L’éolienne qui produit du gaz, une fausse bonne idée

Par Denis Delbecq • 7 mai 2010 à 9:42 • Categorie: A la Une
© Denis Delbecq

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Décidément, le gaz carbonique sert à tout! Après les startups qui veulent en faire du ciment, des chercheurs allemands ont entrepris d’en tirer du méthane, le gaz naturel. Explications.

Pour transformer du gaz carbonique en méthane, il faut le débarrasser d’une paire d’atomes d’oxygène, et lui adjoindre quatre hydrogène. C’est assez facile à faire, mais ça consomme de l’énergie. L’électricité sert à électrolyser de l’eau, ce qui libère de l’oxygène et de l’hydrogène. Celui-ci réagit ensuite avec le gaz carbonique pour produire du méthane et de l’oxygène. Ce que prétendent avoir réussi des chercheurs allemands, c’est un enchainement d’opérations qui donneraient un rendement final «meilleur que 60%». Notez la précision… Ce qui signifie que pour chaque kilowatt-heure d’électricité, ils en retirent 0,6 kwh de gaz naturel. A condition de le consommer tel quel, dans une chaudière, une cuisinière ou une voiture qui roule au GNV. Parce qu’évidemment, s’il fallait refabriquer de l’électricité avec ce gaz, le rendement serait immédiatement divisé par trois…

Pas question donc d’utiliser ça en boucle du genre: je pompe le CO2 de ma centrale à charbon, pour faire du méthane, qui sera brûlé dans une centrale à gaz dont le gaz carbonique sera pompé, etc. Ça, ce serait une sorte de mouvement perpétuel auquel personne ne peut croire une seconde.

Non, l’usage de ce méthane devrait être impérativement fait sous forme de chaleur, ou pour faire tourner des moteurs. L’avantage, c’est que les réseaux de stockage souterrain de gaz naturel stockent des mois de consommation, quand un réseau électrique en stocke une heure. Bref, ça permettrait de stocker des surplus d’électricité: de l’éolien, par exemple. Formidable, non?

Et bien non, pas formidable du tout. Car il faut d’abord disposer de gaz carbonique en grande quantité, et pur s’il vous plaît. Et donc brûler du charbon dans une centrale capable d’extraire le CO2 des gaz de combustion. Et ça, à part à petite échelle, ça n’existe pas, ça coûtera cher, et ça fait baisser le rendement des centrales vu l’énergie que consomme cette extraction.

Ensuite, il faut de l’eau, beaucoup d’eau… Et enfin, ça enrichirait en carbone des sources d’énergies pauvres en carbone. L’éolien, par exemple, puisque ses surplus seraient stockés sous forme de gaz qui, brûlé, rejetterait du gaz carbonique. Donc cela reviendrait à construire des milliers d’éoliennes « spécial effet de serre ». Autant construire directement des centrales à gaz, ce serait moins alambiqué.

Que les choses soient claires. Soit on trouve un moyen de stocker de l’électricité sans lui ajouter de carbone (pour les barrages où l’on remonte l’eau —STEP—, c’est niet faute de sites disponibles, reste les super-condensateurs, mais on est loin du but). Soit on réduit notre consommation d’électricité en faisant gaffe. Juré, craché, ça peut être spectaculaire sans changer une once de confort.

Je sais bien que c’est pas sympa pour les chercheurs qui se décarcassent. Mais franchement, mise à part faire de la recherche pour le plaisir de la recherche, cette idée de stocker de l’électricité sous forme de gaz naturel est absurde!

NB. Dans la série, on rase gratis, j’ai reçu cette semaine un communiqué d’une boite californienne, Green Energy Group, qui prétend avoir trouvé le Graal. Une centrale à charbon qui ne produit ni soufre, ni oxydes d’azote et dont 99,9% du gaz carbonique serait récupéré. Ils devraient faire affaire avec les chercheurs dont je parle ici!

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