Mondialisation: même la dioxine s’y met

Par Denis Delbecq • 9 août 2007 à 8:54 • Categorie: Crados, Histoire de déchets

Les autorités sanitaires européennes sont sur le pied de guerre. Plusieurs tonnes de farine de guar contiendraient des quantités importantes de dioxine, vingt cinq fois plus que ce qu’autorisent les normes européennes. Le loup a été soulevé par une firme allemande qui se fournit auprès d’Unipektin, une firme Suisse. Celle-ci importe de la gomme de guar et la transforme en épaississant alimentaire, le fameux E412 utilisé, entre autres, dans des glaces, yaourts, crèmes allégées ou dentifrices. Unipektin a rappelé plusieurs tonnes d’additif déjà distribuées en Europe. Dans le commerce de détail, plusieurs produits (notamment des préparations pour crèmes glacées) ont été retirés en Suisse et en Hongrie et l’Allemagne conduit une chasse à la molécule.

La dioxine, principale substance de la famille des dioxines, fait partie des fameux «douze salopards», ces polluants organiques persistants (POPs) qui ont la particularité de s’accumuler dans les graisses, et dans la chaîne alimentaire. La molécule est réputée cancérigène. Elles est principalement produite par les combustions naturelles ou industrielles (incinération de déchets).

Comme de la dioxine s’est-elle retrouvée dans la gomme de guar brute exportée d’Inde? Mystère. Mais cela pose un véritable problème pour les producteurs de ce pays, qui représente 80% de la consommation mondiale. L’essentiel du marché indien est alimenté par de très petits agriculteurs, incapables de s’offrir les tests (couteux) de détection de la dioxine. Seuls les industriels qui collectent la matière première et la raffinent le peuvent. Mais ils se sont jusque là bien gardé de le faire. Voilà qui ne manquera pas d’apporter de l’eau au moulin des as de la bidouille génétique végétale pensent pouvoir produire, d’ici quelques années, du guar avec des plants de soja. Mais il serait plus efficace de tracer l’origine de la dioxine.

La firme India Glycols, qui a exporté la gomme de guar en Europe, ne pipe pas mot. Sur son site Internet, elle vante son usine totalement automatisée où «la main de l’homme n’intervient pas» et se félicite de sa production, dix mille tonnes par an.

Image: d’après Altrafine Gums Ltd.

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