Pêcheur interdit, homard revit

Faut-il il interdire la pêche pour préserver l’activité des pêcheurs? La question n’est pas si absurde en dépit des joutes annuelles qui opposent pêcheurs et Commission Européenne, quand vient le moment de discuter de quotas et de restrictions. Une expérience britannique montre que l’interdiction totale dans un périmètre restreint peut produire des effets en peu de temps, explique la BBC ce matin. En cinq ans, la région « No Take » de Lundy (Devon, Grande-Bretagne) voit la vie regagner du terrain. Notamment le homard, qui a repris du poil de la bête. Il y en a désormais sept fois plus que dans les eaux exploitées et ils sont plus gros, a montré une étude qui compare le site à d’autres zones voisines où la pêche est autorisée. Selon Natural England, qui pilote le projet, les homards matures vont progressivement rejoindre des zones où leur pêche est autorisée. Au fur et à mesure qu’ils sont sortis de l’eau pour être mesurés et sexués, les crustacés sont marqués pour suivre leurs évolutions.

A l’origine, l’expérience de Lundy visait tout simplement à permettre le retour de ces eaux à un état normal, qui prévalait avant le début de l’exploitation commerciale. Mais le succès de l’opération permettra sans doute des prises de homard d’ici deux ans, selon le biologiste qui suit l’expérience. Finalement, peut-être faut-il disséminer partout des zones « sans pêche » pour permettre à la vie de reprendre le dessus, qui irrigueraient les zones de pêche. De la même manière qu’on plante des semences traditionnelles autour des champs d’OGM pour permettre à la biodiversité de survivre. Mais il faudrait faire vite. Car si l’expérience de Lundy semble être un succès, c’est aussi parce que la zone était peu exploitée, et la biodiversité en bon état. Depuis l’interdiction de la pêche à la morue à Terre-Neuve en 1992, le poisson n’est pas revenu.

Agrocarburant, agrodémagogie

Décidément, la Grande-Bretagne aime bien faire parler d’elle. N’en témoigne le conflit qui commence à éclater à propos des agrocarburants. La semaine dernière, un rapport de la Royal Society (l’académie des sciences du Royaume-Uni) critiquait la politique britannique en termes d’agroéthanol, expliquant que le développement des carburants ne servirait pas à grand chose dans la lutte contre le réchauffement climatique. Ce lundi, c’est le comité de l’environnement (EAC) de la Chambre des communes qui met les pieds dans le plat, en demadant un moratoire sur le développement des carburants de substitution.

L’EAC souligne que si les agrocarburants de première génération peuvent réduire les émissions de gaz à effet de serre des transports, la plupart ont aujourd’hui un impact négatif sur l’environnement. Le Comité souligne qu’un développement accru des biocarburants va probablement faire grimper les prix alimentaires, et menacer la sécurité alimentaire des pays du tiers-monde.

Chez les agriculteurs britanniques, on s’est fâché tout rouge, et pour cause: le patron de la British National Farmer Union est monté au créneau, assénant que les agrocarburants sont la seule alternative au pétrole pour réduire les émissions de gaz à effet de serre dans le secteur des transports: «Le biodiesel britannique réduit les rejets de 53% et l’éthanol de blé de 64%». A l’EAC, on cite des chiffres assez différents, en donnant une fourchette large en fonction des conditions de culture, de 7% à 77% pour le blé…

Pour les députés britanniques, les agrocarburants ont été trop subventionnés au détriment de politiques plus efficaces: chaque tonne de gaz carbonique évitée en remplaçant le pétrole par l’éthanol de blé cultivé en Grande-Bretagne revient deux cents euros, cinq fois plus que ce qu’on dépense pour économiser la même tonne en remplaçant le gaz par des copeaux de bois dans une chaudière individuelle… Qu’en pense la FNSEA?

Sur le front des OGM il gèle en hiver

ieux vaut partir à point. C’est sans doute l’adage du blogueur, quand il vient à commenter les sujets chauds, polémiques. Il en est ainsi des OGM, qui ont cristallisé une partie des débats du Grenelle. Je n’ai rien dit, jeudi, après les propos du patron de la FNSEA publiés par le site internet de la Tribune. Jean-Michel Le Métayer y affirmait que son organisation était prête à accepter l’idée d’un gel des cultures d’OGM en plein champ en France jusqu’au vote d’une loi encadrant ces cultures. Je n’ai rien dit, non par souci de prendre le temps, je dois le reconnaître, mais parce que, bloqué sous ma couette avec quarante de fièvre, j’avais un peu levé le pied. Mais cette affection fut salutaire.

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Borloo jette un pavé dans les champs de maïs OGM

Comprenne qui pourra. Borloo a-t-il gaffé, une fois de plus? Selon Le Monde d’aujourd’hui, le ministre du Grenelle de l’écologie a affirmé que le gouvernement se prépare à un gel de la commercialisation des semences génétiquement modifiées. «Sur les OGM, tout le monde est d’accord : on ne peut pas contrôler la dissémination. Donc on ne va pas prendre le risque», a expliqué Borloo au Monde. Mais attention, et d’ailleurs les associations anti-OGM sont prudentes, il n’est pas question d’un moratoire sur les cultures OGM. Et le gel des semences ne durera que d’ici le vote d’une loi sur les OGM promise par le gouvernement, une loi sévère, selon le Monde. Bref, s’agit-il juste un geste politique pour tenter de sortir le Grenelle ès-OGM de l’ornière, ou d’un réel pas en direction des écologistes? Lire la suite

Pas si simple d’être chasseur de baleines

battre, au harpon et au fusil, une baleine grise de neuf mètres de long, le capitaine Wayne Johnson en était fier. Cet indien de la tribu Makah voyait dans cette chasse le moyen de forcer le destin. Depuis les années vingt (à l’exception d’une campagne en 1999), la tribu Makah ne peut plus pratiquer son art ancestral, en vertu de la législation américaine, alors qu’elle dispose désormais d’une dérogation accordée par la Commission baleinière internationale, pour une vingtaine de baleines tous les cinq ans.

Mais l’initiative du capitaine Johnson n’a pas plu aux anciens, qui espéraient récupérer leur droit par la justice. Le Conseil tribal s’est réuni et a tranché. Certes cette prérogative est gravée dans le marbre du traité signé à Neah Bay en 1855 entre la tribu Makah et les Etats-Unis. La tribu dispose d’ailleurs d’une dérogation au moratoire décidé par la Commission baleinière internationale, et la baleine grise du nord Pacifique ne figure plus sur la liste des espèces menacées. Mais Johnson et ses acolytes auraient dû en référer au Conseil tribal. Ils seront donc poursuivis devant la justice. Ils risquent de la prison et vingt mille dollars d’amende, sans compter l’opprobre jetée par les organisations anti-chasse.

Le pire pour le capitaine redresseur de torts, c’est que la baleine a coulé à pic. Il n’a pu rentrer victorieux au port comme le faisaient ses ancêtres. Et si les travaux publiés aujourd’hui dans les annales de l’Académie américaine des sciences sont confirmés, les Makah ne sont pas près de retrouver leur tradition: une longue enquête génétique semble prouver que les baleines grises du nord Pacifique n’ont pas, contrairement à ce qu’on pensait, retrouvé leur population de jadis. Aujourd’hui, alors que 25 000 baleines croisent dans les eaux froides de l’océan, des signes de malnutrition apparaissent, considérés jusqu’alors comme un signe que la population aurait atteint le maximum de ce que l’écosystème peut supporter. Mais selon les chercheurs de Stanford, la raison en serait autre, sans doute climatique: en regardant les variations génétiques des baleines, ils en déduisent que la population a dû atteindre une fourchette de 76 000 à 118 000 specimen avant le début de la chasse commerciale. Elle aurait donc été retirée bien trop tôt de la liste des espèces menacées.