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«Deux médecins pour douze habitants, c’est pas mal!»

Posté le 2 déc 2008 dans la catégorie:76° Sud, A la Une, Rubriques. Vous pouvez suivre les réponses via le fil RSS 2.0.
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Interview. Le docteur Eric Lotz quitte bientôt Paris pour rejoindre en avion la base franco-italienne de Concordia. Ce médecin-urgentiste et spécialiste des rapatriements sanitaires sera l’un des deux toubibs qui passeront un an sur la base. Effets de Terre l’a rencontré, au milieu de ses cartons.

Dans moins de deux semaines, le docteur Eric Lotz quittera Paris pour rejoindre en avion la base franco-italienne de Concordia. Ce médecin-urgentiste et spécialiste des rapatriements sanitaires sera l’un des deux toubibs qui passeront un an sur la base. Âgé de trente ans, c’est la première fois qu’il part pour le grand Sud. Effets de Terre l’a rencontré, au milieu de ses cartons.

Quelle sera votre activité médicale dans ce milieu extrême?

Paradoxalement, nous avons assez peu d’accidents liés au froid car les personnes qui vivent à Concordia sont très sensibilisées à ce risque. Ce sont surtout des soucis de traumatologie. Et le danger vient plus de l’intérieur que de l’extérieur: il y a des escaliers dans les deux bâtiments, les techniciens utilisent des machine-outils. Tous les petits pépins de vie quotidienne. Les maladies infectieuses sont assez rares. Les bactéries qu’on trouve ont été amenées par les hommes, et elles survivent mal dans ces froids extrêmes. En ce moment, la grippe s’est répandue à Concordia, mais elle a été importée d’Australie. Une fois cet épisode passé, on aura peu de microbes et de virus.

Ne craignez-vous pas aussi les effets de l’altitude?

C’est vrai que Concordia est en altitude, et comme la pression atmosphérique y est très basse, nous vivrons à une altitude équivalente de 3800 mètres. Mais toutes les personnes qui partent là-bas ont subi des tests d’efforts pour vérifier que leur organisme résiste bien au manque relatif d’oxygène.

Comment procéder si une évacuation sanitaire est nécessaire?

Tout dépend de la période de l’année. En principe, du 1er février au 31 octobre, les avions ne peuvent atterrir. Mais en cas de nécessité, on peut encore tenter une évacuation jusqu’à début avril et à partir de début ou mi-septembre (1). Au cœur de l’hiver, il faut se débrouiller avec ce que l’on a sur place, car le temps est trop mauvais et le carburant gèlerait dans les réservoirs. Si nécessaire, on peut par exemple opérer au cours d’une vidéoconférence avec le service médical de l’Institut polaire italien (PNRA), qui est responsable de la santé à Concordia, ou avec le service médical des Terres Australes Françaises (TAAF) . Sauf bien sûr quand le temps empêche toute liaison télécom, ce qui peut arriver pendant plusieurs jours. Nous avons un véritable hôpital, qui occupe plus d’un demi-étage sur les six que compte la base de Concordia. Avec une salle d’opération, du matériel de radiographie, et un siège de dentiste!

Vous êtes aussi dentiste?

Non, mais j’ai suivi une formation pour pouvoir parer au plus urgent. Tous les volontaires se sont fait soigner avant de partir. Il peut quand même survenir quelques problèmes: l’an dernier, il y a eu deux dents de cassées.

On est bien soigné à Concordia?

Nous avons tous les stocks de médicaments et produits nécessaires. Un équipement moderne, et nous serons deux médecins, avec mon collègue britannique, un spécialiste des soins intensifs. L’hiver prochain, nous serons deux médecins pour douze habitants au total. C’est pas mal, non?

Vous ne craignez pas de vous ennuyer?

Non. D’ailleurs, je serai aussi météorologue et aussi le Chef de cette expédition DC5 (2). C’est moi qui vais devoir gérer les appels des journalistes comme vous! Et comme le treizième prévu pour l’hivernage a renoncé, son planning de travail a été réparti entre les douze qui restent!

Souffre-t-on de l’isolement dans un désert pareil?

C’est vrai que cette base est ce qui ressemble sans doute le plus sur Terre aux conditions d’un voyage spatial de longue durée. D’ailleurs l’Agence spatiale européenne conduit des études à Concordia. Mais toutes les personnes qui s’apprêtent à hiverner ont subi des tests pour déterminer leur motivation et leur stabilité psychique. On ne va pas là-bas pour fuir quelque chose. Une année, un technicien qui devait hiverner a renoncé juste à la fin de l’été. Il est donc reparti chez lui avec la dernière rotation. Mais d’habitude, c’est plutôt le contraire, et il y a assez peu de souci dans les relations humaines là-bas. En général, les gens sont plutôt tristes de devoir repartir. D’ailleurs, le médecin que je vais remplacer a demandé à rester tout l’été. C’est pour cette raison que je ne suis pas encore parti. On se croisera un mois pour qu’il m’apprenne à me servir du matériel, et après, il rentrera en Europe.

(1) Le soleil réapparait vers le 15 août, et commence à réchauffer la température.
(2) Cinquième hivernage à Dôme C, la base Concordia.

• Retrouvez Eric Lotz sur internet. Les tribulations d’un (petit) urgentiste roux… en Antarctique!

Denis Delbecq

 

Mots-clefs: 76° Sud, Antarctique, Concordia, sante
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2 Réponses pour “«Deux médecins pour douze habitants, c’est pas mal!»”

  1. Effets de terre » «Mes affaires ne sont toujours pas arrivées» dit :
    4 décembre 2008 à 12:33

    [...] (1) Lire l’interview d’Eric Lotz, réalisée le 2 décembre à Paris. [...]

    Répondre
  2. «No vehicule beyond this point!» | Effets de terre dit :
    12 mars 2009 à 21:31

    [...] Lire l’interview du docteur Eric Lotz quelques semaines avant son départ pour l’Antarctique (2) Petites dunes de glace dessinées [...]

    Répondre

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