Un granulé de combustible dans les réacteurs de Fukushima

Par Denis Delbecq • 15 avril 2011 à 10:54 • Categorie: A la Une
Départ de feu dans une installation liée au réacteur 4, le 12 avril 2011. Incendie rapidement éteint. © Tepco

Départ de feu dans une installation liée au réacteur 4, le 12 avril 2011. Incendie rapidement éteint. © Tepco

De l’art de raisonner avec un bandeau sur les yeux. Les experts en sécurité nucléaire de l’Atomic Energy Society of Japan (AESJ) ont rendu publique vendredi leur analyse de l’état des réacteurs 1 à 3, accidentés depuis le séisme et le tsunami du 11 mars dernier. Selon eux, il y aurait bien des «grains» de combustible au fond de la cuve des trois réacteurs, provenant d’une fusion partielle des crayons de combustible. Des grains d’une taille comprise entre quelques millimètres et un centimètre, accumulés en faible quantité, insuffisante —selon les experts de l’AESJ— pour provoquer un accident de criticité (le retour à une réaction de fission nucléaire spontanée et incontrôlable).

Pourquoi ces grains? L’analyse des experts repose sur le fait que si le niveau d’eau a baissé, mettant les crayons de combustible à l’air libre (on appelle ça le dénoyage du cœur), il restait encore beaucoup d’eau dans la partie inférieure des réacteurs 1 à 3. Le combustible a fondu lentement, avant que les gouttes ne tombent dans l’eau. Le refroidissement brutal aurait formé les grains, qui se sont accumulés au fond de la cuve. Pour le comité d’experts de l’AESJ, il faudra au moins deux ou trois mois pour stabiliser les combustibles dans les réacteurs 1 à 3.

Il reste que la radioactivité de l’eau retrouvée dans les sous-sols de la centrale grimpe de manière intrigante, selon les données de Tepco relayées vendredi par NHK: dans un puisard lié au réacteur numéro 1, l’activité radiologique en iode 131 a été multipliée par 6 depuis une semaine, quand celle du césium graimpait d’un facteur 38… Sous le réacteur 2, la radioactivité de l’eau a grimpé d’un facteur 17 pour l’iode, et 8 pour le césium… Aucune explication n’a été avancée. Tepco a pompé 660 tonnes de cette eau pour les stocker provisoirement dans un bassin placé sous le réacteur 2, mais il semble que le niveau de l’eau ne baisse pas en conséquence, signe que de l’eau injectée par les liquidateurs pour refroidir le réacteur s’échappe quelque part. Selon Tepco, il y a environ 60000 tonnes d’eau hautement radioactive à retirer des sous-sols des réacteurs 1 à 3.

Jeudi, l’industriel a confirmé que des crayons de combustible usagé qui étaient stockés dans la piscine de refroidissement du bâtiment-réacteur 4 ont bien été endommagés. Une analyse d’eau prélevée dans cette piscine a montré un niveau de radioactivité évalué à 100 000 fois la normale, notamment en césium 137 (93000 Bq/litre) et en Iode 131 (220000 Bq/litre). La dégradation d’une partie des crayons de combustible a pu se produire en raison de la baisse du niveau d’eau dans la piscine et/ou par la chutes de barres d’aciers et de gravats liées à l’explosion du bâtiment.

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