La vie quotidienne de l’ennemi numéro un

Par Denis Delbecq • 2 février 2009 à 10:48 • Categorie: A la Une, Rubriques

Beaucoup d’actualité ces derniers jours, sur le front du charbon. L’occasion de faire un point sur le minerai probablement le plus tueur de tous les temps.

On commence cette balade par la Grande-Bretagne. Là-bas, les écolos sont en colère contre James Hansen. Le climatologue de la Nasa a en effet refusé de s’associer à leur bataille contre l’extension de l’aéroport d’Heatrow. L’an dernier, Hansen avait aidé six activistes arrêtés outre-Manche pour avoir occupé une centrale à charbon du Kent. Mais cette fois, Hansen a décliné. En gros, il explique que quand un aéroport n’a pas assez de pistes, les attentes des avions en vol génèrent un surplus de consommation. (1) Et Hansen de réaffirmer que l’ennemi numéro un est le charbon. Ce qui n’est pas faux, d’autant que les avions ne volent (pas encore) au charbon.

Enfin, ça c’est vite dit. Parce que le Pentagone avait l’intention de faire voler ses chasseurs et bombardiers avec du carburant fabriqué à partir du charbon. Une manière de se préparer aux futures hausses de prix et tensions sur la fourniture en pétrole. Parce qu’après tout, la planète a peut-être déjà passé le pic pétrolier et si ce n’est pas le cas, il approche à grande vitesse. Bref, l’US Air Force se préparait doucement à ce que l’ensemble de ses avions puissent voler dès 2011 avec un mélange à 50-50 de carburants de pétrole et de charbon. Pas moins d’un million de litres d’essence de charbon ont été achetés en Afrique du sud (2).

L’US Air Force avait même prévu de construire sa propre usine de carburant de synthèse. On n’est jamais mieux servi que par soi-même. Pour le moment, le projet est abandonné, a annoncé le Pentagone. Non pas parce que ces carburants sont les plus générateurs d’effet de serre. Mais juste parce que le site choisi pour l’usine, une base nucléaire, risquait d’affaiblir la sécurité de la force stratégique américaine. A moins que les officiels de l’Air Force n’aient finir par découvrir que le prix du baril s’est effondré depuis cet été…

Une dernière pour la route, en Chine cette fois. La BBC expliquait dimanche que les autorités de Pékin s’inquiètent d’une hausse anormales des malformations chez les bébés. La hausse serait de 40% entre 2001 et 2006, avec 145 enfants malformés pour dix mille naissances. (3) Et la région la pire est, comme par hasard, la province minière de Shanxi. Il est bien sûr difficile de savoir si c’est bien la dégradation de l’environnement qui est responsable de cette hausse spectaculaire. Une meilleur détection des cas doit sans doute en expliquer une partie. Mais il reste que l’ boom du charbon en Chine n’est pas de bon augure. Pour les chinois, et pour le climat de la planète.

En Ukraine, le grisou a encore frappé, et les autorités dénombrent un mort et douze disparus après une explosion survenue dimanche, à plus de neuf cent mètres de profondeur. Vingt-quatre mineurs ont réchappé de la catastrophe. La mine avait été fermée samedi, pour violation des règles de sécurité, mais apparemment, l’exploitation n’avait pas cessé.

Au passage, une brève de l’édition africaine de la BBC qui explique que le Tchad a interdit de brûler du charbon de bois pour lutter contre le déboisement. Résultat, la population brûle tout ce qu’elle trouve (meubles, noix de palme, morceaux de charpente) et vit dans des fumées bien peu sympathiques pour la santé… A Dakar, le charbon de bois serait presque introuvable après une forte hausse des prix provoquée par la spéculation.

(1) Argument oh combien étrange puisque les pistes d’aéroports sont comme les routes. On en crée pour désengorger, le trafic augmente, et on se retrouve quelques années plus tard avec le même engorgement…

(2) Le pays est devenu leader à l’époque de l’ère de l’Apartheid et de l’embargo imposé par la communauté internationale qui l’empêchait d’acheter du pétrole.

(3) Je ne me risquerai pas à comparer cela avec la situation française ou ailleurs. Vu qu’il est impossible de connaître la différence des critères retenus par les différentes agences sanitaires de la planète. Si quelqu’un a des indications, je suis preneur. En revanche, l’évolution, pour un pays donné a un sens, si les méthodes de comptage n’ont pas changé entre temps.

Image: En Grande-Bretagne, de nombreux pubs brûlent du charbon pour réchauffer l'atmosphère © Denis Delbecq

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