La sécurité nucléaire, un vrai vaudeville

Par Denis Delbecq • 2 décembre 2011 à 15:33 • Categorie: A la Une
© Denis Delbecq

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Il est vraiment impayable, notre nucléocrate parlementaire Claude Birraux. Vous imaginez un peu, ce toupet: il débarque à l’improviste dans la centrale nucléaire de Paluel, flanqué de responsables de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), comme ça, à l’heure de l’apéro et hop, il exige un exercice de sécurité! On pourrait tenter le truc et se pointer à l’Elysée dès potron-minet: «Bonjour monsieur le président, je suis un citoyen qui vient vérifier que vous avez tenu votre promesses. Voyons, chapitre 17, la baisse de la criminalité. Vous pouvez sortir votre manuel du candidat et justifier de vos résultats?»

Mais revenons à nos neutrons. Ainsi donc, vers 19 heures, Birraux demande (au fait, c’est lui ou l’ASN?) de simuler une perte d’alimentation électrique du réacteur numéro 1. Problème: le générateur diesel de secours est indisponible. A ben pas grave, on va attendre un peu et repousser l’exercice s’une paire d’heures… Alerte, arrivée des équipes de soutien en 25 minutes (sic!) et on y va pour «brancher» le réacteur 1 sur le courant du réacteur 2. Ah on n’a pas la clef, msieur, elle est «en commande». A minuit (H+130 minutes, donc, depuis le début retardé), tout ce petit monde entre dans un local technique. «Il y a un doute : les clés sur le panneau sont-elles mal étiquetées, ou bien sommes-nous dans le mauvais local ? Le local non plus n’est pas numéroté, ce qui est relevé par l’ASN. Après plusieurs allers et retours, entre la tranche numéro 1 et la tranche numéro 2, l’énigme est résolue : toutes les premières instructions du document de procédure semblent en réalité inexactes.» Bref, le problème n’est pas résolu, alors on passe au réacteur 3. Et là encore, le manuel comporte des erreurs de procédures…

Birraux a précisé que le personnel n’es jamais resté bloqué devant ces situations «parfois burlesques». Et finalement, la gestion des alertes nucléaires est épatante, si l’on en croit la fin du communiqué de l’OPECST (1), l’organisme présidé par Birraux: «Les parlementaires, accompagnés par des représentants de l’Autorité de sûreté nucléaire, ont pu observer des personnels d’EDF d’abord pris au dépourvu par des rédactions confuses des manuels de consignes, qui ont su ensuite faire preuve d’un professionnalisme et d’un engagement leur permettant de faire face de façon satisfaisante à ces contrôles inopinés. L’Autorité de sûreté nucléaire de son côté n’a relevé finalement aucun écart grave.»

En résumé, la gestion d’un exercice d’accident dans le nucléaire français, ça se fait avec des manuels «non opérationnels» bourrés d’erreurs et de lacunes, et c’est vachement «burlesque». Ça donnerait quoi en cas de vrai accident, avec le stress immense qui fondrait sur les opérateurs tel un éclair sur taureau de la pampa? Ah c’est vrai, les accidents nucléaires, ça n’arrive jamais.

PS: le pire, c’est que toutes les citations en italiques sont authentiques, telles que rapportées par l’AFP ou le communiqué de l’Opecst

(1) l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et techniques)

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