Sortie du nucléaire: Besson choisit ses invités avec soin

Par Denis Delbecq • 7 septembre 2011 à 12:12 • Categorie: A la Une
© D.Dq

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Il est sympa, notre ministre de l’énergie. Comme il a compris que le nucléaire viendra sur la table pendant les élections de 2012, il a décidé d’éclairer le débat. De choisir des experts indépendants qui étudieront «en toute objectivité» plusieurs scénarios énergétiques pour 2050, sortie du nucléaire comprise.

C’est une vraie nouveauté, puisque le nucléaire avait été écarté des discussions du Grenelle de l’environnement. Mais là, comme c’est le cas au gouvernement depuis le départ de Borloo, l’énergie c’est trop sérieux pour être confié au ministère de l’environnement, Besson a désormais la main, et ne cache pas le scénario qu’il a choisi: une part de 2/3 d’électricité nucléaire (il va falloir construire plein d’EPR, préparez la monnaie).

Que sera cette commission «Energies 2050» dont Besson a annoncé hier la création? Ou plutôt ré-annoncé, puisqu’il en avait parlé sur Europe 1 le 8 juillet, dans une indifférence quasi-générale. Elle sera présidée par Jacques Percebois, le président du Centre de recherche en économie et Droit de l’énergie, à l’université de Montpellier. Un homme qui ne cache pas son opinion du nucléaire, comme le souligne cette interview parue en 2008: «C’est précisément parce que le poids du nucléaire est insuffisant en Allemagne que les prix de l’électricité y sont élevés à  certaines heures et cela pénalise les consommateurs français. L’important c’est donc de convaincre les Allemands que l’optimum économique c’est d’accroître la part du nucléaire dans leur mix électrique…» Percebois a par ailleurs co-écrit un livre sur l’énergie préfacé par Marcel Boiteux, qui dirigea EDF pendant le programme nucléaire français et qui parraine l’association “Sauver le nucléaire”, pardon je m’égare, “Sauver le climat”.

Parmi les autres «personnalités qualifiées» de la commission, on trouve Jean-Marc Jancovici, farouche partisan du nucléaire pour lutter contre le réchauffement climatique. Jean-Marie Chevalier, qui dirige le Centre de géopolitique de l’énergie et des matières premières (CGEMP) à l’université Paris-Dauphine, est lui aussi favorable au nucléaire, même s’il penche plutôt pour un rééquilibrage de nos moyens de production d’énergie. C’est à peu près ce que pense aussi Claude Mandil, un pointe de l’Agence internationale de l’énergie, qui sera vice-président de la commission «Energies 2050». Autre membre qualifié, Pierre Gadonneix, qui a présidé aux destinées d’EDF, n’est évidemment pas favorable à une sortie du nucléaire. De son côté, l’économiste Christian de Boissieu (Université Paris I) est membre du comité d’éthique d’Areva. Colette Lewiner, qui dirige le secteur énergie chez Capgemini, est très favorable au nucléaire. Reste peut-être une personnalité plus neutre, en tous cas qui s’exprime rarement sur la question nucléaire: Christian de Perthuis, qui a longtemps dirigé la Mission Climat de la Caisse des dépôts.

Contrairement à ce que laisse entendre Eric Besson, la liste de «personnalités qualifiées» —qui certes n’a pas été rendue publique en totalité— semble très orientée. On n’y trouve pas, par exemple, des gens comme le physicien nucléaire Bernard Laponche ou l’économiste Benjamin Dessus, qui méritent sans aucun doute le vocable de «qualifiés» et sont favorables à une sortie de l’atome. Selon la Tribune, qui a devancé hier Eric Besson, la contradiction pourrait venir des ONG qui doivent participer à cette commission, comme FNE, Greenpeace, le Cler ou Négawatt. Mais Thierry Salomon, le responsable de cette association, qui présentera fin septembre son nouveau scénario de prospective, expliquait ce matin ne pas avoir reçu d’invitation… Bref, ça part mal cette affaire.

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