Un monde qui sera chaud, plus chaud qu’on ne le pensait

La baie de Reykjavik © Denis Delbecq

La publication des modélisations climatiques réalisées par les deux groupes français (Météo-France et Institut Pierre Simon Laplace), s’inscrit, comme d’autres résultats récemment publiés, dans une tendance à un réchauffement plus accru que ne le laissait penser le précédent rapport du GIEC, en 2013.

Il appartiendra aux plus deux cents chercheurs engagés dans la rédaction du futur rapport de comparer l’ensemble des modèles climatiques, pour dégager un consensus sur l’évolution au climat au cours du XXIe siècle. Leur verdict est prévu en avril 2021, il faudra être patient.

2°C à ~7°C de plus en 2100 qu’en 1900, ou plus exactement que la moyenne 1880-1919. C’est ce qu’annoncent les simulations présentées le 17 septembre par Météo France, et par l’Institut Pierre Simon Laplace. Une fourchette liée aux différents scénarios envisagés. D’une part sur le plan socio-économique, et d’autre part sur l’ampleur du déséquilibre énergétique de notre planète en 2100 lié aux gaz à effet de serre (CO2, méthane, etc.).

Pour les geeks, sachez que cet effort des deux groupes français représente l’équivalent de 500 millions d’heures de calcul.

Sur une plage d’Islande © Denis Delbecq

Pour les grincheux —je les vois déjà pointer le bout de leur nez— sachez autre chose: ce n’est pas parce que les modèles météo ne parviennent pas à être précis au delà de quelques jours, que les modèles climatiques ne peuvent pas simuler l’évolution climatique sur un siècle. En voici une métaphore, qui m’avait été soufflée par un jeune climatologue coréen, à l’occasion d’un séminaire que j’animais —bénévolement, bien sûr— à l’attention de jeunes chercheurs, sur les relations entre scientifiques et journalistes, en 2010 si je ne m’abuse: «Prenez une casserole d’eau et mettez-là sur le gaz. Faire de la météo c’est être capable de savoir ou la prochaine bulle de vapeur éclatera. Faire de la climatologie, c’est être capable de montrer qu’au bout d’un certain temps, toute l’eau se sera évaporée.» Je n’ai pas trouvé mieux depuis.

Ces simulations de la « cuvée hexagonale 2019 » se traduisent par des représentations à l’image de celle-ci, que j’ai adaptée des graphiques publiés par les deux groupes français de modélisation climatique, pour illustrer l’émission que nous avons consacrée, avec l’équipe de la Terre au carré, ce 17 septembre sur France Inter.

Résultats des modélisations françaises, pour 4 trajectoires climatiques possibles.

Avant d’aller plus loin, tentons de décoder ces références absconses, et penchons-nous sur la période 2015-2100, avec ces « enveloppes » verte, mauve, brune et rouge.

Chacune de ces courbes correspond à la combinaison d’un scénario socio-économique (les SSP1 à SSP5), et à l’excès d’énergie capté par la Terre, qui se mesure en watts par mètre carré (2.6 – 4.5 – 7.0 – 8.5). D’autres combinaisons sont possibles, mais pour plus de clarté, nos chercheurs français ont choisi de mettre en avant celles-là, pour donner l’ampleur de la fourchette.

Penchons-nous sur ces trajectoires socio-économiques, que j’ai librement traduit de cet excellent article de présentation (EN).

SSP1: La route verte

Panneaux photovoltaïques

«Le monde emprunte une route durable, graduellement mais systématiquement, en mettant l’accent sur un développement qui respecte les limites environnementales connues. La gestion des biens communs s’améliore lentement, les investissements dans l’éducation et la santé accélèrent la transition démographique et l’accent mis auparavant sur la croissance économique se déplace vers une quête plus large du bien-être humain. Guidée par un engagement croissant pour réussir les objectifs de développement, les inégalités sont réduites à la fois entre les pays et au sein des pays. La consommation s’oriente vers une faible croissance de l’usage des matières premières et une intensité en ressources et en énergie réduite.»

Commentaire tout personnel: c’est une trajectoire presque idéale, et très optimiste, qui conduit à un développement humain accru, une réduction des inégalités, le tout reposant sur une meilleure efficacité en termes de ressources et d’énergie, et une nette évolution au profit des sources d’énergie décarbonées (cela peut être les énergies renouvelables, le nucléaire, ou les deux.)

SSP2. Le milieu du gué

Manifestation en Argentine © Denis Delbecq

«Le monde suit une trajectoire pour laquelle les tendance sociales, économiques et technologiques ne changent pas de manière spectaculaire par rapport au passé. Le développement et l’accroissement des richesses se poursuivent de manière inégale, avec certains pays faisant des progrès relativement importants, quand d’autres n’y parviennent pas. Les institutions nationale et globales travaillent ensemble mais font de faibles progrès dans l’accomplissement des objectifs de développement durable. Les systèmes environnementaux subissent des dégradations même s’il existe quelques améliorations; l’intensité en ressources et en énergie diminue. La population globale connait une croissance modérée et se stabilise dans la seconde partie du siècle. Les inégalités de revenus persistent ou s’améliorent seulement lentement et posent un défi à la réduction de la vulnérabilité aux changements sociaux et environnementaux.»

Commentaire tout personnel: là, c’est une trajectoire plus pessimiste. On ne change pas grand chose par rapport à aujourd’hui, si ce n’est que l’efficacité de nos sociétés s’améliore: on produit mieux, avec moins de ressources et d’énergie. Mais ce monde-là n’est guère égalitaire.

SSP3. Une route chaotique

«La résurgence du nationalisme, les peurs vis à vis de la compétitivité et de la sécurité, ainsi que des conflits régionaux conduisent les pays à se focaliser de plus en plus sur des questions domestiques, ou au mieux régionales. Les pays s’efforcent de parvenir à une sécurité alimentaire et énergétique dans leur région, au détriment d’un développement plus global. Les investissements dans l’éducation et la technologie déclinent. Le développement économique est lent, la consommation requiert beaucoup de matières premières, et les inégalités persistent ou s’amplifient au fil du temps. La population connait une croissance lente dans les pays industrialisés, et élevée dans les pays en développement. La faible priorité, sur le plan international, accordée aux questions environnementales conduisent à de fortes dégradations écologiques dans certaines régions.»

Commentaire tout personnel: ça commence à ressembler au monde d’aujourd’hui, dont l’évolution a de quoi inquiéter. C’est un peu le repli, le chacun pour soi et que les pauvres (pays et gens) se débrouillent avec leur pauvreté et un environnement dégradé, puisqu’on leur sous-traite les extractions de ressources les plus sales et polluantes.

SSP4. Une route fragmentée

«Des investissements très inégalitaires dans le capital humain, associés à des disparités croissantes dans les opportunités économiques et le pouvoir politique, conduisent à un accroissement des inégalités entre les pays et au sein de ces derniers. A fil du temps, l’écart se creuse entre une société internationalement connectée qui contribue au savoir et aux secteurs gourmands en capitaux de l’économie globale, et une collection fragmentaire de sociétés à revenu plus faible, peu éduquées qui travaillent pour une économie low-tech et à fort besoin de main d’œuvre. La cohésion sociale se dégrade et les conflits et émeutes deviennent plus fréquents. Le développement technologique est important dans les économies et secteurs high-tech. Le secteur de l’énergie globalement connecté se diversifie, avec des investissements qui portent à la fois sur des combustibles riches en carbone, comme le charbon et les hydrocarbures non conventionnels, mais aussi des sources d’énergie à bas carbone. Les politiques environnementales se focalisent sur des questions locales, dans les régions à revenu moyen et élevé.»

Commentaire tout personnel: là, nous sommes, de mon point de vue, dans le vif du sujet, dans la tendance qui se dessine, en dépit des engagements des uns et des autres dans l’accord de Paris: le nord, riche, s’en sort à coup de technologie et d’inégalités internes. Ceux qui peuvent tentent de produire avec de faibles émissions de GES (ENR, nucléaire) tout en continuant de brûler du carbone, à l’image des gaz/pétroles de schistes aux Etats-Unis, du lignite en Allemagne, du charbon en Inde, en Pologne, etc.

SSP5. L’autoroute à fossiles.

«Ce monde a foi dans les marchés compétitifs, l’innovation et les sociétés participatives, pour produire un progrès technologique rapide et un développent du capital humain comme route vers un développement durable. Les marchés globaux sont de plus en plus entremêlés. Il y a également de forts investissements dans la santé, l’éducation et les institutions pour renforcer le capital social et humain. En même temps, cette quête de progrès économique et social est couplée avec des ressources fossiles abondantes et la généralisation de modes de vie gourmands en énergie et en ressources sur le globe. Tous ces facteurs conduisent à une croissance rapide de l’économie globale, tandis que la population culmine, puis décroit, au cours dur XXIe siècle. Les problèmes d’environnement locaux, comme la pollution de l’air, sont gérés avec succès. Il y a une vrai foi en la capacité de gérer les systèmes sociaux et écologiques, même si cela doit passer par la géo-ingénierie du climat.»

Commentaire tout personnel: ce scénario-là me semble moins plausible que le SSP4. A moins que notre folie soit telle qu’on continue à émettre du CO2 et autres gaz à effet de serre, tout en se préparant à injecter massivement du soufre dans la stratosphère, pour créer une sorte de parasol physico-chimique qui, comme le font les poussières volcaniques, modèrent les ardeurs du soleil.

Vous avez suivi jusque là, bravo! Revenons maintenant à la signification de la première figure. Aucun des quatre scénarios combinés ne permet d’atteindre les objectifs de la COP21,à savoir rester sous la barre des +2°C (par rapport à la moyenne 1880-1919). Il existe un scénario encore plus vertueux en terme de maitrise de la consommation et de réduction des énergies fossiles, qui pourrait répondre à cet objectif COP21, au prix d’un dépassement temporaire, puis d’un retour vers +2°C. Mais il est si improbable, qu’il n’a pas sa place ici!

Le scénario SSP3 7.0, qui me semble le plus plausible des quatre, conduit à une hausse de température comprise entre 4,5°C et un peu moins de 6°C. Rappelons d’abord où nous en sommes: +1°C environ depuis 1900.

Rappelons ensuite que ce sont des moyennes à l’échelle du globe. Que les océans se réchauffent moins (leur inertie thermique est beaucoup plus grande) que les continents. Pour la France, par exemple, il faut s’attendre à près d’un degré de plus que les projections globales. En Arctique, rappelait aujourd’hui David Salas y Mélia, de Météo France, dans La Terre au carré, la hausse pourrait atteindre 10°C. Voici ce que cela donne, en terme de disparités géographiques, dans deux scénarios. L’un est vertueux, l’autre pas.

On le voit, c’est surtout l’hémisphère nord qui se réchauffe, notamment en raison de la proportion plus grande de terres émergées par rapport aux océans. Pour nous autres, habitants de l’hexagone, cela signifie aussi que des étés caniculaires exceptionnels comme celui de 2003 deviendront la norme d’ici la fin du siècle. Et que ces canicules pourraient transformer tout ou partie de notre beau pays en fournaise, avec des records tutoyant les 50°C!

En matière de précipitations, les simulations françaises permettent de tracer des cartes comme celles-ci, toujours pour deux scénarios.

On le voit, ce n’est pas une surprise, tout le monde n’est pas logé à la même enseigne: des régions seront plus arrosées, et d’autres moins. C’est par exemple le cas du bassin Méditerranéen, l’ouest des Etats-Unis et le nord de l’Amérique centrale, le sud de l’Afrique, Madagascar, une partie du sud-est asiatique.

Voyons maintenant ce qui se passe, en termes de glaces. On le sait, le Groenland a connu une fonte exceptionnelle cet été. Dans l’océan Arctique, les simulations françaises —rappelons que d’autres déjà publiées disent la même chose, il ne s’agit pas d’une exception culturelle!— confirment que si on continue à avancer comme on le fait, il n’y aura plus de banquise en été dans l’océan Arctique. Ce qui constitue ce que les spécialistes appellent un tipping-point, un point de non retour: quand la banquise disparait, ce qui est un miroir qui réfléchit le rayonnement et donc rafraîchit la Terre se transforme en radiateur.

Mercredi prochain, le 25 septembre, le GIEC publiera un rapport consacré à l’océan et à la cryosphère (la glace), qui n’est pas optimiste du tout, d’après les quelques fuites (que j’ai vérifiées, avant de vous écrire ici) qui se sont produites. Il s’appuie sur des résultats de modèles antérieurs, les premières simulation de nouvelle génération, comme celles dont il est question ici, n’ayant pas été publiée à temps. C’est dire s’il y a urgence. On peut se contenter de dire qu’on appréciera d’avoir moins de gelées dans son potager (ce que disait un auditeur de la Terre au carré, dans un message aujourd’hui). Ou se préoccuper de ceux qui, au sud et dans des pays infortunés —pas d’argent, ni de responsabilité dans ce qui se passe— risquent de morfler.

Denis Delbecq

• Réclame, pour la bonne cause: pour retrouver l’émission de la Terre au carré consacrée le 17 septembre à ces simulations climatiques, c’est par ici.

• Re-Réclame, toujours pour la bonne cause: n’oubliez pas non plus d’écouter (ou réécouter) les épatants reportages en Islande et au Groenland de Giv Anquetil, qui nous raconte l’enterrement d’un glacier, le boom des croisières de riches amateurs de sensations fortes (qui déboursent une fortune pour voir fondre la glace), et aussi les avantages miniers d’un dégel accéléré, sans compter l’essor inespéré de la pêche.

• Re-Re-Réclame. Pour les détails sur la manière de modéliser le système climatique terrestre et tous les mécanismes en jeu, vous pouvez vous reporter à mon papier qui vient de sortir dans La Recherche, dans un épatant hors-série sur les mathématiques, outils du réel.

Les nuages réchauffent à nouveau la polémique climatique

© D.Dq

© D.Dq

Un mois après la parution dans Remote Sensing de travaux controversés sur le réchauffement climatique, le rédacteur en chef de la revue scientifique a annoncé sa démission. Il reconnaît aujourd’hui que les résultats de Roy Spencer (Université d’Alabama) ne méritaient pas d’être publiés. Une décision qui ne manquera pas de réchauffer la polémique entre les climatologues et les détracteurs de la thèse d’un réchauffement climatique provoqué par les activités humaines.

Roy Spencer n’est pas un inconnu. Ce scientifique est l’un des pères des programmes d’observation par satellite de la Nasa. Aujourd’hui, il ne cache pas sa conviction que l’homme n’est pour rien dans l’évolution du climat constatée depuis un siècle. Ce qui ne suffit pas à le condamner, loin de là, laisse entendre Wolfgang Wagner, de l’Université technologique de Vienne, qui présidait jusqu’à présent aux destinées de Remote Sensing. Roy Spencer entendait montrer, à partir des données d’un satellite, que l’atmosphère se réchauffe bien moins vite que ne le prédisent les modèles. Et le communiqué de son université n’avait pas fait dans la dentelle. Spencer y expliquait que la Terre rayonne beaucoup plus d’énergie vers l’espace que ne le prévoient les modèles, et par conséquent qu’elle se réchauffe nettement plus lentement que ne le montrent la plupart des modèles climatiques. Une affirmation qui avait été largement reprises par des médias américains qui combattent la thèse du réchauffement anthropique, tels Forbes et surtout Fox News.

Nuages victime ou coupables? Aujourd’hui, Wolfgang Wagner explique qu’après avoir étudié les arguments des uns et des autres au sujet du papier de Spencer, il est parvenu à la conclusion que ces travaux n’auraient pas du être publiés. «Tenter de réfuter toutes les idées scientifiques sur le réchauffement climatique sur la seule base de la comparaison d’un jeu particulier de données satellitaires avec la prédiction des modèles est strictement impossible.» Wagner souligne que Spencer n’a pas pris en compte les autres observations (fonte de la banquise arctique, modifications de la faune et de la flore). Il explique que d’autres études similaires à la sienne ont déjà été réfutées lors de débats entre scientifiques et dans des revues scientifiques, et que Spencer a omis d’en tenir compte. De nombreux climatologues ont dénoncé le simplisme du modèle utilisé par le chercheur pour développer ses conclusions. Ils contestent aussi l’idée de Spencer que les nuages sont un acteur dans le processus de réchauffement, quand la majorité des modèles semblent montrent que les nuages sont des conséquences de l’évolution du climat.

Maccarthysme. Evidemment, Wagner ne manquera pas d’être critiqué, et les climato-sceptiques s’empressent de dénoncer des pressions, après l’émotion suscitée dans la communauté scientifique par les travaux de Spencer. Ainsi, l’écrivain canadien Steven Hayward, membre éminent de plusieurs Think Tank conservateurs et climato-sceptiques, a-t-il dénoncé hier sa décision, dans un billet cinglant titré «Le maccarthysme climatique frappe encore», dénonçant «L’inquisition climatique qui a poussé [Wagner] à la démission». Spencer a lui aussi commenté cette décision, mais sur un terrain plus scientifique que politique, reprécisant sa vision du rôle des nuages dans le climat.

Dans sa lettre de démission, Wolfgang Wagner souligne que le processus de révision, par trois personnes, de l’article de Spencer n’a pas failli aux règles de l’édition scientifique. «Les éditeurs doivent faire particulièrement attention à ce que les vues minoritaires ne soient pas supprimées, et qu’il n’est pas question que les papiers controversés en cours de révision soient exclus.» Mais Wagner souligne que leur choix a involontairement donné beaucoup de poids à des personnalités qui partagent les idées de Spencer. Dans quelques jours, Geophysical Research Letters devrait publier de nouveaux résultats d’Andrew Dessler, du département de sciences atmosphériques à l’université du Texas A&M, sur le rôle des nuages. Seront-ils une réponse aux idées controversées de Roy Spencer?

Plus froide, ou plus chaude, notre Terre?

© Denis Delbecq

© Denis Delbecq

Depuis dix ans, la température de la planète n’augmente plus. Cette réalité sert d’ailleurs de principal argument aux détracteurs du réchauffement climatique. Face à cela, les climatologues répondent systématiquement que cette pause reste dans les limites connues de la variabilité naturelle de notre climat. Deux chercheurs américains, ont tenté de creuser le sujet. Ils publient leurs résultats dans la revue Geophysical Research Letters (1). Ils renvoient les négationnistes du réchauffement dans leur cordes en montrant que de précédentes périodes de variation « sans tendance » de la température terrestre n’ont pas empêché la tendance de fond d’un réchauffement de notre climat.

Ce qu’essaient de dire Easterling et Wehner, c’est qu’on n’apprécie pas une évolution à long terme en zoomant dans les courbes. De la même manière que depuis 1998, la température terrestre semble avoir suivi une courbe erratique, des évolutions analogues sont observées sur 1977-1985 et sur 1981-89. Et pourtant, il faisait environ 0,4°C plus chaud l’an dernier qu’en 1976, comme le montre la courbe ci-dessous (2).

Evolution de la température de la Terre depuis 1975 © Easterling-Wehner/GRL

Evolution de la température de la Terre depuis 1975 © Easterling-Wehner/GRL

Cette courbe montre bien que l’évolution du climat ne peut être ramenée à un coup de loupe sur telle ou telle période, pas plus qu’il n’est utile de s’adresser à un climatologue pour savoir si tel épisode meurtrier de canicule est provoqué par le réchauffement.

Easterling et Wehner ne se sont pas arrêtés au passé. Ils ont aussi exploré ce que nous disent les modèles de simulation pour le siècle en cours. Ou plus exactement un modèle puisqu’ils ont évité d’agglomérer les résultats de plusieurs simulations (ce que fait l’IPCC pour établir sa fourchette de prévision): le moyennage lisse les courbes et ne permet pas de voir les évolutions sur de courtes périodes. Les deux chercheurs se sont donc appuyés sur le modèle Echam5 et montrent que la hausse d’ici 2100 ne se fera pas de manière continue, mais par une évolution en dents de scie jusqu’à atteindre 4 degrés de plus qu’avant la révolution industrielle. Une évolution dans laquelle ont peut également découvrir, en zoomant, des périodes pour lesquelles une stabilité, voire une baisse des températures, apparaissent, sans changer le verdict à long terme.

Parmi les explications avancées à la stabilisation (à un niveau élevé) de la température de la planète depuis dix ans: le fait que 1998 avait connu une forte hausse en raison d’un épisode El Niño intense (il n’y en a pas eu de tel depuis), et une faible activité du soleil, qui, en 2008, a atteint son niveau le plus bas enregistré depuis un siècle. On devrait en savoir un peu plus dans quelques années, puisque les premiers signes de l’agitation solaire ont été repérés par un télescope de la Nasa.

(1) Geophysical Research Letters, 36, L08706, doi:10.1029/2009
(2) Tirée des travaux de Smith et al., Geophysical Research Letters, 32, L14712, doi:10.1029/2005

La climatologie, une science pleine d’écueils

Je ne vais pas vous le traduire, je n’en ai ni le temps, ni le droit. Mais la longue interview du physicien britannique Lenny Smith par Fred Pierce dans New Scientist mérite qu’on s’y arrête. Le chercheur est un spécialiste de la modélisation et des phénomènes de chaos. Et il n’est pas tendre avec les modèles climatiques.

J’en vois qui se frottent déjà les mains, à l’instar de notre miniTAX national. Mais attention, Smith ne conteste pas la réalité du réchauffement climatique lié aux activités humaines. Il rappelle que les modèles nous aident à comprendre le climat et son évolution, « sans pouvoir prédire les détails ». Il conteste par exemple les tentatives de décrire le temps qu’il fera dans quelques décennies, comme l’envisage le programme britannique d’impact sur le climat.

Lenny Smith demande plus de modération dans la communication autour des résultats de modèles. “Toutes les discussions sur leurs limites sont nécessaires, même si elles peuvent être détournées par ceux qui cherchent à rendre les choses confuses”, explique le britannique, visant les sceptiques du climat. Smith explique que globalement, il faut croire les conclusions du rapport des experts de l’ONU pour le climat.

Smith voit trois écueils pour la climatologie: l’existence de négationnistes, les « naysayers », motivés par des raison politiques ou financières. La seconde menace sont les jeunôts de la prévision des systèmes physiques, «comme ceux qui ne font pas la différence entre prévoir la prochaine pleine lune (…) et le prochain effondrement des marchés boursier». Car ils «sont exploités» par les sceptiques du réchauffement. Pour SMith, le plus grave risque pour les chercheurs est de survendre leurs résultats. «Cela pourrait mettre [la climatologie] par-terre et faire perdre un temps précieux.»

Il reste encore un frigo sur la planète

Pour une fois qu’il y a une bonne nouvelle! L’Antarctique se réchaufferait moins vite que ne le prévoient les modèles. Cette conclusion clôt les travaux d’une équipe de l’Université de Boulder, l’un des hauts lieux de la recherche climatique planétaire (1).

En reprenant les données disponibles sur le climat Antarctique depuis une centaines d’années, les chercheurs du Centre de recherches atmosphériques (NCAR) constatent que la température n’a cru, au dessus de l’Antarctique que de 0,2°C quand les modèles avancent un chiffre de 0,75°C. Ce qui fait une sacré différence! En revanche, les précipitations seraient correctement décrites par les simulations climatiques.

L’erreur de modélisation sur la température proviendrait d’une surévaluation de la quantité de vapeur dans l’atmosphère au dessus du blanc continent. Les chercheurs estiment aussi que la présence du trou de la couche d’ozone modifient les régimes des vents et empêchent la chaleur de descendre très au sud. Le net réchauffement observé dans la péninsule Antarctique, avec des décrochement spectaculaires de plaques de glace de mer, serait lié à sa position géographique particulière, exposée aux vents tièdes qui descendent du nord. Le reste du continent serait en quelque sorte « isolé » du reste de la planète.

Si l’Antarctique se réchauffe moins, peut-on s’attendre à une moindre élévation du niveau de la mer? Là-dessus, les chercheurs sont tout sauf catégoriques. L’augmentation constaté des quantités de neige qui tombent militent pour une atténuation. Mais des eaux notoirement plus chaudes le long des côtes du continent peuvent aussi annuler cet effet en stimulant la fonte de la banquise. Bref, il est urgent d’instrumenter le continent pour mieux comprendre comment fonctionne le climat aux alentours.

(1)Geophysical Research Letters

Image © Nasa

Plus chaud, plus froid? Pari douteux

J’ai beau y réfléchir, l’idée proposée par six des auteurs du blog RealClimate (1) me paraît un peu douteuse. Pourquoi donc sortent-ils du terrain qu’ils maîtrisent apparemment avec brio, la science, pour s’aventurer dans les sables mouvants de l’idéologie?

Résumé de l’histoire. La semaine dernière paraît une étude d’origine allemande dans Nature, que j’avais abordé ici. En constatant l’évolution naturelle et cyclique de la circulation océanique dans l’Atlantique, ils prédisent une sorte de pause dans le réchauffement climatique de la planète sur la prochaine décennie.

Hier, six des onze contributeurs de RealClimate, tous scientifiques, font savoir qu’ils ne croient pas aux prédictions du modèle détaillé dans Nature. D’ordinaire, les publications des grandes revues sont décortiquées et discutées sur le plan scientifique sur RealClimate. Ce qui en fait un espace de débats sérieux, enrichissant et « haut de gamme », loin des discussions de café du commerce. Mais là, on change de trajectoire: plutôt que d’argumenter, les six auteurs-chercheurs proposent deux paris, pour chacune des prédictions de leurs collègues allemand: ils offrent de parier 2500 euros avec eux, pour chacune de leur prédiction (décennies 2000-2010, et 2005-2015). Ils paeraient si la température a baissé par rapport à la moyenne 1994-2004, comme l’affirment les chercheurs allemand. Et recevraient cette somme de leurs collègues s’ils acceptent le pari.

Le cadre de ce défi est bien défini: les critères de définition d’un réchauffement ou d’un refroidissement sont clairs, le moyen d’en juger aussi (arbitre scientifiquement incontestable, etc.) et des clauses de sorties sont prévues en cas d’événement imprévisible (chute d’une grosse météorite, éruption majeure capable de modifier la température de la planète, etc.).

En procédant de la sorte, les auteurs du texte de RealClimate veulent tester la sincérité de leurs collègues allemands, et la foi qu’ils apportent à leur propre prédiction. Mais cette façon de procéder me paraît douteuse, même si les détracteurs de la modélisation y verront peut-être l’occasion de vérifier leurs dires. Les auteurs ont promis de justifier scientifiquement leur désaccord avec l’idée d’un refroidissement temporaire du climat. Ils auraient peut-être mieux fait de commencer par là…

(1) Stefan Rahmstorf, Michael Mann, Ray Bradley, William Connolley, David Archer, and Caspar Ammann

Si on piquait dans la caisse pour comprendre le climat?

N’en déplaise à certains, les modèles climatiques ont une importance cruciale pour tenter de comprendre comment notre environnement évolue. Avec l’épineuse question de la puissance de calcul qui limite la résolution des calculs. L’atmosphère est en effet « découpée » en petits volumes de quelques kilomètres de longueur, largeur ou hauteur, auxquels sont appliquées les lois de la physique. Plus cette maille est petite, meilleure est la résolution: mais gagner un facteur dix sur n’importe quelle dimension nécessite un ordinateur mille fois plus puissant…

Aujourd’hui, les supercalculateurs conventionnels font des prouesses. Mais ils sont incapables de décrire, par exemple, quel rôle jouent les nuages dans l’évolution du climat. Difficile dans ce cas d’imaginer si notre Terre réchauffée aura plus de nuages, ce qui tempérerait le réchauffement, moins de nuages, ce qui l’aggraverait, où autant. Pour commencer à y parvenir, expliquent des chercheurs du Lawrence Berkeley National Lab (Etats-Unis), il faudrait travailler avec une « maille » d’un kilomètre. Avec les technologies conventionnelles, on peut concevoir une machine capable de tenir le choc, mais à un coût d’un milliard de dollars, et au prix d’une puissance électrique de deux cent mégawatts, l’équivalent d’une ville de cent mille habitants!

Il faudra donc faire autrement, proposent donc des chercheurs du LBNL, en utilisant des puces à faible consommation, comme celles qu’on trouve dans les téléphones mobiles. Sur la base des performances des modèles climatiques de l’Université de Boulder, ils calculent qu’une machine à maille de calcul compatible avec les nuages dotée de vingt millions de puces à faible consommation pourrait être construite pour 75 millions de dollars, et n’aspirerait que 4 MW de puissance sur le réseau…

On pourrait pas reprendre un peu du paquet fiscal du lider maximo verde et construire cet engin dédié à la connaissance du climat? Qu’en pense miniTAX, notre pourfendeur en chef de simulations climatiques? Au fait Carla, tu peux pas souffler cette idée à l’agité de l’Elysée? Ça lui redorerait le blason…

Chacun voit midi à sa porte, et il est minuit!

C’est drôle la confusion que des travaux scientifiques peuvent apporter dans les esprits. Prenez les résultats d’un quintet de chercheurs allemands publiés la semaine dernière dans Nature. Ces têtes pensantes se sont penchées sur la délicate question de la prévision climatique à moyen terme, sur une décennie. Question épineuse, ils le disent eux même, puisque la tendance de fond de l’évolution climatique subit de plein fouet les variations naturelles, et régionales, du temps.Que trouvent Keenlyside, Latif, Jungclaus, Kornblueh et Roeckner? Après avoir reconstruit le passé en appliquant leurs idées dans des modèles de circulation océanique reconnus, ils dessinent un avenir un chouia plus frais sur l’Europe pour la prochaine décennie.

Plus frais que quoi? Plus frais que si la variabilité climatique n’existait pas. De là à dire que le climat de la planète va se refroidir au cours des prochaines années, il y a un pas, un fossé même, que certains ont rapidement franchi, trop contents de découvrir des résultats qui vont dans leur sens.

Prenez miniTAX, notre lecteur-pourfendeur-de-consensus-sur-le-réchauffement-qui-déteste-les-modèles et sa sortie d’hier. Lui, il est vraiment gonflé. D’abord il accuse la presse française en général et le blogueur en particulier de passer sous silence des trucs qui les dérangent. Ensuite, il laisse penser que les chercheurs allemands ont “réglé” leur modèle pour qu’il prédise un refroidissement, comme si les savancosinus passaient leur temps à biaiser leurs travaux en fonction de leurs opinions… mais miniTAX, comme bien d’autres, aurait du lire le papier de Nature, plutôt que des compte-rendus vagues et tracés au cordeau… Compte-rendus qui ont même contraint les chercheurs à préciser que leurs travaux ne mettent pas en cause le réchauffement…

En gros, les travaux allemands laissent penser, et ce n’est pas rien, qu’on doit pouvoir faire des prévisions régionales à dix ans sans trop se planter. Au cours de la prochaine décennie, un ralentissement temporaire (c’est cyclique) de la circulation océanique Atlantique réduirait l’apport de chaleur des tropiques vers le nord, et donc adoucirait les températures, au moins en Europe. Mais pendant ce temps, le gaz carbonique s’accumule —c’est pas du conditionnel— et le gaz carbonique, ça réchauffe l’atmosphère. Ce n’est pas un grand complot d’écologistes chevelus ou de nucléocrates patentés, “it’s physics, stupid!”

Bref, déduire de ce joli travail de modélisation que le climat de la Terre va durablement se refroidir, que le réchauffement n’existe pas ou je ne sais quoi d’autre, est à peu près aussi débile que de s’appuyer sur la fraîcheur de la météo d’avril, de la chaleur d’août 2003, ou des milliers de victimes du cyclone birman pour tirer des plans sur la comète. Même Courtillot (voir Les chevaliers de l’ordre de la Terre plate, acte II), qui défend la prédominance des variations d’éclairement solaire dans le réchauffement constaté jusque dans les années quatre-vingt, sait bien qu’un climat ça se regarde sur le long terme.

Image © D.Dq 2008

Mort d’une idée reçue

Décidément, les mythes se font et se défont. Dans la jungle des sceptiques du réchauffement climatique, certains objectent que la communauté scientifique pensait de manière consensuelle dans les années soixante-dix que se préparait un refroidissement planétaire. Il faut dire qu’il ne faisait pas très chaud à l’époque. USA Today mentionne aujourd’hui des travaux rétrospectifs qui ne manquent pas d’intérêt. Un chercheur américain du National Climatic Data Center (NCDC) a relu la littérature scientifique publiée entre 1965 et 1979 sur l’évolution du climat.

Je ne peux évidemment pas savoir si ce travail a été fait honnêtement, et s’il a été exaustif. Simplement, il sera prochainement publié dans le Bulletin of American Meteorological Society, une revue de référence, sous la plume du chercheur, d’un collègue du British Antarctic Survey, et d’un journaliste.

Que dit l’étude? Que sur les douzaines de travaux passés en revue, sept concluaient à un refroidissement rapide de la planète, quarante-quatre à un réchauffement et vingt ne se prononçaient pas sur cette question.

Bref, en fait de consensus, la balance penchait déjà en faveur de l’idée de réchauffement. Même si on ne mesure pas la science par des moyennes!

Plus de chaud, plus de faim

L’activité humaine la plus exposée aux aléas climatiques est bien évidemment l’agriculture. La planète compte toujours plus d’un milliard de mal nourris. Qu’en serait-il dans un climat réchauffé, avec un régime de pluies modifiées? Une équipe de l’université de Stanford a tenté de déterminer quelles parties du monde, dans les régions où on souffre de la faim, poseront le plus de problèmes de ressources alimentaires. Elle confirme dans la revue Science que le sud de l’Afrique et de l’Asie pourraient connaître de sérieuses difficulté de production agricole d’ici une vingtaine d’années.

Les régions du monde où la population se développe le plus sont aussi des régions qui sont en première ligne face aux modifications des régimes de sécheresse et de pluies. A partir des résultats de vingt modèles de prévision climatique, des habitudes alimentaires de chaque région et des relations entre variabilité climatique et production agricole, les chercheurs calculent que dans le sud du continent africain, la production agricole pourrait baisser de 30% en vingt ans si rien n’est fait pour adapter les pratiques agricoles au climat perturbé. En Asie du sud, qui concentre 30% des mal nourris de la planète, la perte serait plus faible, environ 10%, mais néanmoins importante puisque la population de ces pays continue à croître rapidement.

Les chercheurs ont travaillé production par production pour déterminer les priorités des politiques d’adaptation. Ainsi, dans le sud du continent africain, la production de riz devrait légèrement augmenter, tandis que celle de maïs, de blé, de soja devraient nettement baisser. En Asie du sud, l’ensemble de la production devrait baisser, à l’exception de celle de sorgho qui ne serait pas altérée par le réchauffement climatique.

Certains diront bien sûr qu’il ne s’agit que de résultats de modèles. C’est une évidence. Mais comment tenter d’orienter les programmes d’adaptation qui seront nécessaire pour éviter d’aggraver les problèmes d’alimentation des régions pauvres de la planète? C’est bien ce qui motive l’équipe américaine, qui espère donner des pistes aux organisations internationales qui financent le développement de l’agriculture.

Image. Un champ de mil. © CNRS