Pesticides: du «Délires» des uns à l’exagération des autres

Champ de blé dans les Hauts de France © Denis Delbecq

«Que ces gens là arrêtent de délirer!» Dans une interview accordée à FranceInfo:, Christiane Lambert, la patronne de la FNSEA, n’a pas mâché ses mots. En cause, les arrêtés municipaux qui se multiplient et qui prétendent interdire l’épandage de pesticides à moins de 150 mètres des habitations (et des jardins, I presume).

Rappelons que le premier de ces arrêtés à passer en justice a été jugé illégal par un tribunal administratif (TA), et que cette semaine, une audience au TA de Versailles doit juger d’un arrêté pris en mai dernier par la maire du Perray en Yvelines. Là encore il s’agit d’interdire les épandages à moins de 150 mètres des habitations. Gageons que là encore, l’élue sera renvoyée dans les cordes de la légalité.

Face à cette fronde, que Make Macron Great Again avait dit comprendre tout en rappelant l’illégalité des textes signés de ces maires en rébellion, le gouvernement a ouvert une consultation avant de trancher pour une distance comprise entre 5 et 10 mètres. Il ne faut pas être très savant pour comprendre que ces produits dispersés dans l’atmosphère n’ont cure de parcourir quelques mètres, d’autant que la règle d’abstinence (pour l’épandage) dès que le vent dépasse 11 km/h est rarement respectée.

Je ne rentrerai pas dans le débat sur la « bonne distance », n’ayant qu’une connaissance très parcellaire du dossier. Mais en allant plus loin dans la lecture de l’interview de Mme Lambert, j’ai sursauté en lisant cette phrase: «150 mètres, c’est retirer 15 à 20% de la surface agricole française.» Eclaté de rire, aussi. D’où provient ce chiffre faramineux? Rappelons que les surfaces agricoles françaises représentent environ 29 millions d’hectares, pour une taille moyenne d’exploitation d’environ 60 ha —qui ne dit rien de la superficie des parcelles, bien sûr, ce qui serait le seul moyen de vérifier les dires de Mme Lambert.

Je me suis livré à un petit calcul de coin de table, c’est un tic chez moi: imaginons que la patronne de la FNSEA dise vrai, et que 20% des surfaces agricoles se trouvent à moins de 150 mètres d’une habitation. C’est peut-être envisageable dans certaines régions, notamment couvertes de petits vergers. C’est difficile à croire pour moi qui traverse (pas assez) souvent la Picardie et les régions plus au nord, vu la taille des champs. Sans parler de la Beauce et ses immensités plantées de blé. Passons.

Ces 20% de la surface agricole française représentent environ 5,8 millions d’hectares. En divisant par 150 mètres, on obtient un résultat décoiffant: selon les dires de Mme Lambert, il y aurait donc plus de trois cent mille kilomètres de « frontières » entre des champs et des habitations dans notre beau pays. Même en comptant les jardins, on a peine à le croire.

Vous avez sans doute une valise d’arguments à faire valoir pour contester l’idée d’interdire les épandages près des habitations, Mme Lambert. Mais pourquoi tenter de nous faire avaler de tels salamalecs?

Denis Delbecq

«Le bio est l’équivalent agricole des 4×4»

Le patron de Syngenta n’aime pas l’agriculture biologique. Et pour cause, elle empiète sur son business. La journaliste Kate Galbraith raconte sur son blog du New York Times que Michael Mack, n’a pas mâché ses mots lors d’une interview au quotidien américain. En gros, Mack reproche au bio d’utiliser 30% de surface agricoles supplémentaires pour produire la même quantité de nourriture. « Ce n’est pas seulement que l’agriculture n’est pas meilleure, c’est qu’elle est formellement pire », a expliqué le vendeur de phytosanitaires, de semences et d’OGM, ajoutant que les pesticides sont des produits sains, efficaces et sans danger pour l’homme et l’environnement, et qu’ils sont certifiés comme tels par les autorités sanitaires américaines (FDA). Mais bien sûr Michael Mack a démenti que l’activité de son entreprise puisse être menacée par le boom du bio, il pense à notre avenir. « Si toute la planète devait brutalement se convertir au bio demain, ce serait un désastre écologique ». Qu’ils se rassure, ce n’est pas à l’ordre du jour…

Le Roundup dans le collimateur, Monsanto répond

Champ de soja «Roundup Ready» © Monsanto

Champ de soja «Roundup Ready» © Monsanto

En janvier dernier, Gilles-Eric Seralini et Nora Benachour, tous deux chercheurs à l’Université de Caen, avaient publié une étude sur l’impact du Roundup, le désherbant le plus vendu au monde, sur la santé cellulaire. Ils avaient mis en évidence in vitro des atteintes provoquées non par le glyphosate du pesticide seul, mais par l’action conjointe de la molécule et des adjuvants qui l’enrobent pour faciliter sa pénétration dans les cellules des mauvaises herbes. Le tout à des concentrations jusque cent mille fois plus faible, correspondant aux éventuels résidus de Roundup qu’on peut trouver dans la bouffe.

Sur le blog Monsanto selon Monsanto, un certain Dr Dan, toxicologue et directeur des sciences médicales de l’entreprise, livre son analyse de l’histoire. Le Roundup est en effet le complément de la gamme de semences génétiquement modifiées par Monsanto pour résister aux désherbants. Le responsable de Monsanto accuse Séralini, scientifique renommé et opposant notoire aux OGM et donc au Roundup, d’avoir choisi des cellules de tissus reproductifs à des fins politiques et non scientifiques.

Le Dr Dan souligne que le Roundup contient des molécules détergentes qui servent de cheval de Troie dans l’action du produit, comme dans la plupart des herbicides. Selon lui, n’importe quel détergent —d’origine végétale ou pas— provoquerait les mêmes atteintes sur les lignées de cellules cultivées in vitro par le chercheur français. Et Dan de souligner que nous sommes bien plus exposés à ces molécules détergentes avec nos savons, shampoings, etc. qu’avec les résidus d’herbicides. Ce n’est pas faux, mais un peu léger comme défense. Car ce que semble montrer Séralini, ce n’est pas l’action des détergents seuls qui dédouanerait le glyphosate. C’est l’effet conjoint de ces molécules et de l’herbicide. Et là dessus, le Dr Dan ne dit mot.

Ces arguments sont étranges de la part d’un éminent scientifique de Monsanto. Car semble-t-il, des scientifiques ont trouvé à redire sur les travaux de Séralini. L’Agence française de sécurité sanitaire des aliments avait été saisie par la Direction générale de l’Alimentation après le barouf médiatique créé par les résultats du français. Les experts de l’AFSSA ont étudié la publication et posé plusieurs critiques sur le protocole expérimental du chercheur français, concluant qu’il n’y avait pas là de quoi remettre en cause les évaluations du Roundup conduites en Europe et en France.

Mais le Roundup reste dans le collimateur. En avril dernier, une autre étude, en Argentine cette fois (1), affirme avoir mis en évidence une action toxique du glyphosate très dilué sur des embryons d’amphibiens (2). Selon Le Monde, qui a relaté cette étude, certaines pathologies (cancers, malformations, etc.) seraient en surnombre dans des régions où le soja Roundup Ready est cultivé de manière intensive, et où le Roundup est souvent épandu par avion. Toute la population, en profite, donc! Mais, à ma connaissance, l’étude en question n’a pas encore été publiée dans une revue scientifique. Donc, pour le moment, c’est comme si elle n’existait pas.

En attendant, Monsanto développe son business. Selon la lettre adressée aux actionnaires par le PDG pour présenter les résultats de l’année 2008, la firme a continué d’investir pour augmenter la juteuse production de Roundup. Hugh Grant (sic!) attend 1,9 milliards de dollars de marge brute sur le produit à l’horizon 2012, soit 20% du cash généré par l’entreprise…

(1) En Argentine, la moitié des terres cultivables sont occupées par le soja«Roundup Ready».
(2) Cette précision sur les amphibiens est importante. A lire Le Monde, on pourrait penser qu’il s’agissait d’embryons humains.

Une campagne qui marche sur l’eau

© Denis Delbecq

© Denis Delbecq

Comment alerter sur la qualité sanitaire de l’eau du robinet sans provoquer la panique? C’est à un drôle d’exercice que se sont livrés le WWF et David Servan-Schreiber, médecin et auteur de best-sellers médicaux, en lançant une campagne de précaution visant les personnes malades d’un cancer et celles qui en ont réchappées. Campagne appuyée par un Comité scientifique qui rassemble des pedigrees impressionnants, et relayée par une interview de DSS et du directeur scientifique du WWF au Parisien. Qui, comme chacun sait, fait rarement dans la dentelle, notamment dans ses titres: «Malades du cancer, ne buvez pas l’eau du robinet».

Aujourd’hui, en dépit de l’état déplorable des réserves d’eau douce en France (rivières, lacs, nappes phréatiques), l’eau distribuée au robinet est de bonne qualité. Tout ça parce que, à grand renfort des milliards pays par le consommateur, les Veolia, Lyonnaise des eaux et consorts s’acharnent à traiter et retraiter le précieux liquide. Bien évidemment, «bonne qualité» ne signifie pas «parfait». On trouve dans l’eau toute une palette de produits chimiques à l’état de traces (métaux lourds, pesticides, médicaments). Et bien sûr les célèbres nitrates.

Face à ça, la population (et l’eau!) ne sont pas traités de la même manière. Dans les villes, et notamment les grandes villes, les volumes consommés permettent un suivi permanent de la qualité des eaux de distribution (En Ile de France, le SEDIF revendique plus de 250 000 contrôles annuels sur les sept départements qu’il couvre). En revanche, dans les petites communes, les contrôles ne sont effectués que quelques fois par an. Résultat, l’eau peut allègrement dépasser les limites réglementaires de qualité sans qu’on le sache: si les contrôles sont effectués en dehors des périodes d’épandages de purin, ou de pulvérisation de pesticides, par exemple, les pic de pollution ne sont jamais détectés. Quand aux médicaments, la plupart ne sont pas recherchés, qu’on soit en ville ou à la campagne.

L’excellent Marc Laimé le rappelait hier dans les colonnes des Eaux glacées du calcul égoïste, l’annonce de la campagne a mis les industriels de la flotte dans tous leurs états. Et bien évidemment, les vendeurs d’eau plastifiée trinquent à grande bulles depuis mardi. Il faut dire que le WWF leur a filé un sacré coup de main, en rappelant au passage les vertus des eaux minérales naturelles et des eaux de source.

Du coup, plusieurs ONG ont grincé des dents. Dans un communiqué commun qui évite néanmoins la polémique, France Nature Environnement, Agir pour l’environnement et l’Association pour le contrat mondial de l’eau (ACME), ont rappelé mercredi que les eaux embouteillées ne sont pas toujours vierges de pollution, citant deux études scientifiques parues en 2006 et 2008 qui montraient par exemple que l’on peut trouver 95 à 165 fois plus d’antimoine (un métal toxique) dans de l’eau en bouteille que dans celle du robinet. Sans compter la présence de bisphenol A dans le polycarbonate des bonbonnes réutilisables des fontaines d’eau en entreprise. Et bien évidemment, le lourd tribut énergétique, environnemental et climatique lié à l’usage de plastique et à l’insuffisance de son recyclage. «En matière de polluant, on ne trouve que ce que l’on cherche. Dans ce contexte, il importe de ne pas sur-marchandiser l’eau en incitant à consommer de l’eau et des emballages et de se battre pour améliorer la qualité des eaux. Si plus personne ne buvait l’eau de distribution publique, on pourrait craindre le pire pour la préservation de la qualité de la ressource», a expliqué Bruno Genty, le vice-président de France Nature Environnement, dans le communiqué commun.

Pour réduire notre exposition, le WWF préconise de filtrer l’eau du robinet. A l’aide de carafes adhoc ou de systèmes de filtres installés sur le circuit domestique de l’eau. C’est souvent très efficace pour les métaux lourds, certains pesticides et les nitrates, et les résidus chlorés venus du traitement de l’eau. L’eau a un goût moins prononcé, le café est meilleur, et le thé ne forme plus cette drôle de pellicule à la surface de nos tasses. Mais la généralisation des filtres susciterait aussi un problème environnemental lié au devenir des cartouches usagées. Le plus simple, ce serait peut-être que ces filtres soient installés directement dans les usines de flotte. Mieux, on pourrait peut-être se calmer sur les pesticides et l’azote dans les campagnes et les jardins français. Il parait que je suis idéaliste…

Pour en savoir plus

• Vous pouvez aussi lire (et écouter) Monique Chotard, directrice du Centre d’informations sur l’eau (Cieau), l’organisme de propagande des distributeurs d’eau du robinet, sur le site du Monde.
La campagne lancée la semaine dernière par le MDRGF sur les pesticides.
• Le dossier sur l’eau du robinet, sur le site du ministère du toutim écologique (à noter son dynamisme: la dernière actualisation affichée aujourd’hui remonte à février 2007, avant l’élection du petit Nicolas).

La maladie de Parkinson au bout de la sulfateuse

Epandage de pesticides © MDRGF

Epandage de pesticides © MDRGF

Depuis le milieu des années 90, plusieurs études avaient montré que la maladie de Parkinson est un peu plus fréquente dans les zones rurales que dans les zones urbaines. Notamment une étude conduite à Taïwan sur les conséquences d’une exposition au paraquat. Et on savait aussi que la Roténone, un insecticide utilisé —même en agriculture biologique— provoquait les signes de la maladie chez le rat (2).

Cette fois, l’étude pilotée par Alexis Elbaz (1) a comparé un groupe de 224 patients atteints et un autre, de 557 non malades. Tous sont affiliés à la Mutualité agricole. Pour chacune des personnes, les chercheurs ont reconstitué l’exposition aux pesticides, en tenant notamment compte des quantités utilisées, de la méthode de dispersion et des molécules employées. Pour les insecticides organochlorés (chlordécone, lindane, DDT…) le risque de contracter la maladie de Parkinson est multiplié par 2,4 par rapport à la population témoin. Avec un risque d’autant plus élevé que l’exposition a été longue. Au total, 29 pesticides ont été étudiés.

On l’oublie souvent, mais ce n’est pas le consommateur le plus exposé aux pesticides. C’est d’abord l’agriculteur, notamment dans les pays du sud où la formation et les normes sont très en deçà de ce qui se pratique en Occident. Il faut dire que pour épandre le paraquat sans prendre de risque, il fallait une combinaison de type NBC… Il n’y a qu’à aller voir dans les serres à fleurs du tiers-monde pour comprendre ce que notre consommation inflige aux populations. Et visiblement aussi, dans nos vertes campagnes hexagonales…

Tout ça rappelle de drôles de souvenirs: en 2003, la France avait pesé pour prolonger l’autorisation du paraquat en Europe (3), contre l’avis de ses experts toxicologues. Pour éviter aux agriculteurs des Antilles de devoir trouver un produit de substitution? Ou pour éviter une nouvelle déconvenue à Syngenta déjà secoué à l’époque par l’interdiction de l’atrazine et de la simazine …

(1) Inserm, Université Paris VI, Université Paris XI, InVS, Mutualité sociale agricole et Université de Chicago. A paraître dans Annals of neurology.
(2) Agriculture Environnement, du 1er décembre 2006.
(3) Sur cette affaire du paraquat, lire «La mort au bout de la sulfateuse», de Corinne Bensimon, qui avait fait l’Evénement de Libération le 25 novembre 2003. Et l’extrait du bouquin de Nicolino et Veillerette «Pesticides, révélation sur un scandale français» (Fayard, 2007).

Du sucre, et la termite disparut

Nous ne sommes pas les seuls à imaginer des politiques de santé publique. Les termites, ces parasites bouffeurs de maisons, tapissent les parois de leurs nids d’une substance qui inhibe les agresseurs potentiels, qu’ils soient bactéries ou champignon. Mais on connaît désormais leur cheval de Troie: un spray de sucre brise ce système immunitaire, et ouvre la voie aux ennemis de la termite. Une découverte qui laisse penser qu’on pourra combattre une foule de pestes à pattes sans disperser des pesticides.

On se croyait malin en inventant la moustiquaire imprégnée pour zigouiller les moustiques et prévenir le paludisme. Mais la termite a inventé le principe depuis un paquet de temps. Elle fabrique à tour de pattes —ou plutôt de cellules— une protéine qui détecte la présence d’agresseurs dans son organisme et les détruit. Et pour parfaire son système immunitaire, la salive de termite dépose cette même protéine partout dans le nid. Dès que des pathogènes pénètrent, ils sont repérés et zigouillés. Et la termite peut proliférer sans être inquiétée.

Coup de bol, découvrent des chercheurs, ont peut facilement inhiber les propriétés de cet étonnant système immunitaire à l’aide d’une molécule dérivée du sucre. Un coup de spray, et il s’effondre. Bactéries et champignons opportunistes ont tout le loisir de décimer les pestes. Le sucre pourrait être imprégné dans les matériaux de construction, ou les engrais, pour lutter contre ces satanées bestioles.

Le plus fort dans tout ça, c’est que ce mécanisme immunitaire se retrouverait aussi chez d’autres insectes nuisibles, et notamment les terribles criquets pèlerins. On pourrait donc lutter contre leurs invasions sans se ruiner et sans se polluer. On pourrait, car il reste un détail qui tue. S’il est semble aisé de tester ça en laboratoire, personne n’a encore imaginer une méthode de dispersion efficace. Au boulot!

Les producteurs de raisin de table n’aiment pas qu’on parle des pesticides

© Scott Bauer (USDA)

© Scott Bauer (USDA)

Alors celle là, elle est bonne. La Fédération Nationale des Producteurs de Raisin de Table traîne une ONG devant la justice pour dénigrement parce qu’elle avait osé publier une étude sur la teneur de ses produits en pesticides. Les producteurs réclament rien moins qu’un demi million d’euros au Mouvement pour le droit et le respect des générations futures… Plusieurs ONG se sont donc regroupées pour organiser la défense de cette précieuse association, sous la bannière d’Ensemble pour les générations futures, qui a fait son coming out mercredi.

Un petit résumé de l’histoire, que je vous avais racontée, soulignant les forces et les faiblesses du rapport d’étude. Fin novembre, après le boom de consommation de raisin donc, cinq ONG européennes, dont le MDRGF, publient leur enquête sur les pesticides dans le raisin de table. A l’échelle des cinq pays (France, Italie, Pays-Bas, Allemagne et Hongrie), 123 des 124 échantillons de raisin analysés contiennent des pesticides, avec une moyenne de 8,5 substances pour chacun des 25 échantillons étudiés en France. Ce qui est normal puisque l’usage de phytosanitaires est autorisé —et encadré— dans l’Union européenne, et que le raisin —une culture fragile— est abondamment soigné par l’agrochimie. Détail qu’il n’est pas inutile de rappeler: deux raisins testés en Italie contenaient des substances interdites dans l’UE.

En février, donc, les producteurs de raisin de table passent à l’offensive en assignant le MDRGF en justice. Leur fédération estime que la présentation de l’étude était tendancieuse, et qu’elle a fait baisser les ventes de raisin. Ventes qui, quand l’étude est sortie, étaient en mortes eaux puisque le gros du raisin se vend en saison, et c’est très bien comme ça! Bref, si la vente de raisin a baissé en 2008 à cause de l’étude, cette mévente ne serait qu’un tout petit pépin économique pour des producteurs qui avaient d’autres grains à moudre, et pour cause.

En fouillant un peu le site de statistiques de notre ministère agraire, je n’ai pas trouvé de chiffres sur les ventes de raisin français. Mais elles ont fortement baissé l’an dernier, et pour cause: la récolte française était de 43 375 tonnes en 2008 (chiffres provisoires, dixit le ministère) contre 54 191 tonnes en 2007, en raison d’une forte baisse de productivité. Ça doit être les syndicats des pieds de vigne qui, lassés d’êtres aspergés de chimiqueries et endoctrinés par les dangereux écologistes, ont décidé de faire la grève du rendement… Qu’attend la Fédération pour briser ces ceps en grève?

Le maquillage a du plomb dans la crème

Pourquoi diable les industriels ont-ils besoin de mettre des substances toxiques dans les produits cosmétiques? Au Canada, des contrôles conduits par les autorités sanitaires ont relevé la présence de plomb, d’arsenic, de mercure ou de cadmium dans des peintures de maquillage pour enfants… Certains, vendus sous la marque Disney, ont été rappelés fin janvier dernier.

Aux Etats-Unis, en 2007, une trentaine de rouges à lèvres avaient été testés pour le compte d’une ONG, et six sur dix contenaient du plomb. Non pas des produits bas de gamme fabriqués en Chine comme on le dénonce souvent hâtivement… Des rouges haut de gamme en contenaient, tandis que des produits à bas prix en étaient totalement exempts. L’administration américaine a été saisie, mais un an plus tard, elle n’a toujours rien conclu de ses propres essais. Quand aux administration européennes, c’est comme si elles n’existaient pas. Les cosmétiques sont des produits mondialisés, mais apparemment, le plomb qu’ils contiennent doit se désintégrer en traversant l’Atlantique. Tout comme le bisphenol-A des biberons en plastique et j’en passe.

L’existence de produits « propres » démontre bien qu’il existe des alternatives à l’emploi de substances toxiques. Et comme tout le monde s’en fiche, les industriels font la pluie et le beau temps. Il faudra qu’on m’explique à quoi sert le plomb dans un rouge à lèvres ou du mercure dans une peinture de visage… On n’en est plus à l’ère du blanc de céruse!

NB. Je vous propose un petit cocktail toxique. Lisez d’abord le papier d’Isabelle Delannoy sur le rapport de la Répression des fraudes (DGCCRF) à propos des résidus de pesticides. Ensuite lisez ce texte édifiant sur le démantèlement de la Répression française des fraudes. Agitez, et vous avez un générateur de frissons!

Statistiques de coin de table pour le raisin de table.

Vous vous en doutiez? Il y a des pesticides dans les fruits qui ne sont pas bio. Quelle surprise! Cinq organisations s’étaient associées pour une campagne de prélèvements et d’analyses de 124 échantillons raisin de table vendu dans cinq pays de l’UE (France, Italie, Pays-Bas, Allemagne et Hongrie). (1) Elles ont trouvé des substances dans 123 des 124 échantillons. Les raisins provenaient de Turquie, Italie, France, Grèce et Espagne. Dans 20% d’entre eux, il y avait dix pesticides ou plus. On imagine les agriculteurs dansant autour de leurs vignes avec leur brumisateurs… Un ptit coup d’endosulfan, et hop, si j’ajoutais du fénitrothion… Allez, un zeste de deltaméthrine pour la route!

Dans les 25 échantillons de raisin vendus en France, une moyenne de 8,5 substances différentes. Jusqu’à seize substances dans la même grappe, c’est chouette non? Sans compter la présence d’un neurotoxique organophosphoré, considéré comme modérément toxique par l’OMS, le fénitrothion présent jusqu’à un niveau cinquante-neuf fois supérieur à la valeur admissible… Il est très efficace contre le moustique, ce qui le fait utiliser contre le chikungunya à La Réunion.

Et bien évidemment, sans cela cette enquête serait peut-être passée inaperçue, deux échantillons de raisin italien contenaient des pesticides interdits dans toute l’Union européenne. A se demander ce que peuvent bien faire les autorités françaises et italiennes au lieu de tester les produits alimentaires. Au mieux les viticulteurs italiens ont écoulé des vieux stocks, au pire il existe au trafic de substances interdites…

Une petite remarque cependant sur la teneur du communiqué du MDRGF: afficher des courbes donnant des moyennes par enseigne tout en précisant que le nombre de prélèvements pour chacune est peu significatif relève d’une certaine incompétence sur les statistiques. Quand une donnée n’a pas de sens, on ne la publie pas.

Il en va de même sur les bons points accordés à l’enseigne Lidl, qui reposent là aussi sur des données bien trop faibles pour être valides. Et c’est là même chose sur les moyennes de pesticides par origine de culture. A la décharge du MDRGF, certains de ses collègues européens ne se sont même pas encombrés d’un avertissement statistique…

Bon, il reste que je fais bien de ne pas manger de raisin. Et que l’on ne s’y trompe pas, à le laver on enlève quelques trucs, mais il reste les produits insolubles et ceux qui ont pénétré dans la chair. Là, aucune indication dans cette étude qui était pourtant nécessaire. Même si quelques ptites zanalyses sur du raisin bio auraient permis de se faire une idée…

(1) En France, c’est le Mouvement le Droit et le Respect des générations futures qui s’y est collé.

Image: Julie 70 – Creative Commons

Monsieur le président…

Monsieur le Président,

Je vous fais une lettre, que vous lirez peut-être, si vous avez le temps… Il y a six mois, j’avais lancé un appel dans ces colonnes pour qu’enfin cesse cette insoutenable indifférence.

Je ne vous parlerai pas ici de lutter contre le réchauffement climatique. Vous y avez renoncé, d’ailleurs ça vous a toujours fait marrer, vous le Hérault de la dépense de carbone. Je ne vous parlerai pas de sauver les maisons qui brûlent, votre ami de dix ans vous a brûlé la politesse il y a une demi-douzaine d’années. Je ne vous parlerai pas d’automobile, vous avez fait ce qu’il fallait pour protéger notre Industrie Nationale (lire hier). Vous êtes de toutes les façons trop occupé à sabrer dans le paquet-énergie européen et à faire plaisir à vos amis polonais et italiens (n’y voyez aucune allusion, merci).

Non, la nation est en danger. L’un des derniers animaux que nous autres, urbains, pouvons côtoyer dans la grisaille du bitume (et parfois au rayon fromage de chez Ed), est gravement menacé. Evidemment, les français vous ont offert un petit coin de verdure en plein cœur de Paris, alors vous ne pouvez pas comprendre. Faites un effort. Regardez-bien le croquis ci-joint.

Je viens d’écouter une interview sur le site du Guardian. Vous savez, un journal du pays de votre nouvel ami Charles, prince de son état, avec qui vous avez dîné il y a peu de temps en votre beau palais. Le verdict scientifique est formel. D’ailleurs, je le confirme: sur la rambarde de ma fenêtre je ne vois et n’entends que pigeons et corbeaux.

Oui, monsieur le Président. Le moineau, l’ami fidèle, est désemparé. Il se meurt même. Pas partout, fort heureusement. Mais dans certains des arrondissements de vos amis, c’est l’hécatombe. Et dans le mien, pas d’étude récente, mais le sentiment d’avoir perdu de chers compagnons.

Le coupable, du moins au pays de Charles-trop-vieux-pour-être-roi, ce sont les pesticides. Enfin on le croit puisque les petits moineaux n’ont plus d’insecte à se mettre dans le bec. C’est sans doute le cas chez nous aussi. Comme d’autres avaient en leur temps décrété l’antibiotique ennemi national —avec succès— signez le décret qui boutera le phytosanitaire hors de France. Vous pourrez alors vous féliciter d’avoir sauvé le moral urbain, et la santé paysanne.

De grâce, ne rejetez pas la faute sur not’bon maire parisien. Il doit déjà cuver sa déception de ne pas avoir été l’homme qui gomma Ségolène. Oubliez les ours, les loups, les OGM et autres écolo-nucléocrates qui se chamaillent à tout-va. Provoquez le sursaut national pour que le moineau hexagonal renaisse de ses cendres. Adhérez à l’Otan, l’Organisation pour le traitement (équitable) des animaux nationaux.