Fukushima, classé au niveau 7 comme Tchernobyl

Par Denis Delbecq • 11 avril 2011 à 18:45 • Categorie: A la Une
Le PDG de Tepco, dans le centre de crise de la ville de Fukushima lundi 11 avril. Sa première apparition publique depuis le 13 mars © Tepco

Le PDG de Tepco, dans le centre de crise de la ville de Fukushima lundi 11 avril. Sa première apparition publique depuis le 13 mars © Tepco

Cette fois, c’est officiel: ce mardi, le classement de l’accident de la centrale nucléaire a été relevé au niveau 7, le plus élevé de l’échelle internationale INES, le même niveau que la catastrophe de Tchernobyl. Selon les autorités japonaises, entre 370000 et 630000 tera-becquerels ont été rejetés dans l’air, sans compter l’activité considérable des rejets en mer qui n’ont été stoppés qu’en milieu de semaine dernière.

Selon un «urgent» diffusé à 17:58 (heure de Paris) l’agence Kyodo avait annoncé que «le Japon se prépare à relever le classement de l’accident nucléaire au niveau le plus élevé». Il s’agirait du niveau 7, le dernier de l’échelle internationale INES, qui n’a été attribué qu’une fois dans l’histoire nucléaire, lors de l’explosion d’un réacteur à Tchernobyl. Pour l’instant, la crise nucléaire est officiellement classée « 5″ par le Japon. D’autres autorités de sûreté, dont l’ASN française, estiment plutôt qu’il s’agit d’un niveau 6.

Selon une dépêche diffusée par Kyodo lundi en début de soirée (heure de Paris), l’autorité de sûreté nucléaire japonaise annonçait que les rejets de radioactivité ont été de l’ordre de 10000 terabecquerel par heure dans les jours qui ont suivi le début de l’accident nucléaire. Ce qui justifierait son classement au niveau 7 de l’échelle INES, selon des sources gouvernementales rapportées par Kyodo. Ces derniers jours, les rejets de radioactivité seraient revenus à un niveau d’un terabecquerel par heure. Aucune précision n’a été donnée sur le total des rejets intégrés dans le temps, et surtout sur les parts respectives d’iode 131 et de césium 137, ce dernier étant dangereux à bien plus long terme que l’iode. En 1986, Tchernobyl, 12 millions de terabecquerels avaient été rejetés au cours des dix premiers jours, dont 80000 TBq de césium 137.

La secousse survenue lundi (magnitude 6,6 à 10 km de profondeur selon les américains — 7,0 et 6 km selon les japonais) pose tout de même une question: qu’adviendrait-il de la centrale si un nouveau séisme violent suivi d’un gros tsunami venait à se produire dans les semaines ou les mois qui viennent?

Selon l’agence Kyodo, qui cite un porte-parole de l’autorité japonaise de régulation du nucléaire, rien n’a été prévu pour préserver le site d’éventuelles vagues géantes. Il dispose de digues qui le protègent jusqu’à des vagues de 5 mètres (le 11 mars, elles ont atteint 14 mètres). Selon Kyodo, le porte-parole a aussi reconnu qu’il est particulièrement difficile de prendre des mesures préventives.

La secousse de lundi a momentanément interrompu l’ensemble des opérations en cours sur le site. Notamment l’injection d’eau de refroidissement dans les réacteurs 1 à 3, l’injection d’azote dans l’enceinte de confinement numéro 1, et le début du pompage d’eau hautement radioactive, pour tenter d’assécher un sous-sol lié au réacteur 2 en stockant l’eau dans une piscine géante. Cette opération avait été interrompue —avant la secousse— en raison d’une fuite dans un tuyau de pompage, mais elle ne reprendra pas avant mardi au plus tôt, probablement le temps de s’assurer que le réservoir n’a pas subi de dommages.

Le Japon devrait étendre la zone d’évacuation recommandée, jusque-là fixée à un rayon de 30 km autour de la centrale de Fukushima Daiichi (l’évacuation est totale jusque 20 km). Quatre communes sont concernées en totalité (Iitate se trouve à 40km), et une cinquième en partie. Dans ces villes, l’exposition de la population pendant un an serait voisine de 20 mSv. Mais dans une partie de la ville de Namie, cette exposition équivalente annuelle avoisinerait les 300 mSv. Selon l’Asahi Shinbun, le gouvernement de Tokyo s’apprêterait à interdire de planter du riz dans des zones dont les sols contiennent plus de 5000 becquerel par kilogramme de césium. Pour le moment, deux rizières sont concernées, près d’Iitate, mais le ministère n’a pas exclu une interdiction totale de cultiver le riz dans un périmètre de 30 km. Dans cette zone, aucune évaluation de radioactivité n’a encore été effectuée.

[Publié @18:45. MAJ @20:13. Un paragraphe ajouté, avec précisions sur les rejets et le classement INES. MAJ le 12/04 @9:30, ajouté le premier paragraphe

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