Climatosceptiques et climatologues, quelle place sur l’internet?

Par Denis Delbecq • 12 avril 2010 à 20:06 • Categorie: A la Une
© Denis Delbecq

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Au début d’avril, le mensuel Terra Eco a publié un long article qui esquisse un profil des climatosceptiques. Au cours de cette longue enquête, j’avais initié une courte étude sur la place des émules d’Allègre sur internet, avec la complicité de Sabine Niederer, une sociologue néerlandaise qui étudie les controverses qui traversent le web.

Faute de place, je n’avais pu évoquer que brièvement dans Terra Eco les résultats obtenus par Sabine Niederer à partir des informations que je lui ai fourni: une liste de climatologues français et des sites de leurs laboratoires, ainsi qu’une liste de climatosceptiques et de sites français qui contestent l’origine humaine du réchauffement climatique. Voici donc une analyse plus complète des résultats obtenus par la sociologue, à la fin du mois de février 2010.

Comme beaucoup de chercheurs qui étudient les réseaux, Sabine Niederer utilise Google comme outil de travail. En interrogeant le plus célèbre des moteurs de recherche, la scientifique analyse  les pages retournées à partir des mots-clefs qu’elle a fourni, et dresse des cartes ou des nuages de « tags », ici les noms de la liste (non exhaustive, bien sûr) que j’avais rapidement élaborée. Comme «changement climatique» ou «climate change». En voici les résultats.

1. Qui sont les climatologues les plus cités dans l’internet francophone à partir d’une recherche dans google sur « changement climatique » (100 premiers résultats sur Google)?

La place des climatologues français dans l'internet francophone © Sabine Niederer/DMI

La place des climatologues français dans l'internet francophone © Sabine Niederer/DMI

De manière évidente, ce sont les personnalités les plus citées dans la sphère publique qui apparaissent en premier. Avec évidemment Jean Jouzel, longtemps vice-président du Giec, Hervé Le Treut, le patron de l’Institut Pierre Simon Laplace (IPSL), le glaciologue Claude Lorius ou Edouard Bard (Collège de France).

2. Qui sont les climatosceptiques les plus cités dans l’internet francophone à partir d’une recherche dans google sur « changement climatique » (100 premiers résultats sur Google)?

La place des climatosceptiques français dans l'internet francophone © Sabine Niederer/DMI

La place des climatosceptiques français dans l'internet francophone © Sabine Niederer/DMI

Comme prévu, c’est Claude Allègre qui arrive en tête. Mais on relève avec intérêt que c’est un pseudonyme qui arrive en second, le fameux «Jean Martin» qui pilote le site Pensée Unique. Cet ancien chercheur, qui conserve jalousement son anonymat, avait commencé à répondre à mes questions pour Terra Eco avant de couper les ponts quand je lui ai demandé, à de multiples reprises, ses lien avec Jean Martin… Meunier, un ancien de l’Institut de physique du Globe de Strasbourg. Question soulevée par le fort parallèle entre le cursus assumé de Jean Martin Meunier avec celui affiché par Jean Martin sur Pensée Unique.

Ensuite, dans ce classement des climatosceptiques les plus cités, viennent deux philosophes, Luc Ferry et Dominique Lecourt. Tous deux devancent Vincent Courtillot qui n’a donc pas encore réussi à monter sur le podium.

3. Qui sont les climatologues et les climatosceptiques les plus cités dans l’internet ANGLOPHONE à partir d’une recherche dans google sur « climate change » (100 premiers résultats sur Google)?

La place des climatosceptiques et des climatologues français dans l'internet anglophone © Sabine Niederer/DMI

La place des climatosceptiques et des climatologues français dans l'internet anglophone © Sabine Niederer/DMI

Là, je dois dire que c’est une surprise, puisque le fameux « Jean Martin » devance Claude Allegre. Mais le plus étonnant, c’est que les climatosceptiques figurent d’une manière générale en meilleure place que les climatologues dans ce classement.

4. Quels sont les chercheurs français les plus cités dans les milliers de documents et emails volés au Climate Research Unit de Phil Jones, et publiés sur internet en novembre dernier?

Aperçu des climatologues français les plus cités dans les fichiers du climategate © Sabine Niederer/DMI

Aperçu des climatologues français les plus cités dans les fichiers du climategate © Sabine Niederer/DMI

Un préalable indispensable. La présence d’un scientifique dans cette analyse des fichiers du climategate ne signifie qu’une chose: que ces chercheurs communiquent avec leurs collègues du CRU, dont les ordinateurs ont été piratés. Cinq noms reviennent de manière récurrente dans les documents et emails: Jean Jouzel, Valérie Masson-Delmotte, Edouard Bard, Dominique Raynaud et Hervé Le Treut. A noter que la liste que j’avais fourni ne contenait que les noms les plus connus de la communauté des climatologues français, qui compte un millier de chercheurs.

5. Comment sont connectés les sites climatosceptiques français au reste de l’internet. Autrement dit, vers quels sites pointent-ils et quels sites pointent-ils vers eux?

La place des sites climatosceptiques dans l'internet francophone © Sabine Niederer/DMI

La place des sites climatosceptiques dans l'internet francophone © Sabine Niederer/DMI

L’analyse de cette carte montre que les sites climatosceptiques français sont relativement isolés, peu liés à leurs équivalents anglophones. En outre, ils semblent s’ignorer les uns et les autres —contrairement aux sites anglophones—, signe d’une absence d’organisation des réseaux de climatosceptiques français. A noter que ces études ont été conduites début mars, avant que le «Mythe climatique» de Benoît Rittaud ne s’impose rapidement chez les  sceptiques francophones.

6. Comment sont connectés les sites officiels de climatologie français au reste de l’internet. Autrement dit, vers quels sites pointent-ils et quels sites pointent-ils vers eux?

La place des laboratoires français de climatologie dans l'internet francophone © Sabine Niederer/DMI

La place des laboratoires français de climatologie dans l'internet francophone © Sabine Niederer/DMI

Cette carte montre combien le CNRS joue un rôle important dans la science française. On retrouve évidemment la plupart des grands laboratoires de climatologie (LSCE, IPSL, LMD, CNRM etc.) ainsi que les organismes de recherches dont des équipes participent à l’effort de recherche français sur le climat (IFREMER, IPEV, INRA, IRD etc.)

Voilà, vous en savez désormais autant que moi sur le sujet. Je vous invite à visiter le site internet de Sabine Niederer, qui vous fournira des informations plus larges sur son travail d’étude de la controverse climatique sur internet. Vous pouvez également télécharger ce document PDF —préparé par la sociologue— qui fournit les données représentées ici, et qui permet de zoomer de manière plus nette que dans ces colonnes. Et bien sûr, le numéro d’avril de Terra Eco est toujours en vente!

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