Clemenceau: saison 4, épisode 1

Par Denis Delbecq • 15 juillet 2007 à 13:56 • Categorie: Crados, Histoire de déchets

itié pour les amiraux. Pensez un peu à ce qu’ils endurent depuis plus de trois ans avec l’ex-fleuron de la Marine, le porte-avions Clemenceau, depuis qu’ils l’ont refilé à l’administration des domaines. D’abord, de drôles d’espagnols s’emmêlent les pinceaux sur les cartes marines, et l’embarquent de Toulon avant de mettre le cap à l’est, à l’opposé du port espagnol de Gijon où il devait, en principe, être dépollué et démoli. Ensuite la Marine le récupère et manque de peu la catastrophe, tandis que le «Clem» est à l’ancre, attendant un port charitable pour l’accompagner vers la destruction: la vieille coque de vingt-deux mille tonnes brise ses chaînes pendant une tempête; elle sera rattrapée de justesse, à quelques centaines de mètres de la côte. Là-dessus, de vilains écologistes harcèlent les autorités pour les empêcher d’exporter le «déchet» en dehors des eaux européennes. Et alors que la coque moisit dans le port de Brest après une expédition calamiteuse en Inde, voilà qu’un nouveau chapitre de l’histoire s’écrit avec des mots doux comme «corruption», «abus de biens sociaux», «fausses factures»!

A l’époque, c’est une dénonciation qui avait permis à la Marine de retrouver sa coque au large de la Sicile. Et c’est une dénonciation à Tracfin (Traitement du renseignement et action contre les circuits financiers clandestins) qui a fait tomber quatre chefs d’entreprises de la nébuleuse chargée de désamianter la coque. Deux sont derrière les barreaux: le patron de Technopure, l’entreprise qui avait désamianté le navire, et celui de SDI, qui avait racheté la coque à l’Etat français en espérant se faire du beurre en revendant les vingt-deux mille tonnes d’acier de l’épave en Inde. Le plus drôle c’est que le patron de SDI, que j’ai rencontré à plusieurs reprises et qui entretenait avec moi une correspondance téléphonique régulière à l’époque, expliquait à chaque fois qu’il voulait moraliser une industrie de la déconstruction qui en manquait singulièrement. Sans préjuger de sa culpabilité, il aurait reçu 300 000 euros de commissions occultes, le retrouver mêlé à une affaire de surfacturation est quand même étrange.

Et pendant ce temps le «Clem» ronge ses chaînes à Brest, attendant sa dernière heure. Les amiraux doivent regretter de n’avoir pas tiré «accidentellement» quelques torpilles pour l’envoyer par le fond.

Si vous manquez de lecture, lisez cette enquête de l’Express sur le fiasco. Elle date un peu (2006), mais elle détaille assez bien l’affaire. Un papier d’Eliane Patriarca dans Libération du 16 juillet donne des précisions sur le volet judiciaire du dossier.

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