Emeutes anti-solaire en Chine

L’opinion chinoise commence à se mobiliser contre la pollution industrielle. Dernier événement en date, des émeutes se sont déroulées plusieurs jours de suite dans le village de Haining. Elles ont été sévèrement réprimées par les forces de l’ordre. C’est une usine de cellules solaires qui est la cible de tous les mécontentements, et pour cause: les rejets toxiques déciment la faune de la rivière voisine et menacent les nappes d’eau, au point que l’usine s’est vu contrainte à suspendre ses activités par les autorités. En août dernier, 12000 personnes étaient descendues dans la rue pour demander la fermeture d’une usine pétrochimique dans le Nord de la Chine. Elles ont été entendues.

Le cacao trahi par ses gènes

On avait connu la formidable course pour le séquençage du génome humain, entre un consortium public international, et la firme privée Celera Genomics, qui s’était soldée par un match nul, avec avantage au privé. Cette fois, une course de fond —le décryptage du génome du cacao— n’échappera pas au privé: la firme Mars, roi de la confiserie, a annoncé l’achèvement de son projet, réalisé avec le Département américain de l’agriculture et IBM. Mars dame ainsi le pion à son concurrent Hershey, associé à de nombreux laboratoires publics d’une vingtaine de pays (coordonnés par le Cirad), explique le New York Times. Enfin, dame le pion, c’est vite dit, puisque le Cirad a annoncé hier avoir achevé son propre génome, mais ne fera pas plus de commentaire tant que les travaux ne seront pas publiés.

Mars ne s’est pas embarassé de ce respect des procédures scientifiques. En attendant la soumission de ses résultats —qui couvrent 92% du génome d’une variété de cacao— à une revue scientifique à comité de lecture, les partenaires ont d’ores et déjà lancé une base de données publiques, qui sera en libre accès. Un accès offert à une condition: il sera interdit de breveter toute innovation tirée de l’usage de ce génome.

Pourquoi cet intérêt pour cette plante qui pousse pour l’essentiel en Afrique? Evidemment pour permettre aux semenciers de mettre au point des variétés plus productives, ou plus goûteuses. Mais aussi, et surtout, pour découvrir le moyen de protéger le cacaoyer de résister à un champignon qui dévaste les plantations, comme au Brésil il y a quelques années.

Une armée de bactéries pour de drôles de fringues

Un blouson en cellulose d'origine bactérienne © Biocouture

Un blouson en cellulose d'origine bactérienne © Biocouture

L’industrie textile, ça pollue. Il suffit d’avoir vu un jour des images prises dans les usines de teinture de jean pour s’en rendre compte. Alors la créatrice Suzanne Lee a entrepris de mettre au point des vêtements sans traitement chimique. Elle confie à des bactéries le soin de fabriquer le tissu, et le teinte ensuite avec des produits “naturels”.

C’est The Scientist, qui raconte la drôle d’histoire de Biocouture. Un projet de recherches piloté par Lee au Central Saint Martins College d’arts et de création, à Londres. Objectif, utiliser de la cellulose produite par des bactéries, pour en faire des tissus, puis les assembler à la main. Attention, ce n’est pas compatible avec les cadences infernales imposées dans les pays en développement: en 7 ans, Suzanne Lee n’a produit qu’une dizaine d’habit: robe, blousons, chemise…

Pour des raisons pas très claires, certaines bactéries, comme Acetobacter xylinum ont appris à synthétiser de la cellulose —un composé de carbone qu’on trouve surtout dans les plantes— sous forme de films empilés les uns sur les autres. En nourrissant les bactéries d’une solution sucrée, il se forme progressivement une couche épaisse, que Suzanne Lee récupère avant de la peler, pour récupérer chacun des films. Ils sont ensuite teintés avec des produits de toutes sortes (extraits de fruit, rouille…) et assemblés. Le résultat, translucide, est assez étonnant comme le montrent ces images, compilées par The Scientist.

Prévenons quand même les patrons du textile délocalisé d’une chose, eux qui redoutent, comme en ce moment au Bangladesh, les grèves de salariés pour obtenir une paie décente. Les bactéries travaillent dur, sans relâche, et sans salaire. Mais elles travaillent lentement, très lentement. Et le sucre dont elles se nourrissent est bien plus utile dans l’alimentation. De plus, le contacte avec la cellulose bactérienne, une fois séchée, n’est pas très sensuel. Et ce matériau adore l’eau, au point d’absorber toute pluie, toute tâche liquide, et bien sûr la transpiration. Bref, il a beaucoup plus d’avenir en électronique, dans la production de membranes pour la reproduction du son ou en la médecine régénérative (pansements, reconstruction osseuse…), des domaines où la recherche sur A. xylinum va bon train.

L’un des grands avantages de la cellulose bactérienne, c’est qu’il suffit de la mettre au compost quand on veut s’en débarrasser. Mais je suis près à parier… ma chemise, que Suzanne Lee n’est pas prête de tester ça avec ses créations!