Les blogs de science luttent contre la pauvreté des médias

Quand la presse solde les rubriques scientifiques, les blogs prennent du poids © Denis Delbecq
Quand la presse solde les rubriques scientifiques, les blogs prennent du poids © Denis Delbecq

Cette semaine, la revue Nature se penche sur le travail des journalistes qui couvrent les thématiques scientifiques(1), avec une enquête très instructive conduite auprès de 493 journalistes, principalement d’Europe et d’Amérique du nord, sur l’évolution du métier.

Inutile de dire que l’optimisme n’est pas dominant alors que les pages consacrées à la science fondent comme les glaces du pôle Nord en été. Mais un été permanent qui dure depuis plusieurs années. J’en avais fait l’expérience quand je pilotais la rubrique à Libé: six pages hebdomadaires en 2000, rarement plus d’une page tous les quinze jours en 2005. Idem pour l’environnement, discipline à haute teneur scientifique, puisque la rubrique Terre pesait six pages hebdo à sa création en 2003, pour devenir invisible, ou presque, dissoute par Joffrin dans l’économie moins de quatre ans plus tard. En temps de crise, de fuite des lecteurs et des annonceurs, la réduction de pagination se fait le plus souvent au détriment des sujets mal perçus des grands patrons de journaux, qui s’intéressent plus à la politique et à la diplomatie qu’à la science… D’ailleurs combien de directeurs de journaux ou de rédacteurs en chef ont un cursus vaguement scientifique accroché à leur CV?

Ce qui ressort de l’étude de Nature, c’est le poids croissant de l’Internet dans l’informations sur les sciences, et en particulier des blogs. Ainsi, près d’un tiers des journalistes déclarent publier des infos dans un blog, quand ils n’étaient que 4% il y a seulement cinq ans. Et les journalistes s’informent aussi en consultant des blogs (24% sur des blogs tenus par des scientifiques, et 33% sur des blogs). Il n’y a plus qu’un tiers des journalistes qui ne piochent jamais d’idées dans des blogs. Il y a cinq ans, c’était 5% des journalistes qui consultaient des blogs de chercheurs ou d’autres blogs, pour 81% qui ne le faisaient jamais.

Plus étonnant, seuls 38% des journalistes consultés par Nature reconnaissent citer souvent ou de temps en temps des extraits de communiqués de presse. Et pourtant, on retrouve très souvent du copié/collé, notamment dans certains médias anglo-saxons. Mais il y a fort à craindre que les effectifs de journalistes qui se penchent sur les sciences étant en nette régression, que cette pratique se répandra. Six sur dix expliquent que leur charge de travail a cru un peu (41%) ou fortement (18%).

Pour votre gouverne, je n’ai pas été sondé par Nature, même si je fais partie des journalistes « agréés » qui reçoivent de la revue britannique articles et communiqués de presse plusieurs jours en avance, sous la drôle d’étiquette d’embargo. Ce que je peux vous dire, c’est qu’aujourd’hui 90% de mes papiers paraissent uniquement en ligne, qu’ils soient rémunérés comme à Science & Vie, ou bénévoles dans ces colonnes. Que je prend mes idées principalement en lisant le contenu des grandes revues de science (autour d’une cinquantaine chaque mois, suivant le temps que j’ai), mais aussi en lisant mes confrères (une cinquantaine de sources également, notamment anglo-saxonnes) et à partir d’informations que je reçois dans ma boite mail. Je ne consulte que très peu les blogs, sauf quelques-uns tenus de haute main scientifique, et je ne recopie jamais un communiqué de presse. En revanche, c’est bien en lisant un communiqué de presse de Nature il y a quelques jours que j’ai eu envie d’écrire ce texte.

Avouez que cette enquête de Nature change un peu de nos problèmes de déchets nucléaires, de moulins à vent et de charbon qui pue. Et surtout, la culture scientifique, c’est aussi important pour notre avenir que négligé par les plus hautes instances médiatiques et politiques. C’est bien pour cela que les blogs qui traitent de science drainent autant d’audience. Nature souligne que les internautes ont bien compris qu’ils pouvaient s’informer en ligne puisque les médias traditionnels ne le font plus. Certains blogs drainent parfois des centaines de milliers de lecteurs chaque semaine!

(1) Je déteste l’appellation de « journaliste scientifique » qui laisse penser que c’est un métier très différent des autres journalistes.

10 commentaires

  1. Sans aller voir ce qui se fait ailleur :
    La vénérable ORTF diffusait des cours du centre de « télé-enseignement » dans les 70’s …
    La 5 ou Arte diffusait des cours de maths, d’astronomie, d’anglais, d’italien il y qq années …
    La très bonne émssion Archimède d’Arte a été suprimée ( on se demande bien pourquoi ) …
    E = M6 est devenue une émission racoleuse au contenu scientifique douteux : ex. silicone ? oui mais nichons en silicone !
    A la télé reste « c’est as sorcier » mais c’est d’un niveau assez faible …
    TNA passe des trucs pas mal aussi, mais les horaires sont peu commodes …
    C’est dommage qu’Arte résume la culture à la littérature, la musique et la danse … L’espèce de nouvelle émission germano-française, dont j’ai pas retenu le nom, se rapproche trop du style M6 …

    Sinon reste la radio :
    En FM : France-Culture fait du costaud mais faut être debout à 5h00 du matin …
    Les SWL ( entendez short-wave listeners ) peuvent quant à eux suivres des programmes dans d’autres langues et qq fois en français ex. : « vanguardia de la ciencia » en ES ou FR sur Radio Exterior de España,
    même Radio Chine International, la BBC et VOA Voice of America et bien d’autres encore ont qq programmes …
    RFI : encéphalogramme plat de ce côté là dommage …

  2. Vous touchez là un problème: peu de choses permettent au grand public d’avoir une information scientifique fondée. Il y a heureusement Science et Vie, que je lis…depuis l’âge de 10 ans (mon père avait tous les numéros depuis 1938…). Il y a des bêtises dans SV, bien sûr! Mais dans les autres medias, c’est la cata !

    Il y a les blogs, mais on est face à un problème de fiabilité. Lorsque nous avons constitué le site de « sauvons le climat » (SLC), nous avons aussi mis en place un Comité scientifique, pour utiliser la même méthode de referee que les revues scientifiques. Mais nous ne sommes pas dans le profil des revues « professionnelles », et donc on a plusieurs catégories. Par exemple, si quelqu’un écrit un papier (que l’on trouve sur le site de SLC) sur l’avenir de l’hydrogène et qu’il critique la politique du CEA en la matière, il est rejeté dans la catégorie « opinion » et pas « papiers expertisés ». Il y a aussi sur SLC pas mal de papiers sur la voiture électrique, sur la voiture à air comprimé.

    J’ai écrit sur le dessalement, et je me suis rendu compte que ce papier n’était possible que parce que mon statut d’universitaire me donnait un accès aux revues pro (par exemple « desalination »). C’est un problème que le grand public n’ait pas accès à ces revues, car il est soumis à des informations non fondées. Il y a beaucoup de sites qui permettent de s’informer et qui disent bien des âneries. Si vous faites OGM sur google, vous ne trouverez que des gens qui annoncent la fin du monde!

    Donc j’ai bien du mal à concevoir l’information scientifique. Je pense néanmoins que la peur de nos concitoyens devant les avancées scientifiques et les innovations techniques s’alimente essentiellement à l’ignorance de cette culture.

    Bon courage donc au journaliste Delbecq!

  3. Avouez que cette enquête de Nature change un peu de nos problèmes de déchets nucléaires, de moulins à vent et de charbon qui pue. (…) C’est bien pour cela que les blogs qui traitent de science drainent autant d’audience.
    ==

    Absolument (…) Perso, je pense plutôt que ces blogs drainent du monde parce qu’il s’agit d’experts dans leur domaine, donc des gens capables de donner la plus haute qualité possible.
    A mon humble avis, le problème chronique des journaux de vulgarisation c’est la difficulté de trouver l’intérêt du lecteur. Si le lecteur s’intéresse déjà un thème, il apprendra peu d’un journaliste non expert (et risque de s’agacer des éventuels coins ronds). S’il ne s’y intéresse pas à la base, la seule chance que l’article soit lu est qu’il s’agisse d’un sujet nouveau pour le lecteur. Les articles les plus intéressants ont donc tendance à diminuer rapidement…

  4. En France, et c’est sans doute le cas dans d’autres pays, la culture scientifique n’est pas considérée comme de la culture au plus haut niveau de l’Etat, puisqu’à ma connaissance il n’existe pas de département scientifique au Ministère de la Culture.

    D’autre part la science n’a actuellement guère d’autre intérêt pour le pouvoir politique ou religieux que de lui fournir les moyens de la puissance, alors qu’au Siècle des Lumières, le Prince l’utilisait pour soulager les misères de ses sujets, qui étaient grandes. La lutte pour le pouvoir fonctionne sur des principes non scientifiques, hérités des cultures néolithiques ( apparence, démagogie, usage de la force, corruption etc..), et vous remarquerez qu’il n’y a pratiquement pas de scientifiques compétents dans les cercles du pouvoir.

    Enfin la science et l’agriculture, sont victimes dans les sociétés industrielles de leur réussite. Elles ont amené la satiété à la majorité, qui considère par habitude que l’état de satiété est l’état normal. Et elles sont mises perpétuellement en accusation, généralement par des gens qui n’ont que très peu de connaissances dans ces domaines ( qu’en aurait pensé papa Freud?) .

    La science, çà eut payé, mais çà ne paye plus. La finance, jusqu’à maintenant, oui, et beaucoup!

    Donc, du pain et des jeux , comme au temps de César, et basta..Avec la politique, il y a là bien assez pour occuper les journalistes. Si on a à nouveau besoin de la science, il sera toujours temps!

  5. Dans notre beau pays de France, les enfants qui font des études techniques sont de parias, de lépreux et des pestiférés …
    Tous les ans on nous les brise, toutes chaines de télé confondues, avec le marronnier de saison : l’épreuve de philo du BAC !!!
    Pourquoi pas une épreuve technique ou scientifique ?
    Le cerveau du journaliste de télé serait-il limité par le nombre des sujets abordables ?
    L’originilaté serait-elle exclue du champ des possibles mentaux du dit journaleux ?
    Bref, en un mot, le journaliste de télé serait-il simplement con ?
    Une étude scientifique sérieuse faite auprès des 3 chaines nationales prouve que oui !

  6. C’est le manque d’informations scientifiques (sciences humaines inclues evd) étayées dans les médias qui rend le pouvoir absolu.

  7. A Antoine,

    moi j’aime bien la philo, mais ça m’est venu sur le tard! J’étais très fier de mon 5/20 bien mérité au bac.

    La raison est que j’avais peu d’estime pour cette matière que mon prof avait quelque peu arrangée comme les cours de morale des jésuites de mes classes primaires…Donc je déteste les leçons d’éthique.

    Mais quand en 1968 j’ai lu K. Marx, quelle passion! Voilà un homme qui pensait le développement de la société industrielle! Pas étonnant que ce soient les Chinois qui aiment tant cet auteur. Marx mettait, comme Romu le propose, la société à l’envers: la pyramide était inversée, les producteurs de richesses se retrouvaient en haut!

    Vive donc, comme le dit Romu, les hommes qui comprennent que sans développement scientifique et économique il n’est pas de progrès socilal possible (je ne suis pas sûr que c’était la première préoccupation de tous les gens des Lumières…mais enfin…)!

    Karva

  8. désolé, lire « BMD » et pas « Romu » dans le message ci-dessus.

  9. ouf, j’ai presque eu peur Karva 😉

    Vous pourriez ajouter que c’est la maîtrise de l’énergie qui permet les progrès sociaux, dès qu’on peut faire bosser des machines, l’homme peut penser à autre chose.

  10. Great site this effetsdeterre.fr and I am really pleased to see you have what I am actually looking for here and this this post is exactly what I am interested in. I shall be pleased to become a regular visitor 🙂

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.