Galápagos, royaume des chèvres d’importation

Par Cécile, Mathilde et Sara • 10 mai 2012 à 15:38 • Categorie: A la Une, Incahuella
Les tortues géantes des Galapagos sont protégées par le Parc National © Incahuella

Les tortues géantes des Galapagos sont protégées par le Parc National © Incahuella

Pour terminer notre voyage en beauté, nous avons décidé de casser notre tirelire afin de nous rendre dans l’archipel des Galápagos, dont la renommée n’est plus à faire. Pour les biologistes que nous sommes, cette destination est une sorte de pèlerinage, puisque c’est ici-même que Charles Darwin a fondé la théorie de l’évolution des espèces, en 1835. Il faut dire qu’il y avait matière à étudier pour cet explorateur et savant un peu fou, tant celles que l’on appelle les «Encantadas» (les Enchantées) abritent une faune et une flore extraordinaires.

Situé dans l’océan Pacifique, le long de la ligne équatoriale et approximativement à mille kilomètres des côtes, cet archipel volcanique est formé de treize îles principales (dont quatre habitées), six plus petites et cent-sept rochers et îlots. Grâce à leur éloignement du continent et à leur colonisation tardive par les Hommes, les Galápagos possèdent une biodiversité exceptionnelle, et chacune de ces îles abrite des espèces qui lui sont endémiques, transformant ainsi l’archipel en un formidable laboratoire de l’Evolution.

Bien avant de devenir un havre pour biologistes en goguette, l’archipel était surtout une halte pour pirates et flibustiers puis pour colons européens en quête de fortune. Ces derniers y ont amené de nombreuses chèvres pour s’assurer d’avoir de la viande fraîche en permanence. Elles se sont rapidement adaptées aux dures conditions de vie locales et se sont reproduites à une vitesse impressionnante, posant aujourd’hui plusieurs problèmes écologiques. Non seulement elles provoquent une grave érosion des sols en s’alimentant de tout le couvert végétal (Cf photos ci-dessous), mais elles nuisent aussi à certaines espèces endémiques comme les emblématiques tortues terrestres des Galápagos. Sur les îles les plus arides, les sources d’eau douce sont inexistantes. Les chèvres sont alors capables de s’hydrater grâce à l’eau contenue dans les plantes dont elles s’alimentent, en particulier celle stockée dans les cactus. Ces derniers se plaisent en effet beaucoup dans un environnement aussi hostile. C’est par exemple le cas d’Opuntia echios, une espèce endémique qui constitue la base alimentaire des tortues géantes. Très prisée des tortues et des chèvres, cette espèce a vu sa population grandement diminuer, ce qui a de graves répercussions sur les tortues géantes qui disparaissent peu à peu…

Vue du volcan Alcedo sur l’île Isabela, avant et après l’invasion des chèvres. © Tui de Roy

Vue du volcan Alcedo sur l’île Isabela, avant et après l’invasion des chèvres. © Tui de Roy

D’autres tortues terrestres sont aussi victimes de la voracité des chèvres. A la différence de leurs cousines des Galápagos, les tortues des Seychelles meurent car les chèvres se régalent du feuillage des arbres, qui n’offrent alors plus l’ombre protectrice sous laquelle venaient se réfugier les tortues. Ces dernières rôtissent littéralement au soleil !

Les chèvres, ennemies numéro un des tortues, posent d’autres problèmes ailleurs dans le monde. Sur l’île Robinson Crusoé, située à 800km au large de Valparaiso au Chili, elles sont directement responsables de la désertification d’une grande partie des terres en empêchant la régénération naturelle de la forêt native. A l’heure actuelle, l’UICN (Union Internationale pour la Conservation de la Nature) considère cet animal comme l’une des cent espèces les plus envahissantes du monde.

Dans le cas des Galápagos, le Parc National a décidé d’éradiquer ces caprins un peu trop envahissants sur certaines des îles. Pour cela, des équipes de chasseurs professionnels en hélicoptères ont été déployées pendant des mois. C’est une tâche particulièrement coûteuse (on parle en millions de dollars) et très ardue en raison de la difficulté d’intervention sur ces terrains impraticables. Heureusement, les chèvres ont d’ores et déjà disparu de plusieurs îles, et la végétation reprend doucement ses droits. Il y a donc de quoi être optimiste pour l’avenir de la biodiversité des Encantandas !

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