Les nuages réchauffent à nouveau la polémique climatique

Par Denis Delbecq • 5 septembre 2011 à 10:26 • Categorie: A la Une
© D.Dq

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Un mois après la parution dans Remote Sensing de travaux controversés sur le réchauffement climatique, le rédacteur en chef de la revue scientifique a annoncé sa démission. Il reconnaît aujourd’hui que les résultats de Roy Spencer (Université d’Alabama) ne méritaient pas d’être publiés. Une décision qui ne manquera pas de réchauffer la polémique entre les climatologues et les détracteurs de la thèse d’un réchauffement climatique provoqué par les activités humaines.

Roy Spencer n’est pas un inconnu. Ce scientifique est l’un des pères des programmes d’observation par satellite de la Nasa. Aujourd’hui, il ne cache pas sa conviction que l’homme n’est pour rien dans l’évolution du climat constatée depuis un siècle. Ce qui ne suffit pas à le condamner, loin de là, laisse entendre Wolfgang Wagner, de l’Université technologique de Vienne, qui présidait jusqu’à présent aux destinées de Remote Sensing. Roy Spencer entendait montrer, à partir des données d’un satellite, que l’atmosphère se réchauffe bien moins vite que ne le prédisent les modèles. Et le communiqué de son université n’avait pas fait dans la dentelle. Spencer y expliquait que la Terre rayonne beaucoup plus d’énergie vers l’espace que ne le prévoient les modèles, et par conséquent qu’elle se réchauffe nettement plus lentement que ne le montrent la plupart des modèles climatiques. Une affirmation qui avait été largement reprises par des médias américains qui combattent la thèse du réchauffement anthropique, tels Forbes et surtout Fox News.

Nuages victime ou coupables? Aujourd’hui, Wolfgang Wagner explique qu’après avoir étudié les arguments des uns et des autres au sujet du papier de Spencer, il est parvenu à la conclusion que ces travaux n’auraient pas du être publiés. «Tenter de réfuter toutes les idées scientifiques sur le réchauffement climatique sur la seule base de la comparaison d’un jeu particulier de données satellitaires avec la prédiction des modèles est strictement impossible.» Wagner souligne que Spencer n’a pas pris en compte les autres observations (fonte de la banquise arctique, modifications de la faune et de la flore). Il explique que d’autres études similaires à la sienne ont déjà été réfutées lors de débats entre scientifiques et dans des revues scientifiques, et que Spencer a omis d’en tenir compte. De nombreux climatologues ont dénoncé le simplisme du modèle utilisé par le chercheur pour développer ses conclusions. Ils contestent aussi l’idée de Spencer que les nuages sont un acteur dans le processus de réchauffement, quand la majorité des modèles semblent montrent que les nuages sont des conséquences de l’évolution du climat.

Maccarthysme. Evidemment, Wagner ne manquera pas d’être critiqué, et les climato-sceptiques s’empressent de dénoncer des pressions, après l’émotion suscitée dans la communauté scientifique par les travaux de Spencer. Ainsi, l’écrivain canadien Steven Hayward, membre éminent de plusieurs Think Tank conservateurs et climato-sceptiques, a-t-il dénoncé hier sa décision, dans un billet cinglant titré «Le maccarthysme climatique frappe encore», dénonçant «L’inquisition climatique qui a poussé [Wagner] à la démission». Spencer a lui aussi commenté cette décision, mais sur un terrain plus scientifique que politique, reprécisant sa vision du rôle des nuages dans le climat.

Dans sa lettre de démission, Wolfgang Wagner souligne que le processus de révision, par trois personnes, de l’article de Spencer n’a pas failli aux règles de l’édition scientifique. «Les éditeurs doivent faire particulièrement attention à ce que les vues minoritaires ne soient pas supprimées, et qu’il n’est pas question que les papiers controversés en cours de révision soient exclus.» Mais Wagner souligne que leur choix a involontairement donné beaucoup de poids à des personnalités qui partagent les idées de Spencer. Dans quelques jours, Geophysical Research Letters devrait publier de nouveaux résultats d’Andrew Dessler, du département de sciences atmosphériques à l’université du Texas A&M, sur le rôle des nuages. Seront-ils une réponse aux idées controversées de Roy Spencer?

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