Main d’œuvre jetable à Fukushima

A Fukushima © Tepco

A Fukushima © Tepco

C’est sans doute le sens de l’histoire: la sous-traitance a pris des proportions considérables dans l’industrie nucléaire de la planète. Au Japon comme ailleurs: l‘agence Reuters publie une enquête édifiante sur la manière dont Tepco a géré le personnel de Fukushima depuis quinze ans, et au cours de l’accident survenu en mars dernier. Cela fait vraiment froid dans le dos…

Tepco fait si peu de cas des liquidateurs qu’elle n’est même pas capable de savoir ce que sont devenues 69 des 3600 personnes qui sont intervenues juste après l’accident. Leurs noms n’ont même pas été consignés! D’autres n’étaient enregistrés dans les registres que par une initiale… Comment ces gens, dont certains ont très probablement subi de lourdes expositions, seront-ils suivis médicalement?

Reuters raconte qu’un liquidateur sexagénaire avait officiellement été recruté comme conducteur de camion. Une fois son contrat signé, il s’est retrouvé à patauger dans les eaux radioactives de Fukushima. Il n’a reçu son premier dosimètre qu’après quatre jours d’exposition… Pour acheter son silence, il était payé le double de ce qu’on lui avait promis, mais il cherche aujourd’hui à obtenir réparation.

Officiellement, 9 personnes ont reçu une exposition supérieure à 250 millisievert, la norme fixée par les autorités pour permettre les opérations sur le site de Fukushima. Deux d’entre elles ont reçu 600 mSv, tandis qu’une grosse centaine a dépassé les 100 mSV. Alors que de nombreux liquidateurs n’ont pas eu de dosimètre pendant une longue période, comment peut-on prendre ces chiffres «raisonnables» au sérieux?

Les pratiques douteuses de Tepco remontent loin, selon un ancien dirigeant d’une entreprise sous-traitante qui a raconté à Reuters ce qu’il a vu: en 1997, il avait fallu remplacer une pièce critique du réacteur numéro 3 de Fukushima, dans une zone lourdement contaminée. Des failles étaient apparues, qui ont été cachées aux autorités de sûreté pendant près de cinq ans. Pour les réparations, Tepco est allé chercher des soudeurs à bas prix en Asie du sud-est et en Arabie saoudite. D’autres ouvriers étaient venus des Etats-Unis. Personne ne sait ce qu’ils sont devenus, il n’y aurait aucune trace écrite de leur existence…

Nucléaire: les gouvernements droits dans leur botte, les opinions flanchent

Depuis quelques jours circule sur le réseau, un document interne d’Areva. Une présentation datée du 25 mars 2011, qui vise à faire le point sur «l’impact de l’événement de Fukushima sur le secteur nucléaire». Trente-trois diapositives qui évaluent les déclarations et décisions prises dans les principaux pays nucléarisés qui intéressent l’industriel. Avec un relatif optimisme puisque, selon le document, seule l’Allemagne semble mettre le cap vers la sortie du nucléaire. Tous les autres pays étudiés ayant confirmé depuis Fukushima leur intention de poursuivre leur programme nucléaire, même si dans plusieurs pays, des projets sont gelés.

Le plus intéressant dans ce document, est une «diapositive» qui recense six sondages réalisés dans six pays avant/après Fukushima. Il montre que la confiance de l’opinion publique a été sérieusement ébranlée, notamment en Suisse et en Suède.

Le graphique (refait pour la circonstance, pour qu’il soit en langue française) donne les réponses en faveur du nucléaire dans six pays (1)

Opinion en faveur du nucléaire © Effets de Terre, d'après Areva

Opinion en faveur du nucléaire © Effets de Terre, d'après Areva

(1) Les questions étaient:

• USA: «Etes-vous favorables ou opposé à ce que le gouvernement promeuve un usage plus important de l’énergie nucléaire?» (Pew Research Center, Octobre 2010 & 20 Mars 2011)

• Grande-Bretagne (UK): «Etes-vous favorable ou opposé à de nouvelles centrales nucléaires dans le pays?» BBC News, Novembre 2010 & 22 Mars 2011.

• Suisse: «Etes-vous favorable ou opposé à la construction de nouvelles centrales nucléaires en Suisse?» (Demoscope, Janvier 2010 & Matin Dimanche, 20 mars 2011)

• Suède: «Etes-vous favorable ou opposé à l’augmentation de la capacité nucléaire en Suède?» AFP, Novembre 2010 & 22 mars 2011.

• Finlande: «Avez-vous une opinion générale positive à propos de l’énergie nucléaire, avant et après [Fukushima]». MTV3, 23 mars 2011.

• Bulgarie: «Etes-vous favorable à l’énergie nucléaire et à l’extension de la capacité nucléaire?» (Alpha research, 2007 & 23 mars 2011)

Fukushima, classé au niveau 7 comme Tchernobyl

Le PDG de Tepco, dans le centre de crise de la ville de Fukushima lundi 11 avril. Sa première apparition publique depuis le 13 mars © Tepco

Le PDG de Tepco, dans le centre de crise de la ville de Fukushima lundi 11 avril. Sa première apparition publique depuis le 13 mars © Tepco

Cette fois, c’est officiel: ce mardi, le classement de l’accident de la centrale nucléaire a été relevé au niveau 7, le plus élevé de l’échelle internationale INES, le même niveau que la catastrophe de Tchernobyl. Selon les autorités japonaises, entre 370000 et 630000 tera-becquerels ont été rejetés dans l’air, sans compter l’activité considérable des rejets en mer qui n’ont été stoppés qu’en milieu de semaine dernière.

Selon un «urgent» diffusé à 17:58 (heure de Paris) l’agence Kyodo avait annoncé que «le Japon se prépare à relever le classement de l’accident nucléaire au niveau le plus élevé». Il s’agirait du niveau 7, le dernier de l’échelle internationale INES, qui n’a été attribué qu’une fois dans l’histoire nucléaire, lors de l’explosion d’un réacteur à Tchernobyl. Pour l’instant, la crise nucléaire est officiellement classée « 5 » par le Japon. D’autres autorités de sûreté, dont l’ASN française, estiment plutôt qu’il s’agit d’un niveau 6.

Selon une dépêche diffusée par Kyodo lundi en début de soirée (heure de Paris), l’autorité de sûreté nucléaire japonaise annonçait que les rejets de radioactivité ont été de l’ordre de 10000 terabecquerel par heure dans les jours qui ont suivi le début de l’accident nucléaire. Ce qui justifierait son classement au niveau 7 de l’échelle INES, selon des sources gouvernementales rapportées par Kyodo. Ces derniers jours, les rejets de radioactivité seraient revenus à un niveau d’un terabecquerel par heure. Aucune précision n’a été donnée sur le total des rejets intégrés dans le temps, et surtout sur les parts respectives d’iode 131 et de césium 137, ce dernier étant dangereux à bien plus long terme que l’iode. En 1986, Tchernobyl, 12 millions de terabecquerels avaient été rejetés au cours des dix premiers jours, dont 80000 TBq de césium 137.

La secousse survenue lundi (magnitude 6,6 à 10 km de profondeur selon les américains — 7,0 et 6 km selon les japonais) pose tout de même une question: qu’adviendrait-il de la centrale si un nouveau séisme violent suivi d’un gros tsunami venait à se produire dans les semaines ou les mois qui viennent?

Selon l’agence Kyodo, qui cite un porte-parole de l’autorité japonaise de régulation du nucléaire, rien n’a été prévu pour préserver le site d’éventuelles vagues géantes. Il dispose de digues qui le protègent jusqu’à des vagues de 5 mètres (le 11 mars, elles ont atteint 14 mètres). Selon Kyodo, le porte-parole a aussi reconnu qu’il est particulièrement difficile de prendre des mesures préventives.

La secousse de lundi a momentanément interrompu l’ensemble des opérations en cours sur le site. Notamment l’injection d’eau de refroidissement dans les réacteurs 1 à 3, l’injection d’azote dans l’enceinte de confinement numéro 1, et le début du pompage d’eau hautement radioactive, pour tenter d’assécher un sous-sol lié au réacteur 2 en stockant l’eau dans une piscine géante. Cette opération avait été interrompue —avant la secousse— en raison d’une fuite dans un tuyau de pompage, mais elle ne reprendra pas avant mardi au plus tôt, probablement le temps de s’assurer que le réservoir n’a pas subi de dommages.

Le Japon devrait étendre la zone d’évacuation recommandée, jusque-là fixée à un rayon de 30 km autour de la centrale de Fukushima Daiichi (l’évacuation est totale jusque 20 km). Quatre communes sont concernées en totalité (Iitate se trouve à 40km), et une cinquième en partie. Dans ces villes, l’exposition de la population pendant un an serait voisine de 20 mSv. Mais dans une partie de la ville de Namie, cette exposition équivalente annuelle avoisinerait les 300 mSv. Selon l’Asahi Shinbun, le gouvernement de Tokyo s’apprêterait à interdire de planter du riz dans des zones dont les sols contiennent plus de 5000 becquerel par kilogramme de césium. Pour le moment, deux rizières sont concernées, près d’Iitate, mais le ministère n’a pas exclu une interdiction totale de cultiver le riz dans un périmètre de 30 km. Dans cette zone, aucune évaluation de radioactivité n’a encore été effectuée.

[Publié @18:45. MAJ @20:13. Un paragraphe ajouté, avec précisions sur les rejets et le classement INES. MAJ le 12/04 @9:30, ajouté le premier paragraphe

Nouveau séisme, à proximité de Fukushima

Le séisme du 11 avril 2011

Le séisme du 11 avril 2011

Décidément, le Japon n’en a pas fini avec les répliques du séisme du 11 mars dernier. Une nouvelle secousse, de magnitude 6,6 (1), s’est produite à 10h16, heure de Paris, ce lundi. Selon les données préliminaires de l’USGS américain, le foyer se trouve à seulement 10 km de profondeur. Elle devrait donc être plus durement ressentie sur la côte Est du Japon. L’épicentre se trouve à seulement 163 km de Tokyo et surtout 81 km de Fukushima. Une alerte au tsunami (d’étendue locale, cependant) a été lancée par l’Agence météorologique Japonaise (JMA), deux minutes seulement après la secousse. Celle-ci s’est produite sous le Japon, contrairement à la plupart des séismes et répliques survenues depuis le 11 mars dernier, qui s’étaient produits sous le Pacifique.

Selon TPECO, les employés qui travaillent au sauvetage de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi ont été évacués, et les opérations de refroidissement momentanément interrompues, avant de reprendre. L’opérateur affirme que la secousse de lundi n’a pas eu d’effet sur les installations de la centrale, selon Reuters.

La JMA s’attendait à deux vagues jusque 2 mètres, sur le littoral de la préfecture d’Ibaraki. Il semble qu’aucun tsunami ne se soit produit. Selon Kyodo, le séisme a coupé provoqué une coupure de courant dans 220 000 logements.

(1) Dans un premier temps, l’USGS avait annoncé magnitude 7,1 à 10km de profondeur (puis 13 km). Après deux mises à jour, la magnitude affichée est désormais de 6,6 selon les géophysiciens américains, pour une profondeur de 10 km. Plus le temps passe, et plus les évaluations sont précises. L’Agence japonaise (JMA) a annoncé une magnitude de 7,1 dans un premier temps, avant de donner une valeur de 7,0.

• Première publication à 08h36 TU (10h36 à Paris). Dernière mise à jour à 11:57 (à Paris)

Petites fuites d’une vie pas si ordinaire

A force, on va finir par le savoir: les piscines à combustible nucléaire usé, c’est fragile. Les Japonais l’apprennent une nouvelle fois à leur dépens, dans la centrale d’Onagawa cette fois. Le séisme survenu jeudi (magnitude 7,1) semble avoir endommagé les piscines de refroidissement de deux réacteurs de cette centrale qui est arrêtée depuis la violente secousse du 11 mars. De petites fuites d’eau radioactive se sont produites en huit endroit du site. Des quantités particulièrement faibles (apparemment quelques litres à chaque fois), mais qui montrent que la centrale d’Onagawa n’est pas en état de redémarrer. Elle avait, jeudi, basculé sur les générateurs d’électricité de secours, mais le système de refroidissement des piscines a temporairement cessé de fonctionner. La radioactivité a légèrement grimpé dans certains bâtiments, mais pas à l’extérieur, selon l’opérateur Tohoku Electric. Le 11 mars, des fuites des piscines sans gravité avaient aussi été repérées.

Plusieurs autres sites nucléaires japonais ont été secoués jeudi. L’unique centrale d’Higashidori est passée sur ses générateurs de secours, ainsi qu’une installation de traitement de combustibles nucléaires à Rokkasho.

En revanche, le séisme n’a pas influé, de manière visible en tous cas, sur l’état de la centrale accidentée de Fukushima Daiichi. L’eau continue de monter doucement dans les sous-sols du bâtiment réacteur numéro 2, confirmant que la fuite colmatée mercredi dans un puisard provenait bien de là. La radioactivité à l’extérieur des bâtiments n’a pas varié après le séisme de jeudi, la plus violente réplique du terrible tremblement de terre du 11 mars, qui a tué ou fait disparaître 28 000 personnes. Selon l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), la radioactivité continue de baisser dans la Préfecture de Fukushima, ainsi que dans l’eau de mer.

Nouveau séisme près de Fukushima

Carte d'intensité du séisme du 7 avril © USGS

Carte d'intensité du séisme du 7 avril © USGS

Cette fois, la réplique est sérieuse. Un séisme de magnitude 7,1 s’est produit à 16:32 (heure de Paris) près des côtes japonaises, non loin de l’épicentre du terrible tremblement de terre du 11 mars (voir la page d’information de l’USGS américain). Selon le bulletin du Centre des tsunamis du Pacifique, émis sept minutes après le séisme, il n’existe pas de menace de tsunami de grande ampleur. Mais cela n’exclut pas localement la formation de vagues importantes. Selon le premier bulletin diffusé par l’USGS, la secousse s’est produite à 25km de profondeur. Selon l’Agence météorologique japonaise, il s’agit de 40km (soit 25 miles). Une erreur de conversion?

MAJ @17:24. L’USGS a revu ses calculs. Donnée au départ à 7,4,  la magnitude est désormais affichée à 7,1, pour une profondeur de 49 km. Il n’y a pas que la magnitude à diminuer: dès l’annonce du séisme, la bourse de Wall Street a brièvement connu une baisse de 0,6%

Une tente, des drones, un bouchon de fuite… inventaire du jour à Fukuskima

© Forces japonaises d'autodéfense

© Forces japonaises d'autodéfense

Le navire Tepco a retrouvé son capitaine. Porté pâle depuis le 13 mars dernier, le PDG du groupe a repris ses activités. Officiellement, il a été victime de surmenage.

La grosse fissure constatée il y a plusieurs jours dans un puisard lié au réacteur 2, qui libérait une eau très contaminée dans l’océan Pacifique, a été colmatée mercredi, avec un cocktail incluant du silicagel. Un signe qui ne trompe pas: le niveau de l’eau dans les sous-sols du réacteur 2 a recommencé à grimper.

6000 tonnes d’eau peu radioactive ont d’ores et déjà été volontairement rejetées à la mer, un peu plus de 4000 vont suivre. Les liquidateurs vident un réservoir, ou sera ensuite entreposée l’eau hautement contaminée qui se trouve dans les sous-sols de trois réacteurs, avant qu’elle soit transférée sur une citerne en mer. Pour donner un élément de comparaison, le site d’information Ashai rappelait hier que 10 litres d’eau du sous-sol du réacteur 2 pèsent autant de radioactivité que 10 000 tonnes de l’eau en cours de rejet. Ça nous fait environ 17 milliards de becquerels par litre de soupe qui stagne au fond du bâtiment du réacteur 2.

La radioactivité semble avoir touché le milieu aquatique. Une coopérative de Kita-Ibaraki a conduit une pêche expérimentale à 70 km de la centrale. Cinq poissons affichaient 4080 becquerels par kilo pour l’iode, et 447 Bq/kg pour le césium 137 (la norme pour la consommation est de 500 Bq/kg au Japon pour le césium). Ailleurs, du poisson a été flashé à 527 Bq/kg de césium. Aucune pêche commerciale n’est conduite sur les côtes proche de la centrale, en raison de l’évacuation et de la destruction des flottes par le tsunami. Aujourd’hui (7 avril), le gouvernement japonais a décidé de fixer une limite sanitaire sur l’activité de l’iode radioactif dans la chair de poisson à 2000 Bq/kg. Il n’en existait pas jusqu’à ce jour.

L’organisation mondiale de la santé a commis un gros impair. Pendant deux jours (23 au 25 mars), le site de l’OMS affirmait que des produits alimentaires de la préfecture de Nagano dépassaient les normes sanitaires, provoquant un embargo temporaire dans certains pays.

L’injection d’azote a commencé dans l’enceinte de confinement du réacteur numéro 1. Ce gaz inerte est destiné à chasser les autres gaz qu’elle pourrait contenir, et en particulier de l’oxygène, susceptible d’exploser en présence d’hydrogène provenant de la cuve du réacteur. L’opération d’injection doit durer six jours. Elle pourrait ensuite être conduite sur les réacteurs 2 et 3.

• Interrogé par Kyodo, un employé de Tepco a refusé d’indiquer la dose de contamination qu’il a subi depuis le début de l’accident. «C’est ma vie privée», a répondu le quadragénaire, qui est resté la plupart du temps enfermé dans un bâtiment. 21 personnes ont reçu une dose supérieure à 100 mSv sur le site de la centrale. Les liquidateurs (700 personnes) recoivent désormais trois vrais repas quotidiens. Les premier jours de l’accident, ils ne disposaient que de biscuits et de riz sec.

Les habitants évacués autour de la centrale devraient prochainement être autorisés à retourner chez eux temporairement, le temps de récupérer quelques affaires. Mais les autorités envisagent très sérieusement d’élargir le rayon d’évacuation de 20 à 30 kilomètres.

Des tentes géantes pourront être construites dès septembre pour isoler les bâtiments de l’environnement, selon une source proche du gouvernement japonais. De gigantesque bâches, équipées de filtres pour laisser passer l’hydrogène et capter les poussières radioactives pourraient être fabriquées à partir de juin.

L’accident devrait être classé six, sur l’échelle internationale INES, selon le directeur du Comité scientifique sur l’effet des radiations atomiques des Nations-Unies (UNSCEAR). Il fait le même raisonnement que les autorités de sûreté nucléaires françaises: l’accident est nettement plus grave que Three Mile Island (classé 5) et nettement moins que Tchernobyl (classé 7). Il ne reste donc que le 6… que Tokyo se refuse pour l’instant à évoquer. Les autorités nucléaires de l’archipel ont d’abord classé l’accident au niveau 4, avant de se raviser et de fixer le niveau 5.

• A ce rythme, il y aura bientôt une armée de gros insectes robotisés à fureter au dessus de la centrale. Trois drones hélicoptères équipés de capteurs de radiations et d’imageurs infrarouges doivent quitter Paris. Un drone (avion celui-là) américain devrait rapidement rejoindre le site pour y effectuer des relevés. Y-a-t-il un contrôleur aérien dans le personnel de Tepco?

Sources utilisées pour cette compilation

Ashai.com

NHK

Kyodo

Une histoire d’ô à la japonaise

© D.Dq

© D.Dq

Petit retour en arrière. Peu après l’accident, et la série d’explosions à l’hydrogène, le monde découvre un vain ballet d’hélicoptères, chargés de refroidir réacteurs et piscines à combustible en surchauffe. Avec des sacs d’eau qui s’apparentaient plus à une petite cuiller qu’à une arme de refroidissement massif. Dans le même temps, le Pacifique était appelé à la rescousse pour injecter de l’eau de mer dans les réacteurs fiévreux. Ensuite, les liquidateurs se sont professionnalisés. Ils ont fait appel à des camions de pompiers, et des camions dotés de lances à ciment. Résultat, des milliers de tonnes d’eau qui sont crachées, se chargent de radioactivité, et dont personne ne sait que faire.

Impact de la radioactivité en mer

Projection de déplacement de l'eau contaminée. En blanc, le courant de Kuroshio © GIP Mercator

Projection de déplacement de l'eau contaminée. En blanc, le courant de Kuroshio © GIP Mercator

L’Institut Français de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) a publié hier une étude d’impact de la radioactivité constatée en mer, près de la centrale. Au sud et au nord du site, compte-tenu de courants côtiers parallèles à la côte, la radioactivité devrait continuer à augmenter. Elle provient de l’eau radioactive qui s’écoule directement dans la mer. Au large, à 30 km, la radioactivité provient vraisemblablement des retombées de radioactivité atmosphérique. L’IRSN a travaillé avec une équipe universitaire de Toulouse, et le GIP Mercator, pour modéliser la dispersion en mer de la pollution radioactive. Les simulations montrent un panache lié aux rejets en mer, qui remonte principalement vers le nord. Et un panache qui s’étend vers le large (avec des concentrations 200 fois plus faibles), lié aux retombées atmosphérique. Mais le gros de la radioactivité devrait dériver vers l’Est, suivant le courant de Kuroshio. Compte-tenu des caractéristiques de courantologie et des propriétés du césium 137, le temps de résidence est de 11 à 30 ans suivant les régions (10 ans aux latitudes moyennes, et 30 ans pour la zone équatoriale). Une partie du césium reviendra ensuite vers l’océan Indien (puis l’Atlantique Sud), tandis que le reste subsistera dans le Pacifique Nord. Mardi, la Corée du sud s’est inquiétée d’une possible contamination de ses eaux maritimes. A en croire les simulations publiées par l’IRSN, elle devrait être épargnée, même si l’institut n’évoque pas la question.

Côté impact biologique, l’IRSN rappelle l’affinité des algues pour l’iode (qui peuvent la concentrer 10 000 fois), et celle des poissons pour le césium (le rapport entre la concentration dans le poisson et de l’eau peut atteindre 400). Bref, l’IRSN considère qu’il faudra mettre en place des programmes de surveillance radiologique, pour toutes les espèces susceptibles d’entrer dans la chaîne alimentaire humaine.

Lundi 4 avril, les autorités japonaises ont donc donné leur feu vert à ce qui semblait encore impossible il y a un mois: laisser une centrale rejeter de l’eau moyennement contaminée (1). C’est ainsi que 3400 tonnes auraient été rejetées à la mer lundi, environ 7000 tonnes supplémentaires devant suivre dès que possible. L’objectif est de libérer de la place dans une piscine de la centrale, pour y mettre l’eau hautement radioactive des sous-sols, et notamment celle qui s’échappe toute seule à la mer par une faille dans un puisard lié aux installations du réacteur numéro 2. Une eau qu’il n’est pas question de donner en pâture aux algues (elles adorent l’iode) et aux poissons, du moins pour le moment. Cette eau stockée temporairement dans une piscine de la centrale sera ensuite transportée jusqu’à une citerne flottante de la marine américaine, ancrée près des rives de la centrale.

Au total, il y aurait plus de 60 000 tonnes de liquide à forte activité radiologique dans les sous-sols des bâtiments de la centrale. Sans qu’on sache d’ailleurs le circuit exact de cette eau: les tests menés en déversant du colorant n’ont pas permis de déterminer le chemin exact qui conduit l’eau hautement contaminée à la mer. A 60 cm au dessus du fond du puisard, l’air expose à une dose biologique de 1000 mSv par heure. L’air qui s’en échappe a été flashé à 400 mSv/h. Des doses que ne renieraient pas des scorpions.

Le Landysh, une installation flottante de décontamination d'eau radioactive © DR

Le Landysh, une installation flottante de décontamination d'eau radioactive © DR

Résumons: 60 000 mètres cubes d’eau très radioactive se trouvent dans la centrale. Elle devra être évacuée dans des citernes flottantes, après stockage temporaire dans une piscine à terre qui est en train d’être vidée. Après c’est selon. Soit les japonais mettent la main sur le Landysh, une usine flottante de décontamination qu’ils avaient offert aux russes (lire Russie et Japon, une si belle histoire d’amour nucléaire), soit l’eau sera rejetée, au compte-gouttes, dans la mer pour diluer son impact. D’après les informations dont je dispose, le Landysh dispose d’une capacité de 7000 tonnes par an d’eau faiblement radioactive (il fonctionnait plutôt sur une base de 1500 tonnes/an). La question du jour, peut-il traiter de l’eau très contaminée, et à quel rythme?

Du côté des bonnes nouvelles, en mer, à proximité de la centrale, le niveau de radioactivité semble avoir diminué, avec des activités maximales relevées lundi à 29 méga-becquerel par mètre cube pour l’Iode 131, et 11 méga-becquerel/m3 pour le césium 137. Un pic avait été observé entre le 28 et le 29 mars avec des valeurs 6 fois plus élevées pour l’iode 131 et 4 fois plus pour le césium. Cette diminution plus rapide pour l’iode 131 est logique puisque l’élément perd la moitié de son activité tous les huit jours (contre tous les 30 ans pour le césium 137). A dix kilomètres de la centrale accidentée, ces activités chutent à 0,28 MBq/m3 et 0,09 MBq/m3 (voir encadré sur la dispersion de la radioactivité en mer).

(1) Selon Tepco, un adulte qui consommerait tous les jours du poisson vivant à proximité immédiate du lieu de rejet recevrait une dose annuelle de 0,6 mSv, l’équivalent à peu de choses près de la radioactivité naturelle au Japon.

Russie et Japon, une si belle histoire d’amour nucléaire

Comme vous le savez, le Japon se coltine un épineux problème avec des milliers de tonnes d’eau radioactive. Mais au Japon, on a de la mémoire. Et on se rappelle que le pays avait financé pour 35 millions de dollars la construction en 2001 d’une installation flottante capable de décontaminer les eaux radioactives des vieux sous-marins nucléaires de l’ère soviétique. Alors les autorités ont demandé à Rosatom de lui refiler l’usine, rapporte l’agence Ria Novosti. Les pourparlers devraient aboutir rapidement, a confirmé un porte-parole de Rosatom: «Nous sommes prêts à aider nos amis comme ils nous ont aidé autrefois». C’est vraiment dans l’adversité qu’on reconnaît ses amis…

Tepco a demandé —après l’accident— d’agrandir sa centrale

Il ont un drôle de sens de l’humour, chez Tepco… Le vice-président a fait savoir lundi que sa firme renonçait à agrandir sa centrale nucléaire de Fukushima Daiichi… L’opérateur, qui alimente la région de Tokyo (38 millions d’habitants et 70% du PIB japonais) a déposé une demande en mars dernier pour ajouter deux réacteurs aux six qui étaient en état de marche avant le séisme et le tsunami.

Vous voulez la meilleure? Selon l’agence Kyodo, le plan d’extension a été soumis par Tepco APRES l’accident… Car il fallait se dépêcher avant la clôture de l’année fiscale 2010, le 31 mars. Inutile de dire que les autorités de la préfecture de Fukushima, qui se coltinent la gestion des évacués «nucléaires», en plus des cadavres et des réfugiés du séisme/tsunami, n’ont pas apprécié. Lundi, le vice-président de Tepco a donc fait savoir que sa firme a changé d’avis. «Nous pensons maintenant qu’il est impossible d’ajouter des réacteurs», a expliqué Takashi Fujimoto, qui doit se sentir très très seul pour affronter les médias et le gouvernement japonais, vu que son patron s’est fait porter pâle depuis le 13 mars dernier…