Centrales nucléaires et leucémie: plus de questions que de réponses

Par Denis Delbecq • 13 janvier 2012 à 12:56 • Categorie: A la Une
La centrale nucléaire de Gravelines © D.Dq

La centrale nucléaire de Gravelines © D.Dq

La publication d’une étude française dans l’International journal of cancer, ne laisse pas de surprendre. Les chercheurs de l’Inserm et de l’Irsn (1) relèvent en effet que dans un rayon de 5km autour des 19 centrales françaises, on observe deux fois plus de leucémies de l’enfant que sur le reste du territoire. Une étude qui, c’est important de le dire, a passé en revue la totalité des leucémies de l’enfant diagnostiquées entre 2002 et 2007, et confirme des observations similaires faites en Allemagne.

On pourrait donc immédiatement en conclure que les rejets des centrales, de faibles quantités de gaz radioactifs, provoquent des leucémies. Et pourtant, rien dans cette étude ne permet de le dire, m’a confirmé Jacqueline Clavel, co-auteur de ces travaux, que j’ai interrogée brièvement pour le site de l’Express. Car en recherchant un lien entre les leucémies et les doses d’exposition modélisées pour chaque centrale (elles dépendent non seulement de la distance, mais aussi de la configuration des lieux et des dominantes météorologiques), les chercheurs n’observent pas de corrélation. De même, les scientifiques ne relèvent aucune différence dans leurs résultats quand ils éliminent, ou pas, les cas d’enfants vivant à moins de 600 mètres de lignes à haute tension (souvent accusées de tous les maux).

Bref, on se retrouve avec un drôle de résultat sur les bras: il y a bien un signal —deux fois plus de cas de leucémies à moins de 5km d’une centrale, aucune ne semblant jouer un rôle particulier— mais il ne peut être imputé à la radioactivité des rejets gazeux, ni aux lignes à haute tension. Pire: la même enquête conduite en France sur la période 1990-2001 n’avait rien relevé de significatif.

A vrai dire, il sera compliqué d’en savoir beaucoup plus et pour cause: le Registre national des hémopathies malignes de l’enfant ne recense que le lieu où habitent les jeunes malades au moment de leur diagnostic. Les épidémiologistes ne savent donc rien de l’histoire de ces enfants: où vivaient leur maman pendant la grossesse, où ils ont vécu jusqu’à la découverte de leur maladie. On pourrait évidemment refaire une telle étude en interrogeant l’ensemble des 2753 familles pour lesquelles une leucémie a été diagnostiquée entre 2002 et 2007 en France, pour reconstituer leur parcours. Et compte-tenu du petit nombre de cas dans les périmètres dessinés autour de chaque site, il faudrait étendre cette recherche très fouillée à d’autres pays peuplés et nucléarisés comme l’Allemagne, ou la Grande-Bretagne. Cela paraît insurmontable, mais sans doute nécessaire. Car en matière d’épidémiologie et de sujets propres aux fantasmes sanitaires, rien n’est pire que le doute.

(1) Institut national de la santé et de la recherche médicale, Institut national de radioprotection et de sûreté nucléaire

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