Outre-Manche, la chasse au césium de Tchernobyl continue

La Grande-Bretagne n’en a pas encore fini avec le nuage de Tchernobyl. A l’occasion d’un reportage, le Guardian raconte ce mardi que certains élevages de moutons britanniques restent sous surveillance. Une dizaine de fois par an, des inspecteurs armés d’un compteur Geiger viennent tester les animaux. Trois cent cinquante cinq élevages sont concernés au Pays de Galles, neuf en Angleterre et sept en Ecosse. Toutes les bêtes qui dépassent la limite fixée par les autorités sanitaires doivent être séparées du troupeau et élevées séparément. Et l’éleveur touche 1,3 livre d’indemnité par mouton concerné (une somme qui n’a pas été réévaluée depuis 1986…). Compte-tenu de la faible durée de vie du Césium 137 dans l’organisme, il suffit parfois de moins de 24 heures pour qu’un mouton déplacé dans une zone saine soit jugé apte à être consommé, explique le Guardian. De plus, l’éleveur visité par mon confrère Leo Hickman, explique qu’aucune bête n’a été trouvée positive chez lui depuis trois ans. C’est étrange, à lire le papier du quotidien britannique, on finirait presque par croire qu’on teste les bêtes parce qu’on teste les bêtes… mais curieusement, Hickman n’a pas cherché à s’informer auprès de la FSA, l’agence concernée. Dommage, on aurait bien aimé avoir son avis.

Boeuf pêteur ou boeuf émissaire?

© Denis Delbecq

© Denis Delbecq

Il faut sauver le soldat bifteck. Attaqués de toutes part, les éleveurs français font de la résistance. Après une imposante campagne de pub dans 57 titres de la presse régionale et la plupart des quotidiens nationaux, le patron de l’interprofessionnelle Interbev prend la plume dans une tribune publiée dans les colonnes du Monde pour dénoncer ce qu’il a baptisé le «bœuf émissaire».

Il faut dire que la viande n’a pas bonne presse. Il y a eu le livre de Fabrice Nicolino, «Bidoche, L’industrie de la viande menace le monde», publié cet automne. Il y a eu les déclarations publiques de Paul Mc Cartney et du patron du GIEC (tous deux végétariens) début décembre au Parlement européen pour vanter les vertus d’une journée hebdomadaire sans viande. Il y a les affiches dans le métro parisien qui dénoncent la consommation de viande de cheval. Sans compter cette vidéo dévastatrice qui montre comment des bovins sont égorgés avant d’avoir été étourdis comme le veut la réglementation. Ou encore cet étonnant rapport du Worldwatch institute qui calcule que l’élevage produirait 51% des rejets totaux de gaz à effet de serre liés aux activités humaines…

Evidemment, tout ça ne fait pas l’affaire des éleveurs qui affichent leur ras-le-bol. Et vantent nos belles prairies qui effaceraient 75% du méthane roté par les ruminants français en captant le CO2. C’est peut-être vrai par rapport à une même surface recouverte de béton. Mais c’est un argument bidon sur le plan du réchauffement climatique. Car une prairie stocke aussi du carbone quand personne ne la broute… Et le patron d’Interbev oublie aussi combien l’élevage français dépend du soja d’importation produit dans des régions déforestées d’Amérique du Sud. Tous les animaux élevés en France ne sont pas candidats à la carte postale champêtre de la Blonde d’Aquitaine paissant paisiblement…

NB. La semaine dernière, Arthur Nazaret, un de mes étudiants du CFJ, avait consacré un excellent papier à cette bataille. Il expliquait notamment que le Centre d’informations sur la viande (CIV, une émanation d’Interbev, des métiers de la boucherie et des grandes surfaces) conduit une veille sur l’internet et ses blogs. Et montrait, rapport d’activité à l’appui, que le CIV s’est fixé comme objectif de «contrebalancer le discours sur l’élevage au niveau mondial (rapport de la FAO)».

Saucisses de Strasbourg (par 4)

ATTENTION: La base de données des empreintes carbone a changé. Cliquer ici pour découvrir les dizaines de produits qui y figurent.

La fabrication, l’emballage et la distribution d’un paquet de quatre saucisses de Strasbourg représente un rejet de gaz à effet de serre de  1025 grammes-équivalent-CO2.

Pays de commercialisation: France
Marque: Casino
Source: Casino/Bio Intelligence Service
Date de vérification: 18/06/2009

Donne moi ton steak, je te dirais ce qu’il a été

Et ça les étonne? La bidoche des hamburgers vendus dans les fast-food américains provient quasi exclusivement d’animaux nourris au maïs. Que ce soit du bœuf ou du poulet. C’est le résultat de l’appétit frénétique de deux chercheurs de l’Université d’Hawaii, qui se sont offert 486 hamburgers, portions de frites et sandwich au poulet dans les débiteurs de bouffe rapide de six grandes villes des Etats-Unis. Ils ont ensuite étudié les isotopes du carbone et de l’azote, qui signent le mode d’alimentation d’un animal, et l’huile de cuisson des frites. (1)

Le résultat? Les copains d’Obama n’échappent pas au maïs, une céréale dont la culture est loin d’être un modèle d’écologie. 100% des poulets, et 93% des steaks hachés provenaient d’animaux nourris exclusivement de maïs. De plus, vu les mesures sur l’azote, les chercheurs en déduisent que les animaux ont vécu confinés et nourris avec des céréales cultivées à grand renfort de fertilisants. (Au passage, on apprend que les frites contiennent de 15% à 23% de leur poids en graisse…).

Bon, d’accord, il faut bien que les chercheurs s’occupent. Mais s’ils s’imaginaient que les bœufs élevés pour finir dans un fast-food sont de belles races à viande nourris dans de magnifiques pâturages… Par contre, ce qui me surprend, c’est que que l’huile de maïs soit aussi largement utilisée pour cuire des frites. Je m’attendais à la prédominance de l’huile de palme. Ce qui est quand même rassurant, c’est que les techniques d’analyses physico-chimiques sont capables de raconter l’histoire d’un hamburger, de l’élevage à l’assiette…

(1) Annales de l’Académie américaine des Sciences, édition du 11 novembre 2008.