A Washington, les tontons-flingeurs dégainent

Par Denis Delbecq • 29 décembre 2009 à 14:11 • Categorie: A la Une
© Denis Delbecq

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Puisque le bilan de Copenhague n’est qu’un conglomérat d’égoïsmes, les grands pays ont choisi le chacun pour soi. L’Europe en restera à son objectif de 20% de baisse des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2020 (par rapport à 1990). Le Brésil de Lula s’en tiendra aussi à son engagement, -20% calculés par rapport à 2005. Et Obama veut croire qu’il obtiendra de ses élus les -17% du Climate Act (évalués par rapport à 2005), soit environ 4% de baisse entre 1990 et 2020.

Veut croire? Hélas pour lui. Car le fiasco de la COP15 a relancé les attaques contre sa loi déjà votée à la Chambre des représentants, mais toujours en souffrance au Sénat. La revue Politico expliquait lundi que cette fois, les assauts proviennent du camp démocrate. Six sénateurs du parti d’Obama ont demandé à la Maison-Blanche de jeter l’éponge, ou pour le moins d’attendre 2011, que les élections de mi-mandat soient passées. Ils contestent la mise en place d’un marché de quotas d’émissions de gaz à effet de serre (Cap and Trade), à l’instar de ce qui se fait déjà en Europe. Par crainte de se faire virer par leurs électeurs l’automne prochain.

Pour l’instant, l’administration Obama tient bon, forte de son succès sur la sécurité sociale. Mais désormais ça flingue de partout. D’un côté, les républicains (à quelques exceptions près) et des démocrates qui refusent le Cap and Trade, tentent d’en limiter la portée, de le retarder, voire rejettent toute idée de législation sur le climat. Il y a désormais d’autres élus qui espèrent profiter du foutoir ambiant pour faire avancer leur idée de taxe carbone, suivant l’idée défendue par le climatologue James Hansen: son montant serait intégralement reversé aux consommateurs, pour les contraindre à économiser l’énergie (1).

Tout ça devrait donner un joyeux bordel dans les mois à venir. Sans compter, comme le raconte un autre papier de Politico, que de nouveaux acteurs viennent d’entrer dans la danse du lobbying climatique à Washington. 140 entreprises ou organisations nouvelles ont été répertoriées au troisième trimestre sur ce dossier, et le budget total des lobbyistes climatiques a grimpé de 13% en seulement trois mois (2). Parmi les nouveaux entrants, Politico pointe Campbell (les soupes éponymes, Kellog, Del Monte) qui a décidé de peser pour éviter de se faire matraquer par la législation Obama. Il y a aussi une arrivée en force des producteurs de gaz.

Bien évidemment aussi, le lobbying se pratique aussi dans l’autre camp: capitaux-risqueurs et greentechs sortent aussi leur portefeuille pour, eux, obtenir le texte le plus dur possible. Mais selon le Center for Public Integrity, qui tient les comptes, les lobbyistes qui soutiennent Obama sont peu nombreux: 390 personnes au total, cinq fois mois que les assaillants. Selon les derniers pointages, il y aurait cinq lobbyistes —tous camps confondus— pour chaque élu siégeant au Congrès…

(1) Un truc qui ressemble à la taxette décidée en France, modalités de reversement mises à part.
(2) A noter que le nombre total de structures de lobbying sur le climat reste stable (1160!), car presque 140 ont cessé de travailler sur ce dossier. Voir aussi l’article de Walid Berissoul, un étudiant du CFJ, sur le lobbying à Washington.

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