Vive la pollution maritime!

Par Denis Delbecq • 4 juin 2012 à 13:46 • Categorie: A la Une
Le trafic maritime vu du ciel © ESA

Le trafic maritime vu du ciel © ESA

Quand on est armateur, habitué à brûler des déchets pétroliers chargés de soufre, on ne voit pas la législation antipollution d’un bon œil. Et tous les arguments sont bons pour tenter de défendre l’indéfendable. Dernière en date, la sortie du patron de la Chambre du transport maritime grecque, George Gratsos, dans LLoyd’s List, le quotidien de référence du monde maritime.

Pour lui, il faut impérativement revenir sur les textes maritimes internationaux, car la lutte contre la pollution liée aux combustibles des navires va aggraver le réchauffement climatique. Sur le fond, il n’a pas complètement tort: les particules soufrées ont tendance à renvoyer une partie du rayonnement solaire vers l’espace, et donc à climatiser notre atmosphère. Il y a encore peu, certains navires brûlaient des pétroles lourds qui contenaient 5% de soufre. Depuis cette année, le taux maximal autorisé est de 1% dans les zones à émission de soufre contrôlée (SECA) et de 3,5% ailleurs (1). Des taux qui baisseront à 0,5% et 0,1% au plus tard en 2020. Pour donner un élément de comparaison, les carburants terrestres à la norme euro 5 en vigueur dans l’UE affichent une teneur en soufre de 10 ppm, soit 0,001%… Un seuil rejoint cette année par la Chine.

Ce qui déplait aux armateurs, c’est bien sûr que l’abaissement du seuil en soufre entraîne une hausse sensible du coût du carburant des navires. D’où la sortie de Gratsos qui, pour montrer son immense culture scientifique, s’est appuyé sur les résultats d’une étude récente du Met Office britannique sur le rôle des aérosols dans le climat Nord Atlantique (2). Bref, il faudrait arrêter de lutter contre la pollution des navires et revenir sur le calendrier de l’Organisation maritime internationale, seule habilitée à fixer des règles sur les océans. Ce qui assurément nous promettrait un air formidablement pur (3). En 2007, une étude estimait que la pollution liée au transport maritime tuerait jusque 60 000 personnes par an dans le monde.

La pollution atmosphérique vue du ciel (ici, oxydes d'azote) © ESA

La pollution atmosphérique vue du ciel (ici, oxydes d'azote). Certaines lignes maritimes apparaissent clairement © ESA

Gratsos a d’ailleurs rappelé que les transporteurs ont réduit la vitesse des navires d’environ 20% depuis cinq ans (pour faire des économies), entraînant une réduction de 50% des émissions des navires. Bref le message est aussi limpide que le ciel est encrassé par le soufre des navires (4): pour lutter contre le réchauffement climatique, il faut s’empresser de polluer un max et d’augmenter la vitesse des moyens de transport. Bien joué, M. Gratsos, vous êtes un bienfaiteur de l’humanité!

(1) Mer Baltique, Mer du Nord (qui couvre les côtes françaises de la Manche et de la mer du Nord), Amérique du Nord (la quasi-totalté des côtes américaines et canadiennes), Caraïbes américaines

(2) Booth et al., Nature du 4 avril 2012)

(3) Voir par exemple ces travaux d’observation par satellite de la pollution des navires.

(4) pour fréquenter régulièrement les côtes du Pas-de-Calais, un des détroits les plus fréquentés au monde, dès qu’il fait beau, le ciel s’y couvre d’une détestable bande d’une couleur allant du jaune sale au marron, du plus bel effet ;-)

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