Gaz de schiste: en plus il réchauffe le climat, plus que du charbon!

Par Denis Delbecq • 13 avril 2011 à 9:08 • Categorie: A la Une
Derrière la flamme bleue, le réchauffement © DDq

Derrière la flamme bleue, le réchauffement © DDq

La condamnation est grave: elle devra être confirmée en appel: le gaz de schiste produirait plus d’effet de serre que le charbon. Jusqu’à 2 fois plus sur un horizon de 20 ans, et 20% à l’échelle d’un siècle. Une pièce supplémentaire au débat qui agite de nombreux pays, sur l’intérêt de ce gaz non conventionnel.

La charge, violente, est publiée dans la revue Climatic Change par trois chercheurs de l’université américaine de Cornell. Elle repose sur une évidence: l’exploitation des gaz de schistes libère beaucoup de méthane dans l’atmosphère. Et une molécule de méthane réchauffe vingt fois plus la planète que la molécule de gaz carbonique qui la remplacerait si elle était brûlée. Selon Howarth et ses collègues, qui ont regardé la littérature disponible sur les pertes dans la chaîne de production du gaz de schistes, du puits à l’utilisateur, entre 3,6% et 7,9% du méthane s’échapperait directement dans l’atmosphère. Ce qui fait des gaz de schistes le pire émetteur de gaz à effet de serre: pire que le charbon, le pétrole et le gaz conventionnel, dont l’image de «propreté» sort aussi écornée de cette étude.

La phase forage d’un puits de gaz de schiste rejetterait dans l’atmosphère 1,9% du volume de gaz contenu dans le réservoir, soit 19 fois plus qu’un puits conventionnel. Le reste des opérations rejette les mêmes quantités, que le gaz soit conventionnel ou pas. Au final, 1,7% à 6% du volume de récupéré dans un puits de gaz conventionnel, vient directement réchauffer l’atmosphère. Les rejets sont de 3,6% à 7,9% pour le gaz de schistes.

Compte-tenu de la durée de vie d’une vingtaine d’années du méthane atmosphérique (contre plus d’un siècle pour le gaz carbonique), c’est évidemment à court terme —sur 20 ans— que le gaz produit son effet réchauffant: le gaz non conventionnel rejetterait 27 à 60 grammes de carbone par mégajoule de chaleur produite, contre 30 g/MJ pour le charbon souterrain et 27 g/MJ pour le charbon de surface. Par comparaison, le gazole émet environ 22g de carbone par mégajoule.

Voilà qui ajoute un argument de poids à ceux qui refusent l’exploitation des gaz de schistes. Et qui ne fera sans doute pas vaciller les partisans de l’indépendance énergétique à tous crins. Hier, j’ai d’ailleurs assisté sur une chaîne parlementaire à une curieuse séance: des questions « cribles » sur la politique énergétique dans un Sénat vide, et comme envoyé spécial du gouvernement pour répondre aux élus, le secrétaire d’état en charge du commerce et de l’artisanat. Une preuve de plus du grand respect porté aux élus par le lider maximo nuclei et son gouvernement.

Frédéric Lefebvre, envoyé au front, a expliqué que grâce aux gaz de schistes, les Etats-Unis ne sont plus importateurs de gaz, «Avouez que ça mérite d’être étudié». Comme je l’ai souvent répété, face au mythe de l’indépendance nationale, les considérations de pollution et de réchauffement climatique passent toujours aux oubliettes…

• Envoyer par email •  Partager sur Facebook

Tags: , , , , , , , ,