Paradis perdu demande asile climatique

Par Denis Delbecq • 11 février 2009 à 20:04 • Categorie: A la Une, Rubriques

«Cherche (gros) lopin de terre. De préférence sous climat ensoleillé et bord de mer. Langue anglaise de préférence.» C’est en substance le message qu’aurait pu adresser le président de l’île-Etat de Kiribati, dans le Pacifique. Il y a quelques jours, Anote Tong a fait savoir qu’il envisage très sérieusement d’acheter des terres pour reloger sa population. Compter une grande surface, car elle compte quand même cent mille âmes…

L’océan continue de monter, rend les nappes d’eau imbuvables et menace de noyer tout ce petit monde. Pas complètement (une île culmine à 81 mètres) mais pour l’essentiel quand même.

Si j’en crois le site de la diplomatie française, ce micro-état insulaire s’étend sur 811 kilomètres carrés, dont moins de 3% sont cultivables… En gros, ça se trouve au nord-est de l’Australie, au dessus des Samoa américaines. C’est une petite mosaïque de 33 atolls (dont 12 sont habités), pas très loin de meurs copains de noyade de Tuvalu. D’après la CIA, il y a des coins très très pollués. Bref un vrai paradis.

On n’y vit pas trop vieux (62 ans d’espérance de vie à la naissance) et on n’est pas franchement riche: 673 dollars de PIB par habitant. C’est 90 fois mois que le Luxembourg et 40 fois moins que dans notre beau pays…

Bref, ils sont mal barrés les Kiribatis. Et il faudra les aider, parce qu’avec moins de six cent balles chacun, ils ne sont pas près de se payer un coin de côte d’azur.

J’en vois d’ici qui se disent déjà, tiens, je vais aller passer mes vacances dans ce bout de paradis pour voir le naufrage du micro-Titanic. Ça leur fera du PIB en plus pour s’offrir un brin de campagne. Rien ne vous empêche d’y aller, mais dites vous bien que vue la distance, ça va faire un paquet de gaz carbonique et accélérer le naufrage de cet archipel perdu. Ou alors allez-y à la voile, je peux vous servir d’équipier.

Le plus simple, ce serait donc que l’ancien propriétaire, notre voisin d’outre-Manche, s’y colle, non? C’est vrai quoi, il a profité de mines de phosphates jusqu’en 1979 et une fois épuisées leur a donné l’indépendance. Eh, le prince Charles, au lieu de t’occuper des forêts du Guyana, tu pourrais peut-être réparer les erreurs de tes ancêtres? (1) A moins que notre Sarkozy national, très en verve pour critiquer son voisin ne décide de lui couper l’herbe sur pied en demandant à Besson de leur filer cent mille permis de séjour, et que ça saute!

(1) Je me réfère pour cela aux calculs de Hansen, qui s’était amusé à cumuler les gaz à effet de serre émis depuis la révolution industrielle par chaque pays, et à les diviser par la population actuelle. A ce petit jeu, c’est le rosbif qui est le grand méchant loup climatique… (Pour les détails, lire «Si ce n’est toi, c’est donc ton père»)

Image: © Denis Delbecq

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