met cette capote, ou pas, dans son arsenal anti-sida? Pour la première fois, un pape admet que le préservatif joue un rôle dans la lutte contre la propagation du VIH. Evidemment, Benoît XVI l’a dit du bout des lèvres, comme d’autres enfilent le caoutchouc du bout des doigts. Mais il a vite rappeler sa vision des choses: pour certains, le sexe n’est pas une expression d’amour, mais «une sorte de drogue qu’ils se fournissent eux-même».

On ne peut que se féliciter du —léger— changement sémantique. Mais de là à y voir une brèche dans le dogme de l’église catholique… Et pour cause, une brèche dans une capote, c’est le dérapage assuré, le pape le sait… Pas question de se mettre les ultras à dos. N’oublions pas non plus qu’en 2009, le même pape avait expliqué, lors d’un voyage en Afrique, que l’utilisation du préservatif «aggrave» le problème du Sida.

Dans l’Iran moderne, il ne fait pas bon faire progresser la lutte contre le sida

Ah quel pays sympathique que l’Iran. Deux frangins médecins, Arash et Kamiar Alaei, croupissent dans les geôles d’Ahmadinejad. Leur crime? Avoir participé à des réunions internationales sous l’égide d’ONG et de sociétés savantes, avec d’autres spécialistes de la lutte contre le sida. Comprendre, comploté avec l’oncle Sam au détriment de la sécurité nationale de leur pays.

Les frères Alaei, raconte Nature —qui leur consacre cette semaine son éditorial— sont de sacrés lascars. On leur doit un audacieux programme de prévention du sida dans les geôles iraniennes, et des programmes de distribution de capotes et de seringues. L’Iran serait même, de l’avis de spécialistes, un des pays les plus avancés en matière de sida carcéral, grâce au travail des deux frangins.

Gageons qu’Ahmadinejad a décidé de les prendre au mot, en les enfermant à leur tour derrière les barreaux. Après plusieurs mois d’enfermement sans savoir ce qui leur a valu cette promenade à la Santé, Arash et Kamiar Alaei ont été condamnés à six et trois ans de prison pour avoir communiqué avec un ennemi du gouvernement. Qu’attend notre Sarkozy national pour user de son aura?

Un éléphant vaut-il mieux que cent enfants noirs?

Décidément, on fait dans le sceptique par les temps qui courent. Le dernier opus de Bjorn Lomborg, le célèbre «écologiste sceptique» danois n’y va pas avec le dos de la cuiller. Alors qu’Obama a annoncé ses premières décisions dans le domaine de l’environnement (1), Lomborg adresse aux médias un texte par l’intermédiaire d’un mail titré «Les priorités globales d’Obama: Faisons-nous plus attention à un éléphant qu’à une centaine d’enfants noirs?» Un texte qui a été publié le 23 janvier dans un quotidien indien. Notez l’élégance du procédé.

Lomborg, pour le situer, ne refuse pas l’idée d’un réchauffement climatique causé par les activités humaines. Enfin cette fois-ci, puisque son dernier texte, publié dans le Guardian, laissait entendre que le rafraîchissement récent de la température de la planète prouve qu’elle ne se réchauffe pas. Une perception du climat à géométrie variable… (Lire La parole de l’Europe n’engage que celui qui l’écoute.

Lomborg, son credo est qu’il est trop tard pour agir sur le réchauffement avec nos moyens financiers et technologiques du moment, et qu’il vaut mieux se préoccuper d’autres problèmes dont l’efficacité est immédiate, tout en investissant dans la technologie pour qu’elle soit en mesure, au milieu du siècle, de nous permettre de combattre le réchauffement et surtout d’encaisser ses conséquences.

Les problèmes les plus urgents de la planète? Ce sont bien évidemment les fameux Objectifs du millénaire, à commencer par la faim et les épidémies qui déciment les populations au Sud. Personne ne dira le contraire. Dans son texte publié aujourd’hui, le Danois souligne qu’éradiquer le paludisme coûte soixante fois moins cher que le protocole de Kyoto. Les chiffres, on les connaît. Il suffirait en effet de soixante milliards en onze ans, soit quarante-cinq de plus que l’effort consenti aujourd’hui, pour que le palu ne soit qu’un mauvais souvenir, ou presque (1), comme je l’expliquais en septembre dans ces colonnes.

Pour Lomborg, ce n’est pas en luttant contre le réchauffement climatique qu’on aurait pu éviter la catastrophe de Katrina à la Nouvelle-Orléans, mais plutôt en entretenant les barrages et en améliorant les services d’évacuation. Lomborg se veut pragmatique, du genre: écoutez mes conseils et vous gagnerez des points de PIB…

Ce serait tellement séduisant s’il n’y avait un bug dans son raisonnement. Crise financière ou pas, le monde riche est riche. Très riche. Et il peut se permettre de combattre le gaspillage énergétique, l’aspect le plus efficace de la lutte contre le réchauffement, tout en dépensant un peu d’argent, si peu, pour combattre le sida, le paludisme et la faim dans le monde. C’est juste une question de volonté.

Obama a pris une décision qui n’a pas fait la une des journaux. Il a décidé de changer le fonctionnement du programme américain d’aide au développement (USAID), qui ne posera plus comme préalable pour les ONG l’interdiction de promouvoir la contraception. On aurait pu dire que Bush préférait les éléphants, mais le nouveau président vient de montrer qu’il entend bien aider les «enfants noirs». Quoi qu’en pense l’écologiste sceptique qui a encore manqué une occasion de se taire.

(1) Réexamen de la demande Californienne de légiférer sur les normes automobiles (voir mon papier sur le site de Science & Vie) et accélération des décisions pour fixer des normes automobiles fédérales.

(2) Distribution massive de moustiquaires imprégnées d’insecticide, tests de dépistage, programmes d’éducation aux gestes qui évitent la prolifération des moustiques, recherche sur un éventuel vaccin, recherche pharmaceutique, etc.

Léger mieux sur le front du sida, mais…

Certains diront que les chiffres étaient biaisés. D’autres que les scientifiques ont fait des progrès dans la compréhension de l’épidémie mondiale de Sida. C’est principalement en affinant les données concernant l’Inde et cinq pays d’Afrique subsaharienne, que l’épidémie a pu être mieux évaluée. Elle chiffrait pour 2006 le nombre de porteurs du virus à 39 millions. Le rapport annuel des Nations-Unis sur les chiffres du HIV (ONUSIDA) a donc revu les estimations à la baisse.

Mais trente trois millions de personnes vivent avec le virus, dont les deux tiers vivent en Afrique subsaharienne. Pas de quoi pavoiser donc, puisque l’immense majorité des malades ne verront jamais le moindre médicament qui permettent aujourd’hui de prolonger la durée de vie des malades.

La bonne nouvelle, c’est que le rythme de croissance de l’épidémie a ralenti, globalement du moins. On en est donc encore réduit à parler de baisse de la hausse: 2,5 millions de personnes auront été contaminées en 2007, contre 3 millions chaque année à la fin des années quatre-vingt dix. En Afrique subsaharienne, le rythme s’est également ralenti, avec 1,7 millions de contaminations tout de même. Mais cette année, pas moins de 2,1 millions de personnes sont mortes du sida.

Comme depuis le début de ce siècle, l’inquiétude sur l’extension de l’épidémie vient d’autres région: +100% au Vietnam entre 2000 et 2005, +150% dans l’Est de l’Europe et l’Asie centrale. D’autres pays, comme le Burundi, avaient connu une baisse de la prévalence du sida jusqu’en 2005, qui est repartie depuis à la hausse.

Abus de brevet nuit

n brevet, c’est sacré. Au point qu’une modification mineure d’un produit breveté ne peut pas être brevetée à son tour. C’est une bonne nouvelle pour la fabrication de médicaments génériques, après le rejet d’une procédure engagée par le suisse Novartis devant une Haute cour indienne. Le géant de l’industrie pharmaceutique contestait une disposition du code indien des brevets qui lui avait interdit de protéger une version rajeunie du Glivec, une molécule anticancéreuse. La molécule initiale était tombée dans le domaine public, ouvrant la voie à la fabrication de génériques.

L’Inde avait reçu le soutien de Médecins sans frontières (MSF) qui avait tenté de convaincre Novartis de lâcher l’affaire, en lançant une pétition signée par quatre cent vingt mille personnes, dont le Nobel de la paix Desmond Tutu et le patron du Fonds mondial contre le sida Michel Kazatchkine. Mais l’industriel a tenu à aller jusqu’au bout, sans succès. Le jugement du six août devrait freiner la course aux brevets en Inde, et simplifier la fabrication de molécules génériques pour soigner les personnes atteintes de Sida, entre autres, dans l’ensemble des pays du Sud.

Novartis devra se plier au jugement, même si l’industriel a protesté, expliquant que c’était un coup dur porté à la recherche médicale et à la qualité des soins en Inde, et ailleurs. Ça reste à prouver. En attendant, agences gouvernementales et ONG pourront se procurer des médicaments à bas prix pour les pays du Tiers-monde. Le Glivec générique est vendu 200 dollars par mois de traitement, soit treize fois moins que la version Novartis. L’industriel devrait méditer la thèse de deux économistes américains qui estiment que les brevets coûtent plus qu’ils ne rapportent (lire à ce sujet la note de Florent Latrive sur son blog).

Papavirus

PapalAlors que le monde pleure le pape, je ne peux m’empêcher de penser à sa responsabilité dans la propagation du sida, notamment en Afrique subsaharienne.

Il aurait sans doute suffit d’une phrase, comme beaucoup de hauts responsables religieux l’ont fait, pour que des des centaines de milliers de personnes (des millions?) échappent au sida. Une phrase pour dire haut et fort que la capote est le premier instrument de lutte contre le HIV. Ou un silence pour ne pas gêner les efforts de tous ceux qui se battent tous les jours sur le terrain pour freiner l’épidémie.

A la place, JPII a martelé un discours moraliste, abondamment repris par des chefs d’Etat trop heureux de pouvoir justifier l’absence de politiques de promotion du préservatif. Ironie de l’histoire, la mort du pape a même obligé les responsables de France 2 à interrompre la diffusion du sidaction…

PS: pour ceux qui se demandent ce que vient faire le sida sur ce blog, je ne peux que conseiller de relire un vieil échange.