Pas de catastrophe sanitaire à Fukushima

Par Denis Delbecq • 24 mai 2012 à 10:37 • Categorie: A la Une
La centrale de Fukushima, après l'accident © Digital Globe

La centrale de Fukushima, après l'accident © Digital Globe

Les radiations de Fukushima tueront peu ou pas. C’est ce qui semble se dégager de deux pré-rapports que mon confrère Geoff Brumfiel, de la revue Nature, a pu consulter. Le premier, qui émane du Comité scientifique de l’ONU sur l’effet des radiations (UNSCEAR), porte sur l’exposition des travailleurs de Fukushima. Le second, qui porte la marque de l’Organisation mondiale de la santé, passe en revue l’exposition des populations aux radiations provoquées par l’accident de la centrale nucléaire.

Chez les liquidateurs de la centrale, l’UNSCEAR constate que peu de personnes ont connu une exposition notable. Six d’entre elles sont décédées depuis l’accident, mais de causes sans rapport avec les rayonnements ionisants. L’étude a porté sur un échantillon, sélectionné au hasard dans les dossiers de suivi médical des 20115 personnes qui ont travaillé dans la centrale depuis l’accident de mars 2011.

167 personnes (dont 21 sous-traitants) ont reçu une dose significative, mais qui ne devrait augmenter que légèrement leur risque de développer un cancer. De ce groupe, six ont reçu une dose supérieure à 250 mSv, le maximum autorisé au Japon pour les personnels amenés à intervenir sur des accidents nucléaires, dont deux qui ont absorbé plus de 600 mSv pour n’avoir pas pris les comprimés d’iodure de potassium qui protègent la thyroïde. Ils feront l’objet d’un suivi médical très attentif. Six mille personnes ont reçu une dose comprise entre 10 mSv (l’équivalent d’un scanner médical) et 50 mSv, la limite annuelle pour les travailleurs nucléaires japonais. Et plus de treize mille intervenants sur le site ont reçu moins de 10 mSv. Mais le rapport de l’UNSCEAR pointe une défaillance majeure: après l’accident, les opérateurs de la centrale ne disposaient d’aucune information sur leur niveau d’exposition en raison de dysfonctionnement des systèmes de mesure. Ils n’ont été réparés qu’un mois plus tard.

Exposition de la population et des travailleurs de Fukushima © Nature

Exposition de la population et des travailleurs de Fukushima © Nature

Dans la population Japonaise, l’exposition est restée limitée, selon le pré-rapport de l’OMS. Même vivant proche de la centrale, elle a reçu en moyenne, en un an, entre 1 mSv et 15 mSv, ce qui est sans effet notable sur la santé. A Namie, une bourgade évacuée très tardivement car considérée comme éloignée du site de l’accident, des craintes avaient surgi, les experts estimant que les enfants, particulièrement sensibles au cancer de la thyroïde, auraient pu recevoir des doses atteignant 200 mSv. Selon les experts de l’OMS, qui ont eu accès au dossier médical d’un millier d’enfants de la région, l’exposition serait finalement inférieure à 50 mSv.

La question est désormais de savoir si ces bonnes nouvelles suffiront à rassurer la population. Parce que l’impact sanitaire de Fukushima, s’il restera négligeable comparé au bilan du séisme et du tsunami (15500 morts et plus de 3000 disparus), se joue sur un autre terrain: dans le stress, la peur des radiations et la colère vis à vis d’un gouvernement japonais qui a laissé sa population dans une insupportable incertitude. Selon Nature, l’UNSCEAR constate qu’à l’époque, les estimations officielles japonaises des rejets radioactifs étaient exactes… à un facteur dix près.

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