Le charbon, un cadavre qui marche

Par Denis Delbecq • 4 janvier 2011 à 10:57 • Categorie: A la Une
Vieille mine aux Etats-Unis © USGS

Vieille mine aux Etats-Unis © USGS

Il est parfois un exercice passionnant. Vous prenez un mot, charbon, par exemple, et vous regardez ce qu’en disent les sites d’information en ligne. Et justement, le charbon n’a pas le vent en poupe, en ce début de janvier 2011.

Le Washington Post explique que, pour la seconde année consécutive, aucun chantier de construction de centrale à charbon n’a été engagé sur le territoire américain, alors que 48 fermetures de centrales ont été annoncées, pour un total de 12 000 MW, selon l’organisation écologiste Sierra Club. Vingt unités de production avaient été construites de 2000 à 2008.

«Le charbon est un cadavre qui marche, a expliqué un dignitaire de la Deutsche Bank au Post. Les banques ne les financent plus, les assureurs ne les assurent plus et l’économie du charbon propre ne tient pas la route.» Il faut dire que les perspectives pour la plus polluante et meurtrière des sources d’énergie ne sont guère brillantes. Après avoir échoué à faire voter sa loi climat, l’administration Obama a imposé par décret de nouvelles règles anti-pollution que l’Agence de l’environnement appliquera dès cette année, en dépit des tentatives judiciaires conduites par le lobby charbonnier (et pétrolier) pour l’en empêcher. Le texte devrait faire quelque dégâts vu l’âge moyen des centrales à charbon américaines, qui est de 43 ans. La moitié des centrales datent d’avant 1967, on imagine ce qu’elles recrachent…

Autre cause de la déchéance du combustible solide outre-Atlantique, la faiblesse des cours du gaz, appuyée par la découverte d’importants gisements de gaz de schistes (1). Il y a aussi la récession, qui fait baisser la demande d’électricité. Et, quoi qu’en disent certains, le charbon fait l’objet d’une très vive mobilisation écologiste aux Etats-Unis, à commencer par celle du Sierra Club, qui se bagarre en ce moment en justice pour faire annuler un permis d’exploitation dans le Mississippi. Une centrale dans le Kentucky vient d’être abandonnée après cinq années de bagarres… et une chute de 9% de la demande d’électricité dans la région. L’industriel a dépensé 150 millions de dollars de matériaux pour la construire…

Mais les charbonniers américains n’ont pas dit leur dernier mot. D’abord parce que la nouvelle majorité au Congrès, proche des lobbies du pétrole et du charbon, a juré de casser les règles de l’EPA dans le courant de l’année. Ensuite, mais sans doute est-ce une embellie de courte durée, des clients asiatiques semblent se tourner vers les mineurs américains pour pallier la défection de l’Australie, dont les exportations sont en souffrance devant les terribles inondations qui paralysent l’activité économique du pays. Les trois-quarts des mines du Queensland sont à l’arrêt. D’ailleurs, le cours boursier des actions des charbonniers américains seraient à la hausse depuis lundi. C’est d’abord le coke destiné aux aciéries qui tire les prix de vente du charbon; le bas de gamme —destiné aux centrales électriques— grimpe moins vite.

Au passage, une information quelque peu «réchauffée», puisqu’elle remonte à une dizaine de jours: le groupe public Danois d’électricité Dong Energy a exigé des explications de son fournisseur russe SUEK, après la publication d’une enquête journalistique au Danemark sur les conditions de travail dans les «mines de la peur» de la compagnie minière, qui relèveraient des travaux forcés. Le plus étrange, c’est que Dong fait… mine de le découvrir.

(1) Du gaz emprisonné dans des roches qu’on récupère en fracturant le sous-sol à l’aide d’eau, de sable et d’un savant cocktail de produits chimiques. Un truc très à la mode.

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