Rayons cosmiques: leur rôle dans le climat n’est pas démontré (ni infirmé)

Par Denis Delbecq • 27 août 2011 à 12:10 • Categorie: A la Une
Le soleil © Nasa

Le soleil © Nasa

C’était l’une des expériences les plus attendues de ces dernières années: l’expérience «Cloud» du CERN à Genève devait dire quel rôle jouent les rayons cosmiques dans la formation des nuages. Une expérience suivie de près par les climatologues comme par les détracteurs du réchauffement climatique anthropique (lié aux activités de l’homme) qui attendent impatiemment la confirmation des hypothèses formulées par le danois Henrik Svensmark, qui postule que le soleil serait responsable du réchauffement, au travers de son activité magnétique qui module la quantité de rayons cosmiques qui parvient sur Terre et modifie la couverture nuageuse.

Qu’ont observé les chercheurs du CERN? Ils constatent que, sous certaines conditions, les rayons cosmiques sont bien un facteur de création des nuages dans la haute atmosphère. Et qu’ils ne le sont pas ou peu dans la basse atmosphère. En altitude, leur présence peut multiplier par 2 à 10 l’ampleur du phénomène de nucléation, dans lequel des poussières (particules soufrées) provoquent la condensation de la vapeur d’eau et la formation de gouttes. Est-ce à dire que les rayons cosmiques sont un facteur prédominant? Rien n’est moins sûr puisque les chercheurs du CERN relèvent aussi qu’une infime proportion de molécules d’ammoniaque (moins de 100 parties pour trillon) multiplie de 100 à 1000 le taux de nucléation.

Dans la basse atmosphère, les rayons cosmiques sembleraient jouer un rôle plus faible. Mais le plus important n’est pas là: c’est qu’en dépit de leurs efforts, les chercheurs ne parviennent pas à recréer les niveaux de condensation qu’on observe dans la nature, qui sont près de dix fois plus élevés que ce qui a été observé dans CLOUD. Bref, ils n’ont vu que des prémices de nuages, et pas de vrais nuages! Le signe qu’on ne connait qu’une petite partie des substances et mécanismes qui provoquent la formation des gouttes

Le moins qu’on puisse dire, c’est que cette étude —dont les résultats doivent encore être confirmés par d’autres expériences, comme c’est la règle en recherche scientifique— démontre qu’on sait finalement peu de chose sur la formation de la couverture nuageuse de notre planète, qui joue un rôle clef dans le climat: on sait néanmoins que les nuages de haute altitude tendent à réchauffer la planète, tandis que les nuages bas la refroidissent. Les chercheurs estiment que ce sont ces dernier qui l’emportent, et que globalement, les nuages tendent à refroidir notre climat. Raison de plus de poursuivre ces travaux passionnants, pour enrichir les modèles climatiques du nec plus ultra de la science des nuages. Mais aujourd’hui, rien dans l’expérience Cloud ne permet d’affirmer qu’il faut jeter ces modèles aux oubliettes.

Bien évidemment, on lira de fortes opposition sur l’interprétation de ces résultats. Chez Real Climate, un blog tenu par une brochette de climatologues de renom, Gavin Schmidt (Nasa) salue la prouesse des chercheurs du CERN, tout en relevant que les variations d’activité solaire (et donc de flux de rayonnement cosmique) sont bien plus faibles à notre échelle de temps que ce que les chercheurs ont reproduit en laboratoire, et que le rayonnement cosmique ne pourrait expliquer que quelques pour cent des variations de couverture nuageuse. Bien évidemment, les blogs climato-sceptiques se sont immédiatement emparés des résultats de Cloud pour les tourner à leur avantage. Enfin ceux qui n’étaient pas en vacances. Skyfall, l’un des haut-lieux du climato-scepticisme sur l’internet français, n’a pas encore réagi pour cause de congé de son animateur. Pas plus que les presses française et étrangère qui restent bizarrement muettes sur le sujet. Un effet de la désertion des rédactions en ce mois d’août?

Le canadien Lawrence Solomon, climatosceptique notoire, n’hésite pas à affirmer que l’expérience Cloud clôt définitivement le débat: l’homme n’est pour rien dans le réchauffement climatique. Une vision toute personnelle de ce que montrent les chercheurs. Même Svensmark, cité par Physics World, a reconnu qu’il y avait encore beaucoup à faire pour que son hypothèse puisse être validée, tout en réaffirmant sa confiance dans son modèle. De son côté, Jasper Kirkby, le chef de file des soixante participants à Cloud, a souvent été taxé de climato-scepticisme, parce qu’il avait expliqué en 1998, avant le démarrage du projet, que  «la théorie [de Svensmark] pourrait probablement expliquer entre la moitié et la totalité de l’augmentation de la température de la Terre au XXe siècle». A la lueur de ses propres travaux, il reconnaît aujourd’hui que «les résultats de l’expérience ne disent rien de l’effet des rayons cosmiques sur les nuages car les aérosols produits sont bien trop petits pour former des nuages». Il annonce la publication prochaine de «résultats intéressants» obtenus récemment sur le rôle des molécules organiques dans la formation des nuages. La mesure de ses propos aujourd’hui devrait conduire les climato-sceptiques à plus de mesure. Mais ils n’ont visiblement pas abandonné leurs lunettes déformant la réalité scientifique… Ceux qui —dans les deux camps— attendaient de Cloud une preuve définitive que l’homme est responsable ou innocent dans le réchauffement climatique en seront pour leurs frais. L’enquête continue!

 

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