Amazonie souillée, le coupable fait de la procédure

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Des années. Les dizaines de milliers d’habitants de l’Amazonie équatorienne qui se battent contre ChevronTexaco attendent depuis quatorze ans que leur cause soit entendue. Le géant pétrolier américain a une nouvelle fois demandé cette semaine l’abandon des poursuites qui le visent. Il se plaint notamment que la justice ne peut pas être rendue sereinement en Equateur. On imagine aisément pourquoi…

L’histoire remonte aux années soixante. Entre 1964 et 1992, Texaco a exploité des puits de pétrole dans la jungle amazonienne, en oubliant de s’occuper des dégâts provoqués: des milliers de bassins contenant des produits hautement toxiques qui se sont infiltrés et ont contaminé sols et surtout cours d’eau, des dizaines milliards de litres d’un infâme jus pudiquement baptisé «de production», bref de l’eau bien teintée de pétrole, l’équivalent d’une trentaine de marées noires comme celle de l’Exxon Valdez en Alaska.

Après l’abandon de ses concessions, le pétrolier a plié bagages sans chercher à remédier aux conséquences de la trentaine d’années d’exploitation à la sauvage. Parfois, des bulldozers venaient remettre une couche de terre comme cache-misère d’un bassin nauséabond. Après tout, pourquoi se préoccuper de cette épaisse forêt où ne vivent que des indigènes… Héritage du mépris états-unien pour ses propres autochtones?

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Un reportage à charge visible sur YouTube

Depuis, le nombre de leucémies de l’enfant est apparu jusqu’à quatre fois plus élevé dans les zones contaminées que dans les régions non exploitées, et les problèmes sanitaires se multiplient. Peut-être un legs du chrome hexavalent gentiment déposé par des chercheurs de pétrole très soucieux de l’environnement…(ça ne vous rappelle rien, le chrome hexavalent?).

Chevron-Texaco se justifie en expliquant avoir respecté les normes de l’époque. L’entreprise accuse les streptocoques contenus dans l’eau d’être la source des maux des indiens, conteste le caractère dangereux et toxique des rejets, et déploie des dizaines d’avocat pour prouver sa bonne foi, utilisant toutes les subtilités de procédure pour retarder l’échance ou lasser leurs adversaires pour éviter de passer à la caisse: si Chevron est reconnu coupable, l’an prochain, il pourrait devoir payer jusqu’à dix milliards de dollars (moins d’un an de bénéfices…), après en avoir tiré trois fois plus du pétrole équatorien…

En face, une trentaine de milliers d’indiens, soutenus depuis quatorze ans par des ONG équatorienne et internationales. Au début, la procédure avait démarré à New-York. Un peu trop près sans doute de Wall Street pour Chevron, qui avait demandé et obtenu que le procès soit renvoyé devant un tribunal équatorien. Selon les ONG, les avocats des indigènes auraient eu droit à toute la panoplie: cambriolages de bureaux, menaces de morts… Chevron a embauché un ancien de l’administration Bush au Texas pour coller aux basques des experts chargés d’évaluer les dégâts. Plus drôle encore, la firme pétrolière aurait pratiqué des analyses en amont des zones contaminées pour affirmer ensuite que ces dernières sont vierges de pollution…

Bref, un bon gros procès tout puant. Si seulement la moitié de ce que racontent les défenseurs des indiens est vrai, voilà de quoi vous désintoxiquer du pétrole. Ça tombe bien, la planète en a besoin.

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