Plus froide, ou plus chaude, notre Terre?

Par Denis Delbecq • 7 mai 2009 à 12:13 • Categorie: A la Une
© Denis Delbecq

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Depuis dix ans, la température de la planète n’augmente plus. Cette réalité sert d’ailleurs de principal argument aux détracteurs du réchauffement climatique. Face à cela, les climatologues répondent systématiquement que cette pause reste dans les limites connues de la variabilité naturelle de notre climat. Deux chercheurs américains, ont tenté de creuser le sujet. Ils publient leurs résultats dans la revue Geophysical Research Letters (1). Ils renvoient les négationnistes du réchauffement dans leur cordes en montrant que de précédentes périodes de variation « sans tendance » de la température terrestre n’ont pas empêché la tendance de fond d’un réchauffement de notre climat.

Ce qu’essaient de dire Easterling et Wehner, c’est qu’on n’apprécie pas une évolution à long terme en zoomant dans les courbes. De la même manière que depuis 1998, la température terrestre semble avoir suivi une courbe erratique, des évolutions analogues sont observées sur 1977-1985 et sur 1981-89. Et pourtant, il faisait environ 0,4°C plus chaud l’an dernier qu’en 1976, comme le montre la courbe ci-dessous (2).

Evolution de la température de la Terre depuis 1975 © Easterling-Wehner/GRL

Evolution de la température de la Terre depuis 1975 © Easterling-Wehner/GRL

Cette courbe montre bien que l’évolution du climat ne peut être ramenée à un coup de loupe sur telle ou telle période, pas plus qu’il n’est utile de s’adresser à un climatologue pour savoir si tel épisode meurtrier de canicule est provoqué par le réchauffement.

Easterling et Wehner ne se sont pas arrêtés au passé. Ils ont aussi exploré ce que nous disent les modèles de simulation pour le siècle en cours. Ou plus exactement un modèle puisqu’ils ont évité d’agglomérer les résultats de plusieurs simulations (ce que fait l’IPCC pour établir sa fourchette de prévision): le moyennage lisse les courbes et ne permet pas de voir les évolutions sur de courtes périodes. Les deux chercheurs se sont donc appuyés sur le modèle Echam5 et montrent que la hausse d’ici 2100 ne se fera pas de manière continue, mais par une évolution en dents de scie jusqu’à atteindre 4 degrés de plus qu’avant la révolution industrielle. Une évolution dans laquelle ont peut également découvrir, en zoomant, des périodes pour lesquelles une stabilité, voire une baisse des températures, apparaissent, sans changer le verdict à long terme.

Parmi les explications avancées à la stabilisation (à un niveau élevé) de la température de la planète depuis dix ans: le fait que 1998 avait connu une forte hausse en raison d’un épisode El Niño intense (il n’y en a pas eu de tel depuis), et une faible activité du soleil, qui, en 2008, a atteint son niveau le plus bas enregistré depuis un siècle. On devrait en savoir un peu plus dans quelques années, puisque les premiers signes de l’agitation solaire ont été repérés par un télescope de la Nasa.

(1) Geophysical Research Letters, 36, L08706, doi:10.1029/2009
(2) Tirée des travaux de Smith et al., Geophysical Research Letters, 32, L14712, doi:10.1029/2005

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