Monsieur le président…

Monsieur le Président,

Je vous fais une lettre, que vous lirez peut-être, si vous avez le temps… Il y a six mois, j’avais lancé un appel dans ces colonnes pour qu’enfin cesse cette insoutenable indifférence.

Je ne vous parlerai pas ici de lutter contre le réchauffement climatique. Vous y avez renoncé, d’ailleurs ça vous a toujours fait marrer, vous le Hérault de la dépense de carbone. Je ne vous parlerai pas de sauver les maisons qui brûlent, votre ami de dix ans vous a brûlé la politesse il y a une demi-douzaine d’années. Je ne vous parlerai pas d’automobile, vous avez fait ce qu’il fallait pour protéger notre Industrie Nationale (lire hier). Vous êtes de toutes les façons trop occupé à sabrer dans le paquet-énergie européen et à faire plaisir à vos amis polonais et italiens (n’y voyez aucune allusion, merci).

Non, la nation est en danger. L’un des derniers animaux que nous autres, urbains, pouvons côtoyer dans la grisaille du bitume (et parfois au rayon fromage de chez Ed), est gravement menacé. Evidemment, les français vous ont offert un petit coin de verdure en plein cœur de Paris, alors vous ne pouvez pas comprendre. Faites un effort. Regardez-bien le croquis ci-joint.

Je viens d’écouter une interview sur le site du Guardian. Vous savez, un journal du pays de votre nouvel ami Charles, prince de son état, avec qui vous avez dîné il y a peu de temps en votre beau palais. Le verdict scientifique est formel. D’ailleurs, je le confirme: sur la rambarde de ma fenêtre je ne vois et n’entends que pigeons et corbeaux.

Oui, monsieur le Président. Le moineau, l’ami fidèle, est désemparé. Il se meurt même. Pas partout, fort heureusement. Mais dans certains des arrondissements de vos amis, c’est l’hécatombe. Et dans le mien, pas d’étude récente, mais le sentiment d’avoir perdu de chers compagnons.

Le coupable, du moins au pays de Charles-trop-vieux-pour-être-roi, ce sont les pesticides. Enfin on le croit puisque les petits moineaux n’ont plus d’insecte à se mettre dans le bec. C’est sans doute le cas chez nous aussi. Comme d’autres avaient en leur temps décrété l’antibiotique ennemi national —avec succès— signez le décret qui boutera le phytosanitaire hors de France. Vous pourrez alors vous féliciter d’avoir sauvé le moral urbain, et la santé paysanne.

De grâce, ne rejetez pas la faute sur not’bon maire parisien. Il doit déjà cuver sa déception de ne pas avoir été l’homme qui gomma Ségolène. Oubliez les ours, les loups, les OGM et autres écolo-nucléocrates qui se chamaillent à tout-va. Provoquez le sursaut national pour que le moineau hexagonal renaisse de ses cendres. Adhérez à l’Otan, l’Organisation pour le traitement (équitable) des animaux nationaux.

16 commentaires

  1. Une question à d2q, en fait non à tous ceux que ça peux intéresser:
    -Supposons qu’on trouve un coin de forêt vierge dans laquelle on découvre qu’une espèce est en danger.
    -Supposons que l’Homme n’y soit pour rien (c’est une question purement théorique).
    Est-ce qu’il faudrait la sauvegarder? Pourquoi?

  2. A lecture
    il ne faut pas la sauver. La disparition d’epèces est normal dans la nature sauvage. Ce que l’Homme provoque est une extinction massive et rapide accompagnée d’une stérilisation de tous les écosystèmes dont le sien

  3. « disparition d’espèces est normale »

  4. Author

    Sans doute que Lecture ne les aime pas…

    A mon tour de poser une question. Sachant que le panda est menacé par l’homme et par lui-même (il n’est pas foutu de digérer ce qu’il mange), faut-il le sauver ou le laisser méditer son erreur d’évolution?

  5. @2 Ok donc si c’est la nature sauvage, c’est bien. Position que je ne partage pas, mais cohérente en elle-même. Pousserais-tu la cohérence jusqu’à refuser la protection du moineau (c’est une espèce qui dépend directement de l’aménagement humain et n’aime pas le milieu naturel qui serait la forêt)?

    @4 Déterminer quels sont les idéologies ou valeurs qui sous-tendent les positions des gens ici -en particulier les différents types d’environnementalistes. J’ai le sentiment que ça peut être plus intéressant que de décortiquer les erreurs logiques des discours des uns ou des autres. Ou disons que ça ferait changement.

    @5 Pour moi une erreur d’évolution ça n’existe pas, et le caractère humain ou non de la menace n’est pas non plus pertinent.

  6. @6 le caractère humain est extrêmement important dans le dérèglement des écosystèmes, personne n’a jamais établi d’erreurs d’évolution, mais l’influence humaine est actuellement bien établi, il faut uniquement prioriser les actions et choisir les bonnes batailles

  7. @7 Concernant les moineaux domestiques? J’ai à leur égard la même attitude que vis à vis des canaris dans une mine de charbon. Quand ils commencent à mourir, la préservation de leur espèce n’est pas la première chose qui me saute aux yeux.

    @8 100% d’accord. Pour prioriser les actions, ne faut-il pas qu’on s’entende sur les valeurs qui les guident?

  8. Le moineau en voie de disparition, moi aussi je trouve qu’il s’agit d’un signe très alarmant. Quoi, le moineau qu’on voyait partout (je vous parle d’un temps que les moins de 20 ans…) a disparu de notre champ de vision ! Mais quelqu’un aurait dit cela il y a 15 ans serait passé pour un fou. Et pourtant, apparemment -sauf si j’ai mal compris les commentaires- cela ne choque pas vraiment.
    Est-on devenu aveugle à ce qui se passe ? Nous sommes-nous déjà habitués ?!

  9. Il est fou que la croissance en soit arriver à être notre but ultime, alors l’équilibre est tellement plus subtile. Et cela se retrouve dans bien des domaines, la prlifération hominidienne est la première cause de l’extinction en cours. Nous surfons sur la mère des tous les plastiques (dont le future s’) et nous ballayons bien des choses qui nous tiennent à coeur sur le passage. Un moineau c’est sublime. Quel dilemme! Que vaut à mes yeux et aux yeux des certains la survie de l’espèce face au pouvoir d’achat de l’hominidé? Je crois que je devrais répondre: ‘tuer moi en premier’.

  10. A 6 et pour abonder dans le sens de ce que dit Lenseclaes

    Je pense que la disparition d’espèces dans la nature sauvage n’est ni bien ni mal, c’est juste « normal ».
    Ce qui n’est pas « normal » aujourd’hui c’est la vitesse de destruction et de stérilisation de la planete.
    Concernant le moineau, il est certainement vrai que son écosystème peut intégrer des aménagements humains (nous faisons aussi partie de la nature) mais jusqu’à un certain point.
    Quand on fait tout pour minéraliser la nature et détruire toute vie non humaine, il ne faut pas s’étonner du résultat.
    La solution n’est certainement pas d’intervenir pour sauver le moineau. Nous allons créer comme d’habitude un autre problème.
    Ce qu’il faut résoudre ce sont les deux super-problémes qu’ont les humains.
    Le premier est la cupidité (qui aujourd’hui est érigée en modèle unique de but de la vie), le deuxième est le nombre beaucoup trop important d’humains par rapport à notre empreinte individuelle.
    Je pense de plus en plus que l’Humanité est une espèce envahissante comme les autres et que la soit disant intelligence qui la caractérise n’est pas évidente à constater.
    On peut constater aussi que la somme des petits intéréts personnels ne constitue certainement pas l’intérét collectif voire planétaire.
    Conclusion il est impératif que nous acceptions de voir qu’il n’y a qu’une issue : biocentrime et décroissance pour l’humanité ou destruction totale du monde actuel (nous avec) au minimum

  11. La rédaction n’est pas terrible, excusez moi 😉

  12. Jean-Christophe. Si, il faut intervenir pour sauver le moineau. Et il faut pour cela réduire fortement l’utilisation des pesticides en agriculture, pesticides qu’on retrouve partout, jusque dans le lait maternel tété par les nourrissons et les glaces des pôles.

    En France, cette réduction est vaguement prévue dans les mesures du Grenelle de l’Environnement. Vu la timidité du projet et la lenteur de sa mise en œuvre, pas sûr que cela suffira pour sauver les moineaux et le reste.

    Du coup, en désespoir de cause, Denis s’adresse au Président de la République. Bien sûr, Denis n’y croit pas – il connaît les orientations du Président de la République et sait que le Président de la République n’a pas de moineaux parmi ses amis – mais c’est comme ça que nous savons que nous sommes en démocratie. Il est quand même préférable d’aller dans le mur sous un régime démocratique et avec un grand Président. Non ?

  13. C’est bizarre cette histoire : s’il n’y a plus d’insectes (nous dit-on) au point de menacer d’extinction des innocents oiseaux (nous dit-on), pourquoi les gens utilisent-ils autant d’insecticides au point d’émouvoir notre blogueur avide de réglementations ? Ils ont trop d’argent à jeter par la fenêtre ou quoi ?

    Non, l’explication est beaucoup plus simple et scientifique. Nous sommes sans savoir, sauf si on est moine ermite dans une retraite au fin fond du Tibet et privé de tout média de masse (sacré veinard), que le réchauffement climatique est responsable de la prolifération des insectes (cf les dernières études les plus sérieuses et définitives ici : http://www.google.fr/search?q=insecte+r%E9chauffement+climatique ).
    Donc si les insectes disparaissent (nous dit-on), c’est signe du REFROIDISSEMENT climatique. CQFD.
    Corrolaire, sauvez les moineaux, achetez un 4×4 gros émetteur de gaz à effet de serre.

  14. N’importe quoi ! miniTAX, le faites-vous exprès ?

    Premier point simple à constater, même dans un potager en Ile de France : les insecticides utilisés massivement en agriculture tuent les insectes en quantité au point que certains ont quasiment disparu par endroit (exemple : les carabes).

    Deuxième point : dans le vide laissé par la quasi disparition de nombreux d’insectes, et dans le cadre du réchauffement climatique déjà engagé, certains insectes ou organismes opportunistes peuvent proliférer. Ces deux phénomènes sont liés et sont tous deux signes de la déstabilisation des équilibres existants au profit de situations nouvelles dont il est impossible de prévoir les conséquences, y compris financières…

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