L’empire éolien s’est réveillé

Par Denis Delbecq • 31 décembre 2009 à 16:09 • Categorie: A la Une
© Denis Delbecq

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Comme chacun sait, le gouvernement de Pékin est noyauté par de dangereux écologistes qui prônent le développement massif de l’éolien, une source d’énergie inefficace, aléatoire et coûteuse. Ces écologistes sont si efficaces qu’ils ont réussi à hisser leur pays au troisième rang mondial de la spécialité, derrière les Etats-Unis et l’Allemagne (1). A ce rythme, la Chine pourrait prendre la tête du classement mondial dans moins de deux ans. Selon l’Agence Chine Nouvelle, 20 000MW éoliens sont désormais installés dans le pays, contre 764 MW il y a cinq ans, et 12 000MW fin 2008. L’objectif de 30 000 MW fixé par Pékin pour 2020 devrait être dépassé dans moins d’un an…

Tandis qu’en Europe, et notamment en France, la contestation des éoliennes est plus forte que jamais, Pékin profite de l’absence de démocratie pour imposer les moulins à vent. Un complément jugé indispensable pour le mix énergétique du pays, tandis que le charbon et le nucléaire doivent aussi se développer massivement. D’ailleurs, en dépit de son essor spectaculaire, l’éolien fournit moins de 1% de l’électricité chinoise, contre 10% en Espagne et 20% au Danemark. Principal avantage reconnu aux éoliennes dans une Chine assoiffée d’énergie et de croissance: le délai de construction des centrales et la possibilité de raccorder les éoliennes au fur et à mesure de leur installation (2).

Cette confirmation de la croissance spectaculaire de l’éolien chinois doit être rapprochée d’une autre information, qui n’a pas été relayée par les médias occidentaux. Le 10 décembre dernier, la première éolienne 100% made in China a été érigée dans le nord-ouest du pays. D’une puissance modeste (3MW), elle montre que les ingénieurs chinois n’ont pas perdu de temps pour acquérir les compétences nécessaires à la construction des générateurs et des pales. Voilà qui devrait permettre à la Chine de poursuivre son programme à marche forcée, voire même, quand sa technologie aura atteint ce qui se fait de mieux (autour de 6MW par générateur), débarquer sur le marché mondial.

Mais tout n’est pas si aérien, au pays de l’éolien chinois, car la connexion au réseau ne suit pas. Ainsi, L’agence Chine Nouvelle expliquait il y a une semaine que seulement 2000 des 7050 MW éoliens installés en Mongolie intérieure sont reliés à un réseau électrique! Principal obstacle: le temps nécessaire pour les chantiers d’installation de pylônes et de lignes à haute tension. Et un moulin à vent pas relié ne sert qu’à brasser… du vent.

La Chine va aussi se doter de centrales hydrauliques de pompage, pour stocker les excédents éoliens et les délivrer dans le réseau à la demande. Au total, 7600 MW de stockage hydraulique sont prévus d’ici 2015.

(1) Bizarrement, Chine Nouvelle classe la Russie en seconde position dans sa dépêche en français (alors que c’est l’Allemagne, la bonne réponse qu’on peut lire dans la dépêche en anglais…)

(2) Au passage, on notera que l’éolien chinois profite à plein des mécanismes de développement propre (MDP) instaurés par le protocole de Kyoto. Pour chaque 50 mégawatts installés, les opérateurs espèrent en tirer un million d’euros.

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