Le vert n’est pas toujours aussi vert qu’on le croit

Par Cécile, Mathilde et Sara • 25 mai 2011 à 17:38 • Categorie: Incahuella
Le bon air de Coyhaique, au Chili © El Patagon Domingo

Le bon air de Coyhaique, au Chili © El Patagon Domingo

Après avoir passé près d’un mois à Cochrane, nous en avons passé un autre à Coyhaique puisque nous y avons trouvé du travail au sein du CIEP (Centre d’Investigation des Ecosystèmes de Patagonie).

C’est la première fois depuis longtemps que nous sommes dans une si grande ville : on y compte 50 000 habitants. Un centre-ville animé par quelques rues commerçantes, une Réserve Nationale à deux pas, ces lieux ont tout pour plaire. Mais sous ses airs de petite ville tranquille de province, Coyhaique est l’agglomération la plus polluée du Chili. Ce triste record s’explique en grande partie par sa situation géographique. La cité est en effet enclavée dans une vallée qui empêche une bonne évacuation de la pollution atmosphérique.

Comme dans tout centre urbain, la circulation automobile y est incessante, et apporte avec elle son lot de gaz carbonique et autres polluants. Pourtant ce n’est pas la principale cause de la pollution de l’air à Coyhaique.

Par habitude, tradition ou bien encore par commodité, les habitants de la Patagonie tout entière se chauffent et cuisinent au feu de bois. Chaque maison est donc équipée d’un poêle qui trône dans la pièce à vivre. Souvent, les modèles sont vétustes et ne sont pas dotés de filtres. Peu performants, les poêles consomment une quantité astronomique de bûches. C’est ce bois, encore vert qui rejette une grande quantité de particules fines, responsables de troubles respiratoires. Parmi celles-ci, la PM10 et la PM2.5 peuvent provoquer des effets dommageables allant de la simple toux à l’aggravation de l’asthme, voir même des décès prématurés chez les personnes les plus fragiles.

Campagne municipale en faveur du bois sec © Incahuella

Campagne municipale en faveur du bois sec © Incahuella

Comme des enfants trop pressés d’ouvrir leurs cadeaux, les habitants de la région d’Aysén jettent au feu le bois avant qu’il n’ait eu le temps de sécher. Vous pourriez penser qu’ils n’ont peut-être pas la place de l’entreposer et de le laisser perdre son humidité… Que nenni ! Les gens sont persuadés que puisque le bois vert brûle plus lentement sa combustion n’en est que plus rentable. Il est effectivement vrai que le bois vert met plus de temps à brûler, mais l’efficacité énergétique en est divisée par deux. A cela vient s’ajouter le rejet des dites particules fines qui empoisonnent chaque jour un peu plus l’air de Coyhaique.

Le vieux mythe du bois vert persiste dans la région depuis des générations, à tel point que les autorités locales se sont lancées depuis l’année dernière dans une vaste campagne de sensibilisation auprès de la population. Les industriels ont même proposé une certification pour le bois de chauffage. Garantissant un taux inférieur à 30% d’humidité, la certification « bois vert » oblige en plus ses exploitants à tenir un plan d’aménagement de la forêt en bonne et due forme. Le bois, une ressource naturelle renouvelable certes, à condition que son exploitation soit rationnelle et durable.

La bataille risque malgré tout d’être longue et laborieuse, l’année dernière 96% des ménages utilisaient du bois, et à peine 10%  de la consommation étaient certifiée…

Alors que faire ? On pourrait espérer que  les établissements publics montrent l’exemple en s’engageant à n’utiliser que du bois certifié sec. Ils pourraient même lancer le mouvement d’une modernisation des infrastructures qui ne seraient chauffées qu’avec des granulés de bois, lesquels sont plus énergétiquement plus efficaces et rentables. Cela supposerait en revanche de pouvoir s’en fournir dans la région, ce qui n’est pour le moment pas le cas. Voilà peut-être une bonne piste d’avenir pour la filière bois de la Patagonie chilienne, qui pour l’instant ne fait que très peu de transformation du bois…

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