Boeuf pêteur ou boeuf émissaire?

© Denis Delbecq

© Denis Delbecq

Il faut sauver le soldat bifteck. Attaqués de toutes part, les éleveurs français font de la résistance. Après une imposante campagne de pub dans 57 titres de la presse régionale et la plupart des quotidiens nationaux, le patron de l’interprofessionnelle Interbev prend la plume dans une tribune publiée dans les colonnes du Monde pour dénoncer ce qu’il a baptisé le «bœuf émissaire».

Il faut dire que la viande n’a pas bonne presse. Il y a eu le livre de Fabrice Nicolino, «Bidoche, L’industrie de la viande menace le monde», publié cet automne. Il y a eu les déclarations publiques de Paul Mc Cartney et du patron du GIEC (tous deux végétariens) début décembre au Parlement européen pour vanter les vertus d’une journée hebdomadaire sans viande. Il y a les affiches dans le métro parisien qui dénoncent la consommation de viande de cheval. Sans compter cette vidéo dévastatrice qui montre comment des bovins sont égorgés avant d’avoir été étourdis comme le veut la réglementation. Ou encore cet étonnant rapport du Worldwatch institute qui calcule que l’élevage produirait 51% des rejets totaux de gaz à effet de serre liés aux activités humaines…

Evidemment, tout ça ne fait pas l’affaire des éleveurs qui affichent leur ras-le-bol. Et vantent nos belles prairies qui effaceraient 75% du méthane roté par les ruminants français en captant le CO2. C’est peut-être vrai par rapport à une même surface recouverte de béton. Mais c’est un argument bidon sur le plan du réchauffement climatique. Car une prairie stocke aussi du carbone quand personne ne la broute… Et le patron d’Interbev oublie aussi combien l’élevage français dépend du soja d’importation produit dans des régions déforestées d’Amérique du Sud. Tous les animaux élevés en France ne sont pas candidats à la carte postale champêtre de la Blonde d’Aquitaine paissant paisiblement…

NB. La semaine dernière, Arthur Nazaret, un de mes étudiants du CFJ, avait consacré un excellent papier à cette bataille. Il expliquait notamment que le Centre d’informations sur la viande (CIV, une émanation d’Interbev, des métiers de la boucherie et des grandes surfaces) conduit une veille sur l’internet et ses blogs. Et montrait, rapport d’activité à l’appui, que le CIV s’est fixé comme objectif de «contrebalancer le discours sur l’élevage au niveau mondial (rapport de la FAO)».

2 réflexions au sujet de « Boeuf pêteur ou boeuf émissaire? »

  1. A ma connaissance, le cheptel bovin en France est de l’ordre de 20 millions de têtes. Autrement dit, en France, l’ensemble des bœufs pèse plus lourd sur la balance que l’ensemble des humains (étonnant, non ?)
    Toujours si je me souviens bien, la production de produits laitiers concerne de l’ordre de 3 ou 4 millions de têtes. Le reste, a priori, c’est pour la viande…

  2. Je ne suis pas carnivore mais je pense que l’élévage naturel comme le bison produit de la bien meilleure viande que le bovin en stabulation. C’est plutôt sur ça que ceux qui tiennent vraiment à bouffer du cadavre devraient se battre ! Il y a aussi l’émeu, et plein d’autres …

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.