En Indonésie, les feux de végétation plongent le sud-est asiatique dans un nuage de fumées

Les foyers d’incendies détectés par satellites, le 15 septembre 2019. ©Nasa

Les médias ont abondamment parlé de l’ampleur des feux de forêt au Brésil (dont la région amazonienne ne représente qu’une moitié). Mais à l’autre bout du globe, c’est l’Indonésie qui commence à faire parler d’elle. Une partie du pays, ainsi que la Malaisie et Singapour sont plongés dans un épais nuage de fumée, comme c’est le cas, tous les ans ou presque, à cette période de l’année.

Les images de la Nasa sont éloquentes, très ressemblantes avec ce qu’on observe en Amazonie (et dans une moindre mesure, en Afrique sub-saharienne). Il s’agit le plus souvent d’incendies volontaires qui suivent l’abattage des forêts, souvent pour planter des palmiers à huile, ou de débroussaillage de ces plantations. Ils sont provoqués par de petits producteurs ou par des géants de l’huile de palme.

En Indonésie, le gouvernement semble plus actif que ne l’était Bolsonaro au Brésil. Selon les informations de médias locaux, rapportées par Phys.org (EN), une trentaine de plantations ont été fermées ces derniers jours par les autorités, en attendant d’éventuelles poursuites, dont l’une appartient à une firme singapourienne, et quatre à des intérêts malaisiens.

Lutte contre un feu de végétation en septembre 2019 © Indonesian disaster management agency

L’affaire provoque, comme presque chaque année, des joutes diplomatiques entre les gouvernements indonésien et malaysien: ce dernier accuse Jakarta de rester les bras croisés, quand l’Indonésie ne manque pas de rappeler à son voisin que les satellites détectent également d’importants feux sur le sol malaisien. De ce point de vue, les images des satellites de la Nasa semblent démentir partiellement le gouvernement indonésien (EN): si des foyers sont perceptibles dans le Sarawak, la partie malaisienne de Bornéo, l’essentiel des incendies se trouvent dans la partie indonésienne de l’île, dans la province de Kalimantan. Plus à l’ouest, la partie sud de l’île de Java est également très incendiée.

Selon Jakarta, près de 23 millions d’indonésiens seraient plongés en ce moment dans les fumées des feux de forêts. A Sumatra, des aéroports et des écoles ont été fermées en raison de cette pollution atmosphérique. Récemment, l’Agence indonésienne de gestion des catastrophes rappelait que certains foyers se trouvent très près d’installations pétrolières (ID) qui pourraient amplifier la pollution si elles étaient à leur tour incendiées.

A Singapour, une source sur place m’a confirmé aujourd’hui que les enfants ont été privés, ces derniers jours, de récréation en extérieur pour cause de haze. Il y a quatre ans, le nuage venu d’Indonésie, parfois à plus de 1000 kilomètres, avait duré jusque début novembre. Une période exceptionnellement longue, liée à l’époque à un événement climatique El Niño qui tend à assécher cette partie du sud-est asiatique. Un an plus tard, une étude conduite par les universités américaine Harvard et Columbia avait estimé que les feux de 2015 auraient provoqué plus de 100 000 décès prématurés (EN) en deux mois en Indonésie.

La situation météorologique le 14 septembre, à l’ouest de l’Indonésie. En orange et brun les nuages de fumées (modérés et denses) observés par satellite © Singapore National Environment Agency

D’après les autorités environnementales singapouriennes, la qualité de l’air s’est dégradée samedi (EN). Les vents du sud apportent les fumées venues de l’île indonésienne de Sumatra.

Pour combattre les feux, l’Indonésie utilise des hélicoptères, et 240 000 mètres cubes d’eau auraient été déversés (ce qui est une goutte d’eau face aux besoins). Par ailleurs, 150 tonnes d’iodure d’argent auraient été dispersées dans le ciel, pour condenser la vapeur d’eau et favoriser la formation de gouttes en espérant faire tomber la pluie —une méthode dont l’efficacité reste très discutée chez les scientifiques, même si plusieurs dizaines de pays y ont recours, voir notamment le rapport de 2003 de l’Académie américaine des sciences (EN).

Denis Delbecq

• Pour ceux qui s’intéressent à ces grands incendies dans les forêts humides, vous pouvez réécouter l’émission que nous avions consacrée à l’Amazonie, le 26 août, avec l’équipe de la Terre au carré, sur @FranceInter. Nous avions reçu l’écologue Plinio Sist (CIRAD) et l’anthropologue Philippe Descola.

Le charbon, ça brûle aussi sous les pieds

© ARTE

© ARTE

Cent millions de tonnes de gaz carbonique par an. C’est ce que rejetteraient les incendies de mines de charbon en Chine chaque année, selon New Scientist, qui raconte que le gouvernement de Mongolie intérieure a décidé de s’attaquer au problème.

Chaque année, donc, près de 20 mégatonnes de charbon partent en fumée dans des gisements en surface ou souterrains en Chine où il y aurait plus de 750 gisements en feu. Une source de pollution non négligeable pour les populations: métaux lourds, soufre, benzole, de la radioactivité… Ces incendies —dont l’origine est souvent naturelle, mais qui sont amplifiés par le creusement de galeries qui apportent de l’oxygène— peuvent durer des décennies, voire des siècles. Et personne n’y échappe.

Pékin avait annoncé en 2004 avoir éteint un feu souterrain qui brûlait depuis 1874… En Allemagne, à Dudweiler (Sarre), un gisement se consumerait depuis 1668! En France, un terril à Ronchamp s’est consumé pendant près d’un an, entre 1993 et 1994.

En mars dernier, Arte avait diffusé un documentaire « scientifique » de 52 minutes sur ces feux de mines, qui m’avait échappé. Assez étrangement, je l’ai trouvé hier en version intégrale sur internet. Même si ce n’est pas le doc du siècle, il montre des images spectaculaires tournées en Inde ou en Chine, et démontre l’inefficacité des techniques de lutte de ces incendies.

Deforester ou brûler, le dilemme infernal

© University of Exeter

© University of Exeter

Ah, tout serait si simple si la loi de l’emmerdement maximum ne pointait le bout de son nez à chaque occasion. Pendant des décennies, tout le monde a râlé contre les autorités brésiliennes parce qu’elles ne faisaient pas grand chose pour lutter contre la déforestation. Et puis, ces dernières années, enfin, la chasse aux défricheurs à commencé à porter ses fruits. Las, une partie de ces efforts est réduite à néant: les incendies ont pris le relais.

On ne saura sans doute jamais qui est à l’origine de ces feux. Probablement un mélange de causes naturelles et humaines. Même si les incendies naturels ne sont pas légion dans cette région du monde. Toujours est-il que dans les portions d’Amazonie où le rythme de la déforestation a été réduit, les incendies ont cru de 59% ces dernières années, expliquent des chercheurs dans la revue Science, sur la base d’images satellites qui traquent le moindre feu depuis l’espace. A l’opposé, donc, de ce à quoi on pourrait s’attendre.

Ils montrent aussi qu’en favorisant des méthodes de gestions des terres agricoles amazoniennes, l’ampleur des incendies peut être réduite des deux tiers. Car aujourd’hui, pour prévenir la repousse dans les zones déforestées, les agriculteurs rebrûlent les sols tous les trois à cinq ans, ce qui balance presque autant de carbone dans l’atmosphère que la déforestation.

Le verdict? Il ne suffit pas de décréter la fin de la déforestation pour voir la situation s’améliorer sur le front de la lutte contre les gaz à effets de serre. Sans accompagnement par la formation à des méthodes agricoles «ininflammables», les mécanismes financiers REDD, envisagés pour aider le Sud à lutter contre la déforestation, ne serviront à rien. Il faudra donc suivre, de l’espace, l’évolution du brûlage comme pratique agricole, sous peine de subventionner des incendiaires…

Ah, un détail… Si on arrête de brûler pour entretenir les zones agricoles déjà gagnées sur l’Amazonie, comment feront les cultivateurs? Avec des engins agricoles, pardi. Allez hop, vous reprendrez bien une tonne de CO2?

(1) Edition du 4 juin 2010.

Les incendies australiens vus de notre banlieue

© Nasa

© Nasa

Comme vous le savez sûrement, la Nasa diffuse de manière continue des images prises par ses satellites d’observation de la Terre. Dans la livraison d’hier, cette image en fausses couleurs, prises à l’Est de Churchill, dans l’état australien de Victoria. Prise le 14 mars dernier, après la fin des terribles incendies qui ont tué plus de deux cents personnes dans le pays, elle montre une région qui n’est plus que cendres. Le rouge montre la végétation intacte, et le brun, ce qui n’a plus de chlorophylle, autrement dit ce qui a brûlé.

Une sécheresse dure et fumeuse

Chaque jour, la Nasa diffuse des images de la planète vue de l’espace. En Australie, le Queensland connaît une sécheresse depuis sept ans, qui ampute la production agricole, notamment de blé. Mais quand il fait sec, les incendies guettent, et l’Etat australien connaît de nombreux feux de brousses. Dans cette image, le satellite Aqua (sic!) a saisi hier la sécheresse et les incendies.

Au feu, les pompiers

Octobre 2007, la Californie en feu. © NasaSans précédent. Les incendies qui frappent la Californie de plein fouet n’auront jamais été aussi nombreux, puissants, étendus. Une quinzaine de sites sont touchés, de la région de Los Angeles à l’extrême-sud de l’Etat. Et cette fois, les muscles du gouverneur Schwartzenegger (1) n’y peuvent rien.

Plus d’un demi-million de personnes ont du évacuer leur domicile —la moitié dans la région de San Diego— pour éviter d’alourdir les pertes humaines (Deux décès et des dizaines de blessés à ce jour). Dix mille pompiers sont sur les charbons ardents, et le gros des moyens aériens de lutte anti-incendie des Etats-Unis ont été déplacés dans les régions en flammes. Lire la suite