Et si on pensait autrement?

Par Denis Delbecq • 10 octobre 2008 à 0:53 • Categorie: A la Une, Rubriques

Ce qu’il y a de bien, quand on ne possède rien, ou si peu, c’est que le yoyo des bourses (enfin plutôt le dévissage)  et de l’immobilier laisse froid. Et je ne suis pas frileux pour un sou. Sans doute est-ce l’effet de la leçon de zénitude apprise sur le tas, quand les vents dépassent l’entendement sur une coquille de noix: le calme annonce une tempête, et le déchaînement des éléments précède de peu le retour aux calmes. Le climat s’observe à l’échelle de décennies.

Ce qui fait sourire l’observateur que je suis, c’est ce déferlement médiatique et politique sur le dernier avatar en date de notre société. Un monde où il convient de ne plus parler de patrons mais d’entrepreneurs. Le summum étant « la crise racontée par les écrivains » de Libération mercredi, où l’on découvre le bon grain et surtout l’ivraie de gens qui n’ont rien d’autre à dire que de faire parler d’eux. Sollicités surtout par un journal qui n’a hélas plus grand chose à dire lui non plus (Qui a aimé châtie bien, mais les autres quotidiens, du matin ou du soir, ne valent pas mieux).

Sur une planète où le nombre de crève-la-faim n’a jamais été si nombreux, où personne ne sait vraiment combien ne peuvent juste boire de l’eau propre, ni s’asseoir sur une cuvette de chiottes, des centaines de milliards ont été dépensés pour sauver des titulaires de parachutes dorés. Sur le dos bien sûr des petites gens (ou des moyennes). Car la sortie de crise se traduira par des (dizaines de?) millions de licenciements, des hausses d’impôts pour tous, tandis que les nantis dépenseront ce qu’il leur reste pour racheter à bas prix ce qui, hier, valait de l’or et qui, demain, les couvrera de diamants.

Des centaines de milliards partis (ou pas encore, mais c’est pour bientôt) en fumée pour financer les errements d’une société que nous avons acceptée, approuvée, choisie. Des centaines de milliards quand dix fois moins sortiraient le Sud de bien des avatars de la misère, du palu par exemple. Quand on s’étripe dans ces colonnes sur le rapport coût-bénéfice d’un nucléaire renforcé, de moulins à vents érigés, du vrai-faux réchauffement de planète, le tout sur fond de Mondial de l’auto qui bat les records de fréquentation, il convient de revenir à la mesure.

Et si on supprimait les bourses? Et si on décrétait que c’est d’abord la valeur des humains qui fait celle d’une entreprise, d’une société, et que tout sacrifice d’emploi sur l’autel de la bourse est un crime contre l’humanité? Que la nature préservée rapporte ô combien plus que les espaces dévastés. On traite mieux aujourd’hui des animaux que les femmes et les hommes qui ne boivent pas à leur soif. On s’inquiète des interventions de telle ou telle banque centrale. Du taux d’inflation, de la croissance, du CAC 40 ou du Nasdaq, des ventes de l’automobile ou de réacteurs d’Areva.

Et si on pensait autrement?

Image: © Denis Delbecq

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