Chasser l’extraterrestre peut conduire au chômage

© Denis Delbecq

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Laisser un ordinateur allumé 24/24 peut coûter cher. Brad Niesluchowski, qui gérait le parc informatique d’un lycée d’Arizona, a été contraint de démissionner. Son crime? Avoir installé une copie du programme SETI@Home sur les cinq mille ordinateurs de son employeur… Selon les responsables du lycée, ces milliers de machines bossaient depuis dix ans, 24h/24, au profit d’un projet qui n’est pas officiellement soutenu par l’institution: la chasse aux extra-terrestres. Plus d’un million de dollars auraient ainsi été perdus en énergie, pièces détachées et remplacement d’ordinateurs.

Un peu d’histoire pour ceux qui n’ont pas vu l’épatant «Contact» de Robert Zemeckis (1997), et/ou qui ne connaissent pas le SETI. A Porto-Rico, un radio-télescope espionne les ondes radio venu d’outre-Terre, dans l’espoir d’y déceler la présence d’un Cauet extrasolaire. Et faute de budget, les responsables du SETI ont diffusé, dès 1999, un programme qui s’installe comme économiseur d’écrans sur n’importe quel ordinateur. Ce SETI@Home récupère des données, et les analyse pour déterminer s’il y a quelque chose dans le bruit de fond de l’univers. En 1999, le projet avait fini par trouver… une peluche, une image d’ALF déposée sur le site du SETI par un hacker malicieux. L’histoire s’était même retrouvée imprimée, sous ma plume, en première page du Monde.

Niesluchowski est devenu une sorte de star dans la communauté du SETI. Des classements sont organisés, pour distinguer les plus généreux contributeurs. D’ailleurs, un responsable du SETI a même pris la défense du pauvre chercheur d’extraterrestres licencié, expliquant que le projet n’est pas une farce coûteuse mais de la vraie science. Mais il me vient une question. Sachant que ce responsable ayant si généreusement volé au secours du pirate des temps de calcul est haut-responsable chez Microsoft, tous les utilisateurs de Windows ne contribuent-ils pas, à leur insu, à la chasse aux martiens? Vite qu’on publie le code-source que chacun puisse vérifier!

Comme je l’ai déjà écrit, le calcul distribué est une formidable invention. Mais elle est pourvue d’un redoutable effet secondaire: alors qu’un centre de calcul bien ordonné peut limiter son impact énergétique, la somme de milliers d’ordinateurs bénévoles démultiplie la consommation d’énergie. Et aux Etats-Unis du moins, les ordinateurs roulent majoritairement au charbon. Vous savez, ce serial-killer dont peu de gens parlent…

Des milliards pour le train… ou pour le charbon?

Il est de bon ton de se féliciter des investissements engagés par le milliardaire américain Warren Buffet dans le rail. Celui qui a parfois été baptisé l’oracle d’Obama veut s’offrir Burlington Northern Santa Fe, l’un des plus grand opérateurs de chemin de fer aux Etats-Unis. Mais The New Republic pose une bonne question: et si Buffet ne pariait pas plutôt sur le charbon? Non que les locomotives américaines roulent encore à la vapeur. Elles se contentent généralement de pétrole. Mais BNSF transporterait aujourd’hui environ 20% du charbon utilisé pour la production d’électricité aux Etats-Unis. Sans oublier, rajoute TNR d’un ton malicieux, que le milliardaire le plus écouté des Etats-Unis aurait la faiblesse de posséder des parts dans le business du charbon…

Le charbon, champion des coûts cachés aux Etats-Unis

© Denis Delbecq

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Voilà qui devrait éclairer sous un jour nouveau le débat qui occupe le Sénat américain, à propos de la loi climat proposée par l’administration Obama: un rapport de l’Académie américaine des sciences estime que les centrales à charbon américaines recèleraient plus de 62 milliards de coûts cachés pour l’environnement, compte non tenu de l’impact de ces usines sur le climat. Un «résumé» en… 358 pages en donne les principaux éléments (1).

Le rapport rappelle que 48,5% de l’électricité américaine provient toujours du charbon, contre 21,3% pour le gaz et 19,6% pour le nucléaire. Les énergies renouvelables représentent 6% pour l’hydroélectricité, et 3% pour les autres sources.

Le charbon représenterait donc à lui seul 62 milliards de dollars de coûts cachés, en raison de la pollution qu’il suscite, et de ses conséquences. Avec des écarts considérables d’une centrale à l’autre, suivant son degré d’équipement antipollution. Rapporté au kilowatt-heure, ce coût environnemental oscille dans une fourchette de 0,005 dollars/kWh à 0,12 dollars/kWh, avec une moyenne à 0,032 $/kWh. Selon les auteurs du rapport, le recours croissant au charbon devrait s’accompagner d’une baisse de ces coûts cachés, à 0,017 $/kWh en 2030, en raison du durcissement des normes sur les rejets d’oxydes d’azote, d’oxyde de soufre et de particules.

Le gaz, qui fournit deux fois moins d’électricité que le charbon aux Etats-Unis, affiche un coût environnemental global 80 fois plus faible. Ramené au kilowatt-heure, il s’élèverait à 0,0016 $/kWh (de 0,01 à 0,0005 $/kWh suivant les installations).

Pour le nucléaire, troisième source de production d’électricité aux Etats-Unis? On ne le saura pas. Les experts font l’impasse, soulignant que ces coûts cachés sont probablement beaucoup plus faibles. Il expliquent qu’un tel calcul aurait demandé des modèles de risques pour chacun des 104 réacteurs nucléaires américains, ainsi qu’une analyse du cycle du combustible usé, «ce qui aurait réclamé beaucoup plus de ressources et de temps que disponible pour le présent rapport». Sur ce point, donc, le nucléaire américain conservera sa part de mystères. Ce sera aussi le cas pour les énergies renouvelables, dont l’impact est jugé très faible, mais demandera à être «réévalué» au fur et à mesure que leur taux de pénétration s’accroit dans le mix énergétique américain.

Sur la production de chaleur, le résumé est succinct: les auteurs relèvent qu’elle reposent essentiellement sur l’usage du gaz, et donc avec des coûts cachés bien inférieurs à ceux de l’électricité qui repose pour près de moitié sur le charbon.

Plus intéressant est le détail donné pour le secteur des transports: les véhicules «légers» pèseraient 36 milliards de dollars de coûts cachés, contre 20 milliards de dollars pour les camions. Chaque kilomètre parcouru en voiture et petits utilitaires masquerait entre 0,75 cents et 1,1 cents de dommages environnementaux, toujours en terme d’impact des rejets de SO2, d’oxydes d’azote et de particules.

A noter un point important: l’éthanol de maïs américain, mélangé à 15% dans le carburant E85, ferait peser autant «ou légèrement plus» de dommages que l’essence utilisée seule, en raison de l’énergie nécessaire à la production agricole et à la fabrication de l’alcool. Un constat valable autant pour 2005 que pour 2030, selon le rapport. De ce point de vue, la voiture électrique ne devrait pas changer grand chose, même dans une vingtaine d’années. Les auteurs soulignent que l’essentiel de l’électricité qu’elle utilise et utilisera provient de sources fossiles. Ils ajoutent que la production des moteurs et des batteries alourdira la facture environnementale des voitures électriques aux Etats-Unis (2). Bref, la véritable voiture propre n’est pas près de voir le jour. Comme on le dit souvent, une voiture propre c’est un véhicule qui ne roule pas…

(1) Etrangement pour un document émanant d’un «service public», de rapport consacré aux coûts cachés de l’énergie est certes lisible sur internet, mais au prix d’une lenteur insoutenable. Il faut payer pour disposer d’un fichier électronique complet au format PDF.

(2) Un constat qui n’est évidemment pas valable dans un pays comme la France, où l’immense majorité de l’électricité provient de sources, le nucléaire d’abord et l’hydroélectricité, qui ne rejettent ni SO2, ni oxydes d’azote, ni particules.

Atmosphère, vous avez dit atmosphère?

Edifiant. Le papier est court, le propos clair, le lecteur que je suis en a eu le cheveu hérissé. Je ne vous refais pas l’histoire, mais le géant allemand E.On a été défait en justice outre-Rhin, et devra abandonner la construction d’une centrale à charbon de 1050MW —voire même, si j’ai bien compris, démolir ce qu’il a déjà construit à renforts de centaines de millions—. Mais le plus étonnant, ce n’est pas cette histoire de cornecul. C’est l’interview que le Spiegel publie mardi de Stephan Kohler, le patron de l’Agence allemande de l’énergie. Il regrette le jugement, arguant que cette centrale neuve aurait émis moins de CO2 que les vieilles usines (ça reste à prouver) alors que l’Allemagne a décidé de sortir du nucléaire. Pas simple d’être écolo et antinucléaire en Allemagne, c’est vrai.

NB. J’en vois déjà qui me diront « Tu joues un jeu dangereux », comme il y a peu à propos du papier sur le yoyo sur le climat. Mais j’ai beau être antinucléaire de naissance, ça ne m’empêche pas de m’interroger sur les contradictions de ma propre pensée.

Le nucléaire tuerait plus d’oiseaux que les éoliennes

Pour ceux qui croient encore que les éoliennes sont dévastratrices pour les oiseaux et les chauve-souris, je vous conseille la lecture d’un papier de l’universitaire américain Benjamin Sovacool (Virginia Tech). Il a passé en revue plusieurs centaines d’études sur la question de l’impact des centrales électriques sur les populations volantes et donne des chiffres surprenants. Aux Etats-Unis, les fermes éoliennes tueraient 0,27 oiseau par gigawatt-heure produit, près de vingt fois moins que les centrales qui brûlent des carburants fossiles… (1)

Ce calcul reste sujet à caution, puisque Sovacool explique qu’il tient compte de l’impact des pluies acides, des rejets de mercure, de la destruction des espaces naturels par les mines de charbon à ciel ouvert, et même du réchauffement climatique. Autant d’éléments difficiles à évaluer.

Le nucléaire ferait beaucoup mieux que le charbon, mais une fois et demie plus de victimes par unité d’électricité produite que les éoliennes (essentiellement dans les activités d’extraction de l’uranium). Sovacool raconte qu’en 1982, en deux nuits, trois mille piafs se sont écrasés sur les tours de refroidissement d’une centrale nucléaire de Floride. A quand des manifs de cigognes contre les EPR?

(1) Article à paraître dans Energy Policy, et disponible en ligne.

La Grande-Bretagne relance ses émissions de gaz à effet de serre

© Denis Delbecq

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Le charbon fait son grand retour dans le mix énergétique britannique. Le gouvernement a annoncé qu’il donnera son feu vert à la constructions de nouvelles centrales électriques à houille, une première depuis trente ans. Il pilotera la création d’un ensemble de quatre ou cinq centrales sur la côte est du royaume, pour un total de 2500 MW. Aucune ne devrait voir le jour avant 2015.

Du charbon dans l’un des pays qui a le plus milité en faveur de la lutte contre le réchauffement climatique? Du côté de Greenpeace UK, on semble avaler la couleuvre tout en promettant de continuer à combattre le charbon, explique le Guardian. Car le secrétaire d’Etat au changement climatique a remporté une sorte de victoire face aux partisans de l’indépendance énergétique britannique: chaque nouvelle centrale devra capturer au moins 25% du gaz carbonique qu’elle émet pour qu’il soit enfoui dans des puits en Mer du Nord. Le coût de la capture et de la séquestration (estimé à un milliard d’euros par centrale) sera financé par une hausse des tarifs de l’électricité britannique.

Donc, Londres espère se faire le chantre du charbon propre. Pour damer le pions aux chinois et aux américains. Mais ce choix est un sacré camouflet pour les milliers de chercheurs qui travaillent dans le monde sur la question du réchauffement. Et pour les négociateurs qui passent leurs jours et leurs nuits à expliquer à la Chine et l’Inde que le charbon est un mauvais choix. Pour chaque tonne de carbone capturée et séquestrée dans ces nouvelles centrales britanniques, trois tonnes iront directement dans l’atmosphère…

Finalement, Londres nous fait le même coup que les fabricants de téléviseurs. On nous vent du « Clean-ready » avant de nous expliquer que c’est pas encore du « Full Clean » (1). A la différence qu’une télé ne tue pas grande monde, alors que le charbon est le plus grand serial killer de l’histoire de l’humanité…

(1) Londres a fixé un ultimatum à 2025 pour atteindre les 100% de capture-séquestration.

Un voile levé sur la radioactivité du charbon et des engrais

Brûleurs à charbon d'une centrale thermique classique © La médiathèque EDF / Raymond de Seynes

Brûleurs à charbon d'une centrale thermique classique © La médiathèque EDF / Raymond de Seynes

A force, on finira par en savoir un peu plus sur les conséquences de l’usage du charbon, et en particulier sur la radioactivité que diffusent ses cendres dans l’environnement. L’association Robin des bois a remis début avril la longue étude que lui avait commandé l’Autorité de sûreté nucléaire (1). Une plongée dans un univers méconnu qui ne se limite pas, loin s’en faut, aux aspects radiologiques des cendres de charbon.

Le minerai est un véritable cocktail de produits radioactifs. On y trouve notamment du potassium 40, du radium 228, du thorium 232, mais aussi du polonium 210, du plomb 210 et de l’uranium 238. Avec des variations spectaculaires d’un gisement à l’autre, et même dans un même gisement. Dans certains minerais, comme en Croatie, la radioactivité du charbon atteint 1000 Becquerels par kilogramme. C’est relativement peu, puisqu’un être humain émet à lui seul 7-8000 Bq (notamment par la radioactivité du potassium 40 et du carbone 14 contenu dans le corps). Mais la combustion du charbon concentre fortement la radioactivité dans les cendres: elle est multipliée par 7 à 10, explique le rapport de Robin des bois.

De fait, une centrale à charbon expose le public vivant dans un rayon d’un kilomètre à une dose individuelle d’un micro-Sievert par an (1). En moyenne, les français sont soumis à une irradiation ambiante de 3,5 milli-sievert par an (radioactivité naturelle, effet des radiographies, retombées des essais nucléaires, etc.) Mais bien évidemment, ce sont les travailleurs qui opèrent dans les centrales à charbon qui sont les plus exposés: les ouvriers de maintenance des chaudières et les conducteurs d’engins sur les sites de stockage des cendres, même si leur exposition à la radioactivité liée au charbon reste inférieure à la radioactivité ambiante. Il n’existe aucune obligation de suivi radiologique, a expliqué EDF à Robin des bois: «l’activité des charbons ne fait pas partie des critères internationaux de caractérisation de ce type de combustible»

La France compte 47 centrales à charbon en activité d’une puissance supérieure à 50 MW. S’ajoutent 21 centrales qui ont été fermées ou qui sont passés au gaz. Chaque année, les centrales produisent 1,8 millions de tonnes de cendres, qui contiennent un savant cocktails de métaux lourds, peu recommandables pour la santé quand ils contaminent les nappes d’eau.

Même les engrais sont (un peu) radioactifs
L’étude de Robin des bois s’est aussi penchée sur la question des phosphates, qui contiennent des traces d’uranium, de thorium et de potassium 40, et des phosphogypses, des résidus de la fabrication d’acide phosphoriques. Certains phosphates de Caroline du Sud contiennent 10 000 Bq par kilogramme, dix fois plus que les charbons les plus radioactifs. Les tartres des tuyauteries des usines qui manipulent ces phosphates accumulent la radioactivité jusqu’à des niveaux de plusieurs millions de becquerels par kilogramme, posant un risque à long terme d’inhalation de produits actifs par les ouvriers de maintenance. L’exposition annuelle pour un agriculteur épandant 200 kg d’engrais phosphatés par hectare atteint jusqu’à 1 mSV, le tiers de l’exposition normale à la radioactivité ambiante.

Ces cendres sont souvent réutilisées, et apportent leur radioactivité aux matériaux qui les intègrent. En 2003, explique Robin des bois, ce sont par exemple 181 000 tonnes de cendres qui ont été utilisées dans les cimenteries. Il y a ainsi plus de 20 000 tonnes de cendres dans le béton de la partie souterraine de la gare du Nord, à Paris. On a construit ainsi des digues portuaires et des millions de poteaux électriques. Avec l’avantage de fixer les polluants contenus dans les cendres, à l’exception de la radioactivité, bien sûr. Autre technique de valorisation moins cool pour l’environnement, l’utilisation de cendres comme sous-couche pour les infrastructures routières. N’en déplaise à Dany Boon, l’autoroute A1 en contient 2 millions de tonnes entre Lille et Bergues. De même, des cendres sont utilisées pour leurs propriétés de drainage de l’eau sous les pelouses du Stade de France et du Parc des Princes, et même pour produire de la toile émeri.

La carte des dépôts de cendres de charbon en France © Robin des bois/ASN

La carte des dépôts de cendres de charbon en France © Robin des bois/ASN

La France dispose de nombreux sites de stockage historique des cendres: pas moins de 40 millions de tonnes sont réparties dans une quarantaine de centres, principalement dans le Nord-pas de Calais, la Lorraine et l’Île de France. Les plus gros sites se trouvent dans les Bouches-du-Rhône. A noter que l’Allemagne, gourmande en charbon devant l’éternel, ne dispose pas de tels stocks anciens, la réutilisation des cendres ayant depuis longtemps été aidée par les pouvoirs publics.

Bien évidemment, Robin des bois ne se contente pas de décrire en détail les caractéristiques et le devenir des cendres de charbon. Les auteurs du rapport énoncent une série de recommandations pour permettre un meilleur suivi de l’impact environnemental de ces déchets: contraindre par exemple les importateurs de charbon à conduire des analyses de radioactivité, sachant que les importations proviennent majoritairement de pays où les gisements sont réputés être les plus radioactifs (Pologne, Afrique du Sud, Australie). L’étude recommande aussi un suivi radiologique des dépots de cendres par un organisme indépendant du détenteur du stock, une révision de la réglementation sur la gestion des cendres de combustion, surveiller les rejets éventuels de radium et de métaux lourds dans les ressources aquatiques à proximité des centres de stockage et lancer des études pour déterminer une éventuelle contamination de la chaîne alimentaire. De même, Robin des bois préconise de revoir les procédures de démontage de certains éléments dans les centrales à charbon.

(1) IMPORTANT. La version en ligne sur le site de l’ASN a semble-t-il rencontré des problèmes d’encodage d’une unité d’exposition à la radioactivité, le µSV, dans la version PDF du document. Les micro-sieverts (µSv) apparaîssent comme des sieverts (un million de fois plus), à onze reprises dans le document. J’ai contacté Jacky Bonnemain, co-auteur du rapport, et lui ai adressé la liste des erreurs typographiques relevées. Robin des bois devrait transmettre d’ici quelques heures une version corrigée du rapport à l’Autorité de sûreté. Comme quoi, un problème d’encodage du caractère µ (micro) peut provoquer des écarts néfastes à la santé: si une dose annuelle d’un micro-sievert est sans effets biologiques connus, le sievert, lui, peut faire des dégâts!

L’Amérique Obamaniaque du charbon «propre»

Ainsi, Obama a parlé. Un propos assez offensif et centré sur les Etats-Unis, dans la grande tradition de ce pays. J’ai lu attentivement son discours, et lu aussi pas mal de commentaires dans les médias américains. Je ne vous parlerai pas du renflouement des banques ou de la sécurité sociale, d’autres le feront mieux que moi. En revanche, le long passage consacré à l’énergie mérite qu’on s’y arrête. Permettez-moi une traduction rapide de ses propos.

«(…) Nous savons que le pays capable de récolter la force des énergies propre et renouvelable dominera le 21e siècle. Et pour le moment, c’est la Chine qui a lancé le plus grand effort de l’histoire pour rendre son économie efficiente sur le plan de l’énergie. Nous avons inventé les technologies solaires, mais nous sommes derrière des pays comme l’Allemagne et le Japon sur le plan de la production. De nouvelles voitures hybrides sortent de nos usines, mais elle rouleront avec des batteries fabriquées en Corée.

Je n’accepterai pas un futur où les métiers et les industries de demain prendraient racine en dehors de nos frontières, et je sais que vous non plus. Il est temps pour l’Amérique de redevenir leader.

Grâce à notre plan, nous allons doubler notre production d’énergies renouvelables en trois ans. Nous avons aussi engagé l’effort de recherche le plus important de l’histoire de notre pays. Un investissement qui ne suscitera pas seulement des découvertes en matière d’énergie, mais des progrès spectaculaires en médecine, science et en technologie.

Nous allons bientôt poser des milliers de kilomètres de lignes électriques pour apporter une nouvelle énergie vers les villes de ce pays. Et nous mettrons les américains au travail pour rendre nos maisons et nos immeubles plus efficaces pour économiser des milliards de dollars sur nos factures d’énergie.

Pour vraiment transformer notre économie, protéger notre sécurité et éviter à notre planète les ravages du changement climatique, nous devons rendre profitables les énergies propres et renouvelables. J’ai demandé à ce Congrès de préparer une législation qui créera un marché de permis d’émissions pour la pollution au carbone et conduira à la production de plus d’énergies renouvelables aux Etats-Unis. Et pour soutenir cette innovation, nous investirons cinq milliards de dollars par an pour développer des technologies comme l’éolien et le solaire; les agrocarburants (1) avancés, le charbon propre et des voitures et des camions plus économes en carburant, ici, en Amérique (…)»

Comme je l’ai déjà écrit, c’est d’abord la sécurité énergétique qui motive la nouvelle équipe de la Maison-Blanche. Obama propose d’une certaine manière de démontrer au reste du monde qu’une économie décarbonée est plus rentable, plus productive et crée plus de croissance et moins de délocalisations. Mais il y a une drôle de contradiction dans ce discours. Obama a sombré dans le mythe du charbon propre, et n’a pas dit un mot de l’énergie nucléaire qui est —qu’on apprécie ou pas ce mode de production— la manière la moins carbonée de produire massivement de l’énergie. Pourquoi cette contradiction? Est-ce parce que les Etats-Unis considèrent qu’ils ont des réserves insuffisantes d’uranium pour l’avenir? Manque de confiance dans le savoir-faire local qui obligerait à dépendre de la technologie européenne? Ou bien parce que les oracles de l’énergie américaine considèrent qu’un développement massif du nucléaire serait trop coûteux, pas rentable? Plein de questions, et pas de réponse. A vos plumes!

(1) Comme c’est pas très bio l’essence végétale, j’ai pris la liberté de traduire biofuel en agrocarburants.

La vie quotidienne de l’ennemi numéro un

Beaucoup d’actualité ces derniers jours, sur le front du charbon. L’occasion de faire un point sur le minerai probablement le plus tueur de tous les temps.

On commence cette balade par la Grande-Bretagne. Là-bas, les écolos sont en colère contre James Hansen. Le climatologue de la Nasa a en effet refusé de s’associer à leur bataille contre l’extension de l’aéroport d’Heatrow. L’an dernier, Hansen avait aidé six activistes arrêtés outre-Manche pour avoir occupé une centrale à charbon du Kent. Mais cette fois, Hansen a décliné. En gros, il explique que quand un aéroport n’a pas assez de pistes, les attentes des avions en vol génèrent un surplus de consommation. (1) Et Hansen de réaffirmer que l’ennemi numéro un est le charbon. Ce qui n’est pas faux, d’autant que les avions ne volent (pas encore) au charbon.

Enfin, ça c’est vite dit. Parce que le Pentagone avait l’intention de faire voler ses chasseurs et bombardiers avec du carburant fabriqué à partir du charbon. Une manière de se préparer aux futures hausses de prix et tensions sur la fourniture en pétrole. Parce qu’après tout, la planète a peut-être déjà passé le pic pétrolier et si ce n’est pas le cas, il approche à grande vitesse. Bref, l’US Air Force se préparait doucement à ce que l’ensemble de ses avions puissent voler dès 2011 avec un mélange à 50-50 de carburants de pétrole et de charbon. Pas moins d’un million de litres d’essence de charbon ont été achetés en Afrique du sud (2).

L’US Air Force avait même prévu de construire sa propre usine de carburant de synthèse. On n’est jamais mieux servi que par soi-même. Pour le moment, le projet est abandonné, a annoncé le Pentagone. Non pas parce que ces carburants sont les plus générateurs d’effet de serre. Mais juste parce que le site choisi pour l’usine, une base nucléaire, risquait d’affaiblir la sécurité de la force stratégique américaine. A moins que les officiels de l’Air Force n’aient finir par découvrir que le prix du baril s’est effondré depuis cet été…

Une dernière pour la route, en Chine cette fois. La BBC expliquait dimanche que les autorités de Pékin s’inquiètent d’une hausse anormales des malformations chez les bébés. La hausse serait de 40% entre 2001 et 2006, avec 145 enfants malformés pour dix mille naissances. (3) Et la région la pire est, comme par hasard, la province minière de Shanxi. Il est bien sûr difficile de savoir si c’est bien la dégradation de l’environnement qui est responsable de cette hausse spectaculaire. Une meilleur détection des cas doit sans doute en expliquer une partie. Mais il reste que l’ boom du charbon en Chine n’est pas de bon augure. Pour les chinois, et pour le climat de la planète.

En Ukraine, le grisou a encore frappé, et les autorités dénombrent un mort et douze disparus après une explosion survenue dimanche, à plus de neuf cent mètres de profondeur. Vingt-quatre mineurs ont réchappé de la catastrophe. La mine avait été fermée samedi, pour violation des règles de sécurité, mais apparemment, l’exploitation n’avait pas cessé.

Au passage, une brève de l’édition africaine de la BBC qui explique que le Tchad a interdit de brûler du charbon de bois pour lutter contre le déboisement. Résultat, la population brûle tout ce qu’elle trouve (meubles, noix de palme, morceaux de charpente) et vit dans des fumées bien peu sympathiques pour la santé… A Dakar, le charbon de bois serait presque introuvable après une forte hausse des prix provoquée par la spéculation.

(1) Argument oh combien étrange puisque les pistes d’aéroports sont comme les routes. On en crée pour désengorger, le trafic augmente, et on se retrouve quelques années plus tard avec le même engorgement…

(2) Le pays est devenu leader à l’époque de l’ère de l’Apartheid et de l’embargo imposé par la communauté internationale qui l’empêchait d’acheter du pétrole.

(3) Je ne me risquerai pas à comparer cela avec la situation française ou ailleurs. Vu qu’il est impossible de connaître la différence des critères retenus par les différentes agences sanitaires de la planète. Si quelqu’un a des indications, je suis preneur. En revanche, l’évolution, pour un pays donné a un sens, si les méthodes de comptage n’ont pas changé entre temps.

Au pays des toros, l’effet de serre se porte bien

Le soleil et le vent, c’est bien, mais rien ne sera possible sans mettre la priorité sur l’efficacité énergétique. Ce credo, je vous l’ai souvent martelé. Mais cette fois, il sort de la plume d’une équipe de chercheurs qui s’est penchée sur l’avenir énergétique de l’Espagne. J’ai pu mettre la main sur leur papier, même si je ne peux le rendre public pour respecter les droits de l’éditeur (1).

Le mix de production d’électricité de notre ibère de voisin n’est pas durable. C’est la conclusion de Linares, Santos et Pérez-Arriaga, trois chercheurs de l’Université Pontifica Comillas, à Madrid. Ils ont soigneusement étudié les données de la production et de la consommation d’électricité, dessiné des scénarios pour le futur, et calculé leur effet sur les émissions de gaz carbonique, mais aussi sur l’indépendance énergétique de l’Espagne. Le pays pourrait réduire ses émissions liées à la production électrique de 37% d’ici 2020, tout en réduisant la dépendance vis-à-vis de l’étranger.

Un petit rappel, pour ceux, comme moi, qui ne connaissent pas le mix espagnol par cœur. L’électricité de nos voisins provient à 20% des barrages (suivant la météo, of course). Un petit tiers vient du nucléaire (30%), le charbon fournit 35% et le gaz 15%. Les énergies renouvelables (vent, biomasse, soleil) ne représentaient que 7% de la production électrique espagnole. Il y a deux semaines, le pays a sorti son chéquier pour acheter des droits d’émission représentant six millions de tonnes de gaz carbonique, et rentrer dans les clous de ses engagements liés à Kyoto.

Trois scénarios, donc, pour cette étude riche d’enseignements. Le premier, business as usual, on prolonge ce qui se fait aujourd’hui. Le second prévoit un renforcement des politiques actuelles, mais sans changements radicaux. Le troisième s’appuie sur une véritable politique d’incitation aux économies d’énergie et de développement des énergies renouvelables, soutenu par un prix élevé des permis d’émission de carbone, et le maintien de primes aux producteurs d’énergie verte. Le quatrième est une variante du précédent, avec au passage une baisse de 50% de la production nucléaire en une dizaine d’années. Les chercheurs ont aussi estimé la capacité d’investissement des producteurs de courant. (2)

Et alors, il accouche le blogueur? Désolé pour tous ces détails, mais comme nos lecteurs-experts vont les réclamer, autant les donner tout de suite. J’arrive aux résultats…

En 2020, les émissions totales du secteur électrique espagnol atteindraient 40 à 118 millions de tonnes de gaz carbonique suivant le scénario, contre 92 Mt en 2003. Si l’Espagne se contente de renforcer sa politique, ses émissions avoisineraient les 75 mégatonnes de gaz carbonique. En conservant son nucléaire, en investissant lourdement dans les économies d’énergie et dans les énergies renouvelables, ses émissions diminueront jusqu’à 40 millions de tonnes de CO2. Et dans le même scénario, mais en fermant la moitié de la capacité de production nucléaire, l’Espagne afficherait 50 mégatonnes, le nucléaire étant compensé par du gaz. Dans ces deux cas, les espagnols devraient payer leur électricité 22% plus cher.

Bref, selon nos quatre chercheurs, l’Espagne —et doit— renforcer ses capacités d’énergies renouvelables (et la cogénération) tout en investissant pour réduire la consommation. Commencer une sortie du nucléaire dans l’intervalle amputerait la baisse des émissions de dix points entre 2003 et 2020 (qui passerait de 56% à 46%). Pour être complet, les chercheurs auraient du prévoir un autre scénario: un développement de la capacité nucléaire, en fonction de la capacité d’investissement des industriels. Nous resterons donc sur notre faim même si ces travaux confirment que l’essor des énergies vertes doit nécessairement s’accompagner d’investissements pour la réduction de la demande d’électricité. Et ça, ce n’est pas gagné!

(1) P. Linares et al. / EnergyPolicy 36 (2008) 4057–4068

(2) De ces scénarios dépend la croissance de la demande en électricité. Elle s’échelonne de 3% par an (si rien ne bouge), à 2% (l’Espagne renforce sa politique énergétique) et 1%, pour les deux scénarios à prix élevé du carbone. Et bien évidemment, plus on renforce la capacité de production des énergies renouvelables, plus les prix de l’électricité grimpent. Logique puisque les sites les plus productifs sont les premiers équipés… Parallèlement, le prix de la tonne de gaz carbonique dépend du scénario. Jusque 30 euros en 2020 pour les deux scénarios « ambitieux ». A noter que les chercheurs considèrent que le développement de l’éolien offshore —le plus onéreux— n’est pas nécessaire pour les scénarios les plus ambitieux en terme d’efficacité énergétique.