Batteries de voitures électriques: on réutilise ou on jette?

Par Denis Delbecq • 6 décembre 2011 à 10:24 • Categorie: A la Une
© D.Dq

© D.Dq

Que faire des batteries de voitures électriques (VE) quand elles auront atteint leur fin de vie, après une dizaine d’années d’utilisation? Si la question peut surprendre alors qu’il n’existe quasiment pas de marché de la voiture électrique, de nombreux organismes publics et privés américains planchent déjà sur le sujet. Avec le constat suivant: une batterie au lithium réformée après dix ans affiche encore 80% de sa capacité initiale. Peut-on s’en resservir au lieu de se coltiner un recyclage coûteux? Faut-il d’ores et déjà modifier la conception de ces batteries pour en faciliter la réutilisation? La Mission scientifique du consulat de France à San Francisco publie une étude sur les travaux en cours aux Etats-Unis. En voici un court résumé.

Selon les calculs de référence, il y aurait un peu plus de 1,2 millions de batteries produites en 2020 aux USA, qui se retrouveraient donc (pour les trois-quarts d’entre elles) disponibles pour un second usage, stationnaire, en 2030. Car l’autonomie déjà limitée des voitures électriques sera amputée de 20% au bout de dix ans, de quoi rendre les conducteurs anxieux.

Sur ce gros millions de batteries, un peu plus de cinq cent mille ont une capacité correcte (10 kWh pour les modèles issus d’hybrides rechargeables, 20 kWh pour ceux des VE, compte-tenu de leur capacité altérée par dix ans d’utilisation). Ce qui donne une capacité de stockage annuelle de 5,4 GWh (6 GWh si on tient compte des petites batteries des voitures hybrides). Cela paraît peu à l’échelle de la consommation électrique des Etats-Unis, mais qu’on ne s’y trompe pas. En matière d’énergie, un peu de stockage peut faire jusque des miracles. Coupler un ballon d’eau chaude à des panneaux solaires multiplie par cent l’efficacité de ces derniers, et pour cause: sans stockage, le panneau ne sert que si on se lave quand le soleil est déjà haut sur l’horizon…

Pour l’électricité, c’est la même chose, et les centrales solaires à concentration en projet et en construction dans le sud-ouest américain sont équipées d’un stockage de chaleur qui leur permet quelques heures de production après le coucher du soleil, ce qui augmentera fortement leur rentabilité.

L’avantage des batteries pour le stockage d’électricité est leur réactivité, aussi bonne que celle d’une turbine hydraulique. Leur inconvénient est avant tout leur prix. D’où l’idée de les récupérer —quasiment gratuitement— pour leur donner une seconde vie en appui de sources de production intermittentes. Ou pour servir de bretelles à une installation domestique, en cas de coupure de courant. Le problème est évidemment de collecter ces batteries, de les tester (25% environ ne seront plus utilisables) et d’en faire des installations cohérentes. Pour financer tout cela —et peut-être contribuer au développement de la VE— en donnant une valeur de revente aux batteries qui serait acquitté par la seconde génération d’utilisateurs. Mais là, du coup, ces derniers risquent de ne plus être intéressés… Bref, le serpent se mord la queue.

En attendant, ça gamberge pas mal dans les chaumières californiennes, et c’est tant mieux. Parce que si la voiture électrique se développe, ce sera rapidement des dizaines de millions de batteries dont il faudra se débarrasser de la manière la plus intelligente possible. Le concours à idées est lancé.

• Envoyer par email •  Partager sur Facebook

Tags: , , , , , ,