Gardez vos vieux journaux pour les climatologues de demain

Par Denis Delbecq • 10 février 2011 à 13:56 • Categorie: Lecture

Comment connaître la teneur en CO2 de l’atmosphère passée? Un chercheur du Weizmann Institute (Israël) a eu l’idée d’étudier le papier de vieux journaux et de vieilles revues conservés à la bibliothèque de l’institut. Depuis plus de dix ans, il découpe un peu de papier dans les marges, pour déterminer la quantité de carbone 13, une forme de l’élément dont la proportion atmosphérique diminue à force de brûler des carburants fossiles. Verdict: ces vieux papiers peuvent servir d’indicateur (proxy), tout comme les anneaux de croissance des arbres, les stalagtites, etc…

Un petit peu de physique pour vous rafraîchir la mémoire. J’essaie de faire simple. Dans la nature, les atomes de carbone existent sous plusieurs formes (on appelle ça des isotopes) , dont la masse diffère. Il y a le carbone 12, le plus courant (98,9%), ainsi que le C13, un isotope stable (1,1%), et le C14, un isotope radioactif présent à l’état de traces qu’on utilise pour la datation (1).

Les biochimistes savent que les plantes et les algues captent plutôt le carbone 12 que le 13. Les réservoirs d’énergies fossiles (charbon, pétrole, gaz) sont donc peu riches en carbone 13. Et au fur et à mesure qu’on brûle ces sources d’énergie en libérant du CO2, on dilue le carbone 13 dans l’atmosphère. Au Weizmann institute, en étudiant de vieux exemplaires de revues scientifiques (Science, Nature, Royal Chem. Soc.) et le Boston Globe, Dan Yakir constate la même chose: la quantité de carbone 13 dans le papier étudié évolue dans le temps suivant une courbe proche de ce qu’on connaît de l’évolution du gaz carbonique dans l’atmosphère depuis la fin du XIXe.

Cette preuve de concept ne révolutionnera pas la paléoclimatologie. D’abord parce qu’on imagine mal endommager des ouvrages antédiluviens pour en prélever du papier. Mais Yakir suggère une autre application. Puisqu’on connaît avec précision l’atmosphère aujourd’hui, on pourrait utiliser sa méthode pour voir comment les plantes s’adaptent au réchauffement climatique.

NB. Le papier de Yakir (qui n’a pas subi le processus de relecture par les pairs) est disponible en anglais.

(1) Il y a aussi le carbone 11, radioactif, mais qui se désintègre si vite (pour moitié toutes les 20 minutes) qu’on ne le trouve pas dans la nature, et qu’on en fabrique pour certaines applications de médecine nucléaire.

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