Pour quelques barils de plus

Par Denis Delbecq • 10 novembre 2009 à 12:28 • Categorie: A la Une
© Denis Delbecq

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Vous avez entendu parler des sables bitumineux de l’Alberta canadien? Vous allez adorer ceux du Congo Brazzaville. Un rapport conduit par la Fondation Heinrich Böll, proche du parti vert Allemand (1), dresse un sévère réquisitoire sur le projet lancé il y a quelques mois, après l’accord conclu entre ENI et ce formidable démocrate qu’est le président congolais Sassou NGuesso. Le pétrolier dispose d’un permis pour 1790 kilomètres carrés de territoire congolais, et de l’autorisation de planter d’immenses pépinières de palmier à huile pour produire notamment du carburant.

La seule bonne nouvelle, sans doute, dans cette histoire, c’est que le gaz qui sort du gisement pétrolier de M’Boundi, exploité par ENI, ne sera plus torché, brûlé à l’air libre, mais transformé en électricité. L’air de rien, ce sont près d’un milliard de mètres cubes de gaz naturel qui étaient ainsi dilapidés. Mais c’est bien la seule bonne nouvelle si on en croit le rapport de la Fondation Heinrich Böll, qui s’inquiète de l’impact sur la forêt, la biodiversité et les populations, des projets d’ENI. Les pétrodollars iront-ils au développement du Congo, ou dans la poche des dirigeants du pays? Cette énergie servira-t-elle à améliorer la vie des congolais ou à assouvir la soif de pétrole des pays riches?

La zone concédée à Eni au Congo pour exploiter des sables bitumineux © Google

La zone concédée à Eni au Congo pour exploiter des sables bitumineux © Google

Avant toute chose, un détail qui a son importance, pour ceux qui n’auraient pas entendu parler des exploitations de sable à bitume. Elles se font à ciel ouvert pour extraire, à la pelleteuse, un épais mélange de sable et d’hydrocarbures. Ensuite, il faut des quantités considérables d’eau et d’énergie, pour produire de la vapeur capable de séparer le sable du pétrole. L’eau est ensuite mise à décanter dans de gigantesques bassins à ciel ouvert, qui sont en particulier une menace pour les oiseaux, comme l’ont montré les observations conduites dans l’Alberta. Que se passera-t-il dans cette région du Congo, qui abrite l’une des biodiversité les plus riches de notre planète?

Pour ENI, il n’y a pas de problème et pour cause. «Nos sables bitumeux ne se trouvent pas dans la forêt tropicale, sinon nous ne le ferions pas», expliquait le patron d’ENI en juillet dernier, cité dans le rapport. Officiellement, cette exploitation se fera dans des régions de savanes. Le hic, c’est qu’un rapport d’ENI expliquait tout autre chose, en mars dernier: «Le résultat [des études cartographiques] montrent que la forêt tropicale et d’autres environnements très sensible (par exemple des marais) représentent autour de 50% à 75% des [zones visées par les] permis.»

A moins qu’une vague de napalm se soit abattue sur le Congo entre mars et juillet dernier, le patron d’ENI est un sacré menteur. Je me suis amusé à placer dans Google Earth les six points qui délimitent —selon la Fondation Heinrich Böll — le permis accordé par le Congo à l’entreprise italienne (2). Et même si le niveau de précision de ces images satellites n’est pas parfait, la région ressemble plus à un épais tapis de forêt qu’à de la savane…

(1) Le rapport est co-signé avec Bank Track, Campaign for the Reform of the World Bank (CRBM), Fondazione Culturale Responsibilità, Amis de la Terre International, Commission Justice et Paix, Pointe-Noire (Congo), Misereor, Platform, Rainforest Action Network (RAN), Rencontre pour la paix et les droits de l’homme (RPDH, Congo) et Secours Catholique/Caritas.

(2) Pour ceux que cela intéresse, j’ai créé un fichier KML pour visualiser ces informations directement dans Google Earth.

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